Procès d'Alain Perreault: Mister Big 101

Alain Perreault est accusé du meurtre de Lyne Massicotte,... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Alain Perreault est accusé du meurtre de Lyne Massicotte, survenu en juillet 2003.

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(Québec) L'opération Mister Big visant à tirer des aveux d'Alain Perreault a été méticuleusement planifiée presque à la minute près par des agents doubles experts de la dissimulation. Le jury en a appris un peu plus lundi sur leurs techniques d'infiltration.

Six ans après la disparition de Lyne Massicotte, se butant à un cul-de-sac, les enquêteurs de la police de Québec font appel à l'équipe mixte d'infiltration pour valider si Alain Perreault a ou non quelque chose à se reprocher.

L'opération Mister Big se met en branle. Cette technique d'enquête a été mise au point à la fin des années 80 par des policiers de la GRC dans l'Ouest canadien. Au Québec, elle est utilisée depuis un peu plus de 10 ans pour tenter de résoudre des crimes majeurs, comme les meurtres, et des crimes en série.

Bien caché du public par un paravent, celui qui a agi comme maître d'oeuvre de l'opération Mister Big dans le dossier Alain Perreault a expliqué aux jurés pourquoi on bâtit de toutes pièces un gang criminel pour amadouer un suspect. «C'est pour le mettre à l'aise, explique Kevin*. Je donne souvent l'image que pour attraper un braconnier, je ne me présenterai pas comme un végétarien qui lutte contre la cruauté animale.»

Dans la dizaine d'opérations Mister Big qu'il a eu à faire en carrière, deux suspects ont été blanchis au terme de l'opération, affirme Kevin.

Scénario d'approche

Le 30 septembre, après plusieurs tentatives infructueuses, l'agent secondaire Steve* aborde Alain Perreault dans un stationnement près de chez lui, rue Mont-Thabor. Il lui explique qu'il cherche une adresse dans Limoilou où il doit aller récupérer la voiture d'un client mauvais payeur. Perreault accepte de le guider.

C'est avec ce scénario d'approche qu'Alain Perreault sera intégré à l'organisation criminelle fictive et en viendra à effectuer de multiples petits boulots d'abord légaux puis, progressivement, illégaux.

Les policiers simulent la commission de crimes, mais ne franchissent jamais la ligne, assure l'agent couvreur. «Ce sont des artifices et il n'y a jamais de crime.»

Les scénarios sont ajustés chaque jour, selon ce que les agents constatent sur le terrain. Et parfois, il faut agir vite. Le 19 octobre, il est prévu que Perreault aille dormir à l'hôtel à Laval après avoir livré une valise à l'organisation. Les agents apprennent que les médias traitent d'une autre opération Mister Big qui se déroule à Montréal. Ils déroutent Perreault à son insu vers un chalet rustique, sans électricité ni télévision.

À l'exception de l'agent couvreur, les «doubles» qui participent à l'opération ignorent tout de l'enquête. «On ne veut pas qu'ils orientent les discussions ou qu'ils aient une réaction si le suspect dit quelque chose qui se trouve dans le dossier d'enquête», explique Kevin.

En plus des scénarios de travail, les agents d'infiltration prennent le temps de gâter Alain Perreault, de l'amener au restaurant ou s'amuser aux danseuses.

«C'est important de passer du temps avec lui pour le lien de confiance, explique Kevin. Ce sont aussi des occasions de renforcer les valeurs de l'organisation, comme l'honnêteté et la loyauté.»

À mi-parcours dans les 41 scénarios, les agents d'infiltration commencent à évoquer le grand patron, celui de qui ils dépendent tous. Alain Perreault le voit une première fois le 4 janvier 2010. À partir de là, lui expliquent les agents, le patron fera des vérifications sur lui, jusqu'à la rencontre finale du 13 janvier, où Perreault est questionné sur son implication dans la disparition de Lyne Massicotte.

Alain Perreault en 2004... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Alain Perreault en 2004

Photothèque Le Soleil

Exemples de scénarios

  • Alain Perreault doit compter une valise pleine de billets et s'assurer que le compte de 300 000 $ y est avant de la livrer à l'organisation.
  • Alain Perreault doit aller récupérer des boîtes de bois qu'on lui dit chargées d'armes à feu près de la frontière américaine.
  • Alain Perreault va chercher des explosifs à Mont-Laurier. L'organisation doit récupérer des données industrielles volées à un client.
  • Les agents doubles font croire à Perreault qu'ils tabassent une escorte parce qu'elle a volé sa tenancière d'agence.
  • Alain Perreault doit faire de la surveillance au port de Montréal; il prépare un éventuel gros coup de l'organisation qui pourrait lui valoir 50 000 $.
* Tous les pseudonymes ont été modifiés en raison d'une ordonnance de non-publication émise par le tribunal.

Faits saillants de l'opération

  • 41 scénarios 
  • Du 30 septembre 2009 au 13 janvier 2010
  • Des agents d'infiltration expérimentés de la SQ, la GRC et du SPVM mènent l'opération.
Qui sont-ils?

  • L'agent couvreur: metteur en scène et réalisateur qui crée tous les scénarios et s'occupe des ressources matérielles et humaines. Il a une bonne partie des informations sur le dossier d'enquête.
  • L'agent primaire passe le plus de temps avec le suspect.
  • Les agents secondaires ont des rôles de soutien.
  • Les figurants jouent des rôles de clients, par exemple.
  • Le grand patron fait l'entrevue finale.
«Rôle» de Perreault: effectue des tâches pour l'organisation criminelle fictive

  • transport de véhicule, d'électroménagers, de bouteilles d'alcool, d'armes à feu
  • surveillances diverses
  • salaire : 14 000 $ durant toute l'opération

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