Jeunes maltraités par un ancien pasteur baptiste: la DPJ de Québec blâmée

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Claude Guillot

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(Québec) La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de Québec n'a pas pris les moyens qu'il fallait pour assurer la sécurité de deux enfants qui ont été battus et maltraités par un ancien pasteur baptiste pendant près d'une décennie.

C'est ce que conclut l'enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, rendue publique vendredi.

Les deux enfants ont fait l'objet de signalements à la DPJ à partir de 2004, notamment pour négligence, abus physiques, isolement et non-fréquentation scolaire, souligne la Commission dans son enquête.

Leurs parents les avaient confiés à Claude Guillot, un ancien pasteur baptiste, pour qu'il leur inculque de la discipline et une éducation conforme à leurs convictions religieuses. Ils avaient à l'époque 5 et 10 ans. Ils vivaient sous sa garde, dans le sous-sol d'un jumelé du secteur Chauveau. Le pasteur avait toutefois été exclu de l'Association des Églises baptistes en 2003, à la suite de plaintes concernant sa rigidité et ses méthodes éducatives.

Claude Guillot a été arrêté en décembre 2015 et accusé de voies de fait avec lésion et de séquestration, entre 1983 et 2014, sur cinq victimes âgées de 4 à 15 ans au moment des crimes reprochés. Il a depuis été relâché et est en attente de son procès.

La Commission a concentré son enquête sur les deux dernières victimes alléguées de Guillot, étant donné que les autres ont aujourd'hui atteint l'âge adulte. Pour ces deux victimes, quatre signalements à la DPJ ont été faits. Les signalements de 2004 et 2014 ont été jugés conformes, mais pas ceux de 2005 et de 2013.

La Commission des droits de la personne soutient que la DPJ a lésé les droits des deux jeunes, à cause des délais indus pour recevoir et traiter les signalements, mais aussi parce que la DPJ, lors d'un des signalements, avait commandé à ses intervenants de ne pas rencontrer ni les parents ni les enfants et de ne pas visiter la maison du pasteur pour évaluer le milieu de vie. «Ça va à l'encontre des bonnes pratiques, de ce qu'on attend de la DPJ», soutient Camil Picard, président par intérim de la Commission.

La DPJ évoquait à l'époque qu'une telle rencontre aurait créé «trop de pression» sur les enfants, et aurait été dommageable pour eux.

Pour ce qui est des délais, lors du signalement en 2005, il a fallu 4,5 mois à la DPJ pour le déclarer recevable et 13 mois pour l'évaluer. «Ce sont des délais tout à fait hors normes», ajoute M. Picard.

Les intervenants de la DPJ de Québec ne se sont pas non plus assurés de la fréquentation scolaire des garçons de façon adéquate, en ne vérifiant pas auprès de la commission scolaire si le pasteur avait une entente pour les scolariser à domicile.

La DPJ avait aussi conclu que le groupe dirigé par M. Guillot était une secte, mais avait quand même fermé le dossier.

Un plan d'action

La DPJ de Québec accepte le rapport de la Commission et s'engage à mettre en place un plan d'action pour faire en sorte que les lacunes, si elles ne sont pas déjà corrigées, le soient dans l'avenir.

Dominique Jobin, directrice de la DPJ de Québec, défend toutefois l'intervention de 2013. «Quand on a fermé le dossier, on sentait qu'on n'était pas capables de soutenir une preuve au tribunal», exprime-t-elle.

Mme Jobin explique qu'il est très difficile de faire des interventions dans un milieu sectaire. «On est dans un milieu fermé, hermétique, coupé du monde extérieur [...] les enfants se font dire de ne pas nous parler», ajoute-t-elle.

La DPJ de Québec dit avoir déjà rappelé à tous ses intervenants de référer aux autorités scolaires lorsqu'un enfant ne fréquente pas l'école. Les délais de réponse de l'organisme se seraient également améliorés. Mme Jobin parle de 8 à 10 jours pour déclarer un signalement recevable. Pour ce qui est de l'évaluation de la plainte, les délais sont entre deux semaines et plusieurs mois.

Depuis 2000, ce cas est le seul à caractère sectaire que la DPJ de Québec ait été appelée à traiter.

Parce que la Commission des droits de la personne a vu des similitudes entre l'histoire du pasteur Guillot et le cas de la secte Lev Tahor, elle demande au ministère de la Santé de «concevoir un guide des meilleures pratiques cliniques et administratives», qui pourrait outiller les intervenants de la DPJ, qui disent eux-mêmes être démunis face à de telles situations.

Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, a indiqué par voie de communiqué vouloir veiller à ce que les «recommandations soient mises en place», quitte à accélérer les travaux déjà en cours.

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