Sympathisant de l'EI, il s'apprêtait à actionner un engin explosif

Aaron Driver, alors qu'il quittait le tribunal en... (La Presse Canadienne, John Woods)

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Aaron Driver, alors qu'il quittait le tribunal en février 2016. Il a été tué par la GRC.

La Presse Canadienne, John Woods

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Terry Pedwell
La Presse Canadienne
Ottawa

La police fédérale canadienne a tué mercredi soir un sympathisant du groupe djihadiste État islamique (EI) qui projetait d'actionner un engin explosif dans un lieu très fréquenté quelques heures plus tard.

Des renseignements transmis mercredi matin par la police fédérale américaine (FBI) ont plongé les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans une «course contre la montre» afin d'identifier et de localiser un individu masqué qui, craignaient-ils, était sur le point de tuer plusieurs Canadiens innocents.

En trois heures, la GRC croyait tenir son homme: Aaron Driver, un sympathisant terroriste connu de 24 ans, qui vivait dans la ville de Strathroy, dans le sud-ouest de l'Ontario, sous des conditions qui lui avaient été imposées par la cour.

Les renseignements du FBI incluaient une vidéo du suspect et une information voulant qu'il prévoyait faire détoner un engin explosif artisanal dans un centre urbain, à l'heure de pointe matinale ou de fin de journée, a indiqué le sous-commissaire à la GRC, Mike Cabana.

«C'était une course contre la montre», a déclaré M. Cabana en conférence de presse, jeudi, à Ottawa.

«Nous n'avions aucune autre information, mise à part l'existence d'une menace pouvant toucher des Canadiens.»

L'avertissement visait le Canada entier et ne mentionnait aucune ville en particulier, a précisé la commissaire adjointe Jennifer Strachan, qui a fait l'éloge du travail des enquêteurs qui ont pu identifier Aaron Driver assez rapidement pour l'empêcher de concrétiser son plan.

Plusieurs heures plus tard, au moment où l'heure de pointe s'amorçait en fin de journée, la GRC a confronté le suspect au moment où il quittait une résidence et montait à l'arrière d'un taxi, où un engin explosif artisanal a soudainement détoné, blessant le chauffeur.

Aaron Driver a lui-même été tué pendant la confrontation, soit par l'explosion ou par les tirs de la police, a expliqué Mme Strachan.

«S'il était sorti de cette résidence avant notre arrivée, le scénario se serait terminé d'une manière bien différente.»

Dans la vidéo, présentée en conférence de presse, on aperçoit Aaron Driver, masqué, s'insurger contre les «ennemis occidentaux de l'islam», avertissant que la seule solution serait de «répandre votre sang».

M. Cabana a ajouté que l'enquête, toujours en cours, avait mené la police vers un «emplacement secondaire» dans la ville de London, en Ontario, près de Strathroy, où Aaron Driver habitait avec sa soeur.

Aaron Driver avait fait l'objet d'une ordonnance du tribunal lui enjoignant d'éviter de s'associer à toute organisation terroriste, entre autres restrictions.

Les agences de transport prévenues

Les agences de transport en commun de la région de Toronto ont indiqué avoir été avisées de la menace terroriste, mercredi, tout comme le personnel de la Défense nationale, à Ottawa.

En février, les avocats du jeune homme et la Couronne s'étaient entendus sur l'imposition d'un engagement à ne pas troubler l'ordre public, affirmant qu'il existait «des raisons de croire qu'il pourrait participer ou contribuer directement ou indirectement aux activités d'un groupe terroriste».

La GRC, le Service canadien du renseignement de sécurité et d'autres agences et corps policiers ont été impliqués dans l'opération.

Jeudi matin, un porte-parole de la Commission de transport de Toronto (TTC) a expliqué que l'agence avait appris la tenue de l'enquête au sujet de cette menace terroriste tôt la veille, sans toutefois obtenir de détails précis.

Brad Ross a ajouté que par précaution, un «avis de vigilance» avait été transmis au personnel, encourageant les employés à mentionner toute activité suspecte. Il a précisé que de tels avis étaient régulièrement transmis lorsque des incidents se produisent à travers le monde ou si la TTC est avisée de menaces potentielles au pays.

Il a indiqué que l'information reçue mercredi était «très générale, au sujet d'une menace crédible sur laquelle enquêtait la police, mais elle ne précisait aucun lieu, on ne faisait mention d'aucune ville, à ce que je sache».

Une porte-parole de Metrolinx, l'agence du gouvernement ontarien qui gère le transport régional dans la grande région de Toronto, a indiqué avoir aussi été avisée de la menace.

Anne Marie Aikins a expliqué que l'agence avait haussé son degré de vigilance et collaboré avec les forces nationales, provinciales et locales.

L'an dernier, les autorités fédérales étaient si méfiantes envers Aaron Driver que celui-ci avait passé des mois en prison et devant les tribunaux, sans qu'aucune accusation ne soit jamais déposée.

En juin 2015, il a été arrêté à Winnipeg. Des médias avaient rapporté à l'époque que le jeune homme avait publié des messages dans les médias sociaux applaudissant différents actes terroristes, dont l'attaque sur la colline du Parlement par Michael Zehaf Bibeau, en octobre 2014.

La GRC avait demandé l'imposition d'un engagement à ne pas troubler l'ordre public à Aaron Driver, affirmant que ses enquêteurs croyaient qu'il pourrait contribuer à des activités terroristes.

Lorsque le jeune homme a été libéré plus tard le même mois, on lui a ordonné de se soumettre à 18 conditions, dont celle de porter un bracelet de surveillance électronique. Il a cependant obtenu la permission de retirer ce bracelet en février dernier.

Chronologie de l'incident

Décembre 2014: La GRC reçoit une plainte d'un membre du public liée à des publications dans les médias sociaux faites sous le pseudonyme de Harun Abdurahman. Une enquête est ouverte.

20 Février 2015: Aaron Driver accorde une entrevue au «Toronto Star» sous ce même pseudonyme. Il mentionne son appui au groupe armé État islamique (ÉI), ajoutant: «Le gouvernement sait déjà qui je suis [...] Je sais qu'il me surveille.»

6 mars 2015: Le père d'Aaron Driver se confie à CBC. Il s'inquiète du fait que le Service canadien du renseignement de sécurité considère son fils comme un «extrémiste radical». Il ajoute que son fils s'est converti à l'islam en 2008 après une enfance tumultueuse et qu'il est maintenant «parti, il est perdu, je ne peux l'aider».

Avril 2015: La GRC affirme qu'Aaron Driver est en communication «plutôt constante» avec un jeune du Royaume-Uni, qui sera plus tard arrêté pour son rôle dans un complot terroriste ciblant l'Australie.

Mai 2015: La GRC dit qu'Aaron Driver communique avec deux membres bien connus de l'ÉI, mais les enquêteurs ne peuvent établir la nature exacte des communications parce qu'elles sont cryptées. Il est en contact avec Elton Simpson quelques heures avant que celui-ci ne soit tué, le 4 mai au Texas, après avoir ouvert le feu près du lieu où se déroule un concours de caricatures du prophète Mahomet.

4 juin 2015: La GRC au Manitoba fouille une résidence de Winnipeg où habite Aaron Driver et y saisit du matériel informatique. Le corps policier trouve sur son ordinateur des directives pour fabriquer une bombe artisanale. Le jeune homme est placé en détention.

5 juin 2015: La GRC demande l'imposition d'un engagement à ne pas troubler l'ordre public pour Aaron Driver, disant avoir «des raisons de craindre» que le jeune homme ne «participe ou contribue, directement ou indirectement, aux activités d'un groupe terroriste ou qu'il ne facilite ou participe à une activité terroriste.

15 juin 2015: Aaron Driver est libéré sous caution et soumis à de nombreuses conditions, notamment celle de porter un bracelet de surveillance électronique et de participer à une «thérapie religieuse». Les conditions de sa libération ont provoqué la colère d'organisations de défense des libertés civiles, qui les jugeaient «scandaleuses» pour une personne n'ayant pas été accusée d'un crime.

26 juin 2015: Aaron Driver est de retour en détention après que son propriétaire, qui s'était porté garant, se fut désisté et eut demande que le jeune homme soit transféré dans une résidence musulmane pour qu'il puisse être mieux éduqué sur cette religion. «Ses commentaires sur la police m'inquiètent et, par conséquent, ne sont pas compatibles avec mes croyances», a déclaré le propriétaire dans des documents déposés en cour.

30 juin 2015: L'avocat d'Aaron Driver s'oppose à ses conditions de libération, affirmant qu'elles violent ses droits protégés par la Charte canadienne des droits et libertés. Leonard Tailleur assure que son client ne représente pas une menace pour la société et qu'il devrait pouvoir se déplacer comme bon lui semble. Le jeune homme est libéré sous caution, mais n'a plus l'obligation de suivre une «thérapie religieuse» ou de respecter un couvre-feu.

2 février 2016: L'avocat d'Aaron Driver et la Couronne s'entendent sur l'imposition d'un engagement à ne pas troubler l'ordre public, ce qui permet au jeune homme d'éviter un procès. L'engagement reconnaît qu'il existe «des motifs raisonnables de craindre qu'il ne participe ou contribue, directement ou indirectement, aux activités d'un groupe terroriste». Aaron Driver n'est plus dans l'obligation de porter un bracelet de surveillance électronique, mais n'a plus le droit d'utiliser un ordinateur ou un téléphone intelligent jusqu'à la fin août. Il déménage à Strathroy, en Ontario, où il a de la famille.

10 août 2016, 8h30: La GRC reçoit des renseignements du FBI, qui a découvert une vidéo tournée par un individu «clairement dans les dernières étapes de la planification d'une attaque avec un engin explosif artisanal». L'attaque semblait imminente et visait un centre urbain, à l'heure de pointe. La GRC a identifié le suspect Aaron Driver plusieurs heures plus tard.

10 août 2016, 16h: La GRC affirme qu'Aaron Driver a été aperçu montant dans un taxi, devant une résidence de Strathroy. La police a encerclé le véhicule. Le corps policier a précisé que le suspect avait fait détoner un engin explosif à l'arrière du taxi, causant des blessures mineures au chauffeur. Aaron Driver perd la vie pendant la confrontation avec les policiers.

La jeunesse révoltée à l'origine de sa conversion à l'islam

Le jeune homme soupçonné d'avoir comploté pour perpétrer une attaque terroriste dans une ville canadienne était un solitaire et un inconnu dans la petite ville du sud-ouest de l'Ontario où il est mort durant une confrontation avec la police mercredi.

Mais le passé d'Aaron Driver fournit quelques indices au sujet de la transformation de ce fils chrétien d'un caporal de l'Aviation royale canadienne en un sympathisant du groupe armé État islamique (ÉI).

Aaron Driver, qui était âgé de 24 ans, avait abandonné l'école au secondaire et vivait avec sa soeur, Eileen Driver Dumont, à Strathroy, à l'ouest de London, en Ontario, sous des conditions imposées par un tribunal.

Mme Driver Dumont est mariée et mère de quatre enfants. Le père du jeune homme, Wayne Driver, réside à Cold Lake, en Alberta. Sa mère est morte lorsqu'il avait sept ans.

«J'ai beaucoup fait la fête»

Dans une entrevue accordée au Toronto Star en février 2015, Aaron Driver avait confié avoir profité du fait que sa famille immédiate n'était pas très présente lorsqu'il était plus jeune.

«J'ai beaucoup fait la fête, avait-il dit dans cette entrevue accordée sous son nom musulman, Harun Abdurahman. J'ai eu quelques problèmes. Mais je pense que j'ai fini par décider que je ne voulais pas vivre ma vie comme cela. Je cherchais quelque chose de différent.»

Toujours durant son entretien avec le journal torontois, il avait indiqué avoir commencé à étudier le Coran et avoir été attiré par «le mode de vie universel» proposé par l'islam. Ses proches, de leur côté, croyaient que cet intérêt était passager.

«Étant membres de l'armée, ils étaient impliqués dans les combats contre les musulmans, directement ou indirectement», avait commenté le jeune homme.

La Presse canadienne n'a pas été en mesure d'obtenir les commentaires de la famille d'Aaron Driver. Son père a cependant affirmé sur les ondes de CTV qu'il n'avait pas vu son fils depuis deux ans. Il avait récemment essayé de reprendre contact avec lui, mais ce dernier lui avait raccroché au nez.

«C'est plutôt incroyable. Comment a-t-il pu aller aussi loin? Et là, j'ai réalisé: «Oh mon Dieu, mon fils est mort. À quoi pensait-il?»», a raconté Wayne Driver.

Il a ajouté qu'Aaron était un enfant heureux qui avait «changé» après la mort de sa mère. «Je crois qu'il m'a un peu blâmé pour la mort de sa mère et il est devenu très renfermé par la suite», a précisé M. Driver.

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