Incendie rue des Cyprès: un rapport qui laisse «perplexe»

L'incendie de la rue des Cyprès n'était pas... (Photothèque Le Soleil)

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L'incendie de la rue des Cyprès n'était pas d'origine criminelle. Il aurait pris naissance dans le salon du logement de la famille Chicoine, qui a dû quitter les lieux en sautant de la fenêtre du quatrième étage.

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(Québec) L'avocate représentant la famille qui a sauté du quatrième étage de son logement en flammes en janvier se questionne sur l'indépendance d'un rapport qui blanchit les pompiers de Québec, dont l'intervention a été vivement critiquée.

Me Dominique Bertrand du Cabinet Guy Bertrand a obtenu copie, non sans difficulté, du rapport de 45 pages, rédigé par l'enquêteur Jean-Pierre Boilard du Commisssariat aux incendies de la Ville de Québec.

Dans ce rapport, dont TVA a dévoilé le sommaire dimanche grâce à une demande d'accès à l'information, l'enquêteur explique que les pompiers de Québec avaient prévu utiliser une échelle à crochet à la suite du bris du camion-échelle qui les empêchait de secourir trois membres d'une même famille coincés dans leur logement du quatrième étage.

Lors du sinistre, la famille Chicoine, Nathalie Chicoine, son conjoint Claude Gignac Jr et son fils de 10 ans, Jason Chicoine, avaient dû sauter par la fenêtre parce que la grande échelle du camion de pompiers ne s'était pas déployée et que les sapeurs ne disposaient pas d'équipement pour amortir leur chute.

Dans son rapport, M. Boilard montre plutôt du doigt des témoins de la scène : «Devant la gravité de la situation et suite aux recommandations de certaines personnes qui auraient eu intérêt à se taire et à laisser les pompiers faire leur travail, ceux-ci ont sauté de la fenêtre de la chambre à coucher de la locataire des lieux.»

Plus loin, il poursuit : «Il y a eu un problème mécanique avec le véhicule 408 et après avoir constaté qu'il ne réussissait pas à monter l'échelle, le pompier a informé l'officier du 208 de demander l'échelle à crochet [...] Ce plan B fut rapidement mis à exécution, mais n'a pu être conduit à terme pour les raisons mentionnées plus haut.»

Les trois occupants ont été blessés. Mme Chicoine a notamment subi de nombreuses fractures. On a même craint pour sa vie. Elle est toujours en convalescence et ne pourra plus travailler comme infirmière auxiliaire. Monsieur a perdu, en partie, l'usage de la main droite. Une mauvaise nouvelle pour celui qui est débosseleur de métier.

Objectivité questionnée

Me Bertrand se dit «perplexe», «déçue», voire «amère» des conclusions de ce rapport. «C'est paradoxal parce que tous les témoignages contenus dans le rapport disent, unanimement, que les victimes n'avaient pas le choix de sauter. Elles disaient qu'elles étaient en train d'étouffer», lance-t-elle.

«Et si l'enquêteur reproche aux témoins de leur avoir dit de sauter, pourquoi un pompier n'est-il pas intervenu pour rassurer les gens? questionne-t-elle. Il aurait pu dire :"Taisez-vous. Moi, je sais quoi faire" et les aviser qu'une échelle à crochet arrivait.»

La juriste se questionne sur l'indépendance et l'objectivité de ce rapport. Pour elle, il y a apparence de conflit d'intérêts puisque le commissariat et le Service des incendies font partie de la même organisation. «Quand survient un incident dans un service de police, c'est un autre corps de police qui enquête», illustre-t-elle.

La déception provient aussi du fait que le rapport ne contient aucune recommandation. «La seule chose que le rapport fait, c'est de trouver l'origine de l'incendie. Et encore là, ce n'est pas clair. On sait seulement que c'est accidentel. Il n'y a aucune recommandation pour corriger la situation et que ça ne survienne plus.»

Une autre déception provient du fait que c'est sur les conclusions de ce rapport que le ministère de la Sécurité publique devait établir s'il devait ou non déclencher une enquête publique comme réclamé par la famille.

Pour l'avocate, ce rapport n'enlève rien à la valeur de la réclamation qui pourrait être faite à la Ville. Une mise en demeure lui a déjà été envoyée. «Si on n'arrive pas à s'entendre avec la Ville, on devra entamer un recours», conclut Me Bertrand.

Le syndicat des pompiers satisfait

L'Association des pompiers professionnels de Québec (APPQ) s'est déclarée heureuse que le rapport du Commissariat aux incendies ne retienne aucun blâme contre ses membres.

Son président, Éric Gosselin, affirme que les pompiers ont «toujours eu la conviction d'avoir agi dans le respect rigoureux et intégral des règles de l'art, citant en cela l'un des constats du rapport du commissariat qui précise que les pompiers avaient bel et bien un plan B le soir du 6 janvier dernier pour pallier les problèmes mécaniques du camion échelle 408 qui a été mis au rancart depuis, par mesure préventive», écrit-il par voie de communiqué.

«Nous n'avons jamais douté de l'expertise de nos membres et nous ne pouvons que constater que le rapport [...] dénonce sévèrement le fait que des témoins aient incité la famille à sauter par la fenêtre», conclut-il.

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