18 mois pour conduite dangereuse: «J'ai honte d'avoir manqué de jugement»

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Samuel Caron, vendredi matin, au palais de justice de Montmagny

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(Montmagny) Samuel Caron, 20 ans, passera les 18 prochains mois derrière les barreaux. Il a admis avoir causé la mort de son amie Charlyne Lacasse, 16 ans, et d'avoir causé de graves blessures à Noémie Pelletier, le 31 mai 2014, en conduisant sa voiture de façon téméraire.

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Charlyne Lacasse

Photo tirée de Facebook

Caron était de retour au palais de justice de Montmagny, vendredi. Accompagné de nombreux proches venus l'appuyer, il a plaidé coupable à des accusations de conduite dangereuse causant la mort et de conduite dangereuse causant des lésions corporelles.

Les observations sur la peine ont été tenues directement après l'admission de culpabilité. La Couronne et la défense sont arrivées devant le juge Sébastien Proulx avec une suggestion commune de 18 mois de pénitencier, assortie d'une interdiction de conduite de 3 ans après sa libération et d'une probation de 18 mois avec suivi d'un intervenant psychosocial.

La reconnaissance de culpabilité de l'accusé a permis d'en apprendre davantage sur le drame qui s'est joué sur le rang 5, à Saint-Cyrille-de-Lessard, au petit matin du 31 mai 2014, à 3h30.

Samuel Caron conduisait alors sa voiture de marque Acura avec à son bord trois passagers. Charlyne Lessard et Noémie Pelletier prenaient place à l'arrière. Selon les faits admis devant le tribunal, l'accusé circulait sur la route de campagne en gravier à une vitesse d'environ 85 km/h - la limite était fixée à 70 km/h - lorsqu'il a perdu la maîtrise de son véhicule dans une courbe, terminant sa course contre un arbre.

Il ressort des faits cités par la poursuite que Caron a subi des pressions d'un ami assis à ses côtés. «Les deux adolescentes ont demandé à plusieurs reprises de ralentir», a expliqué l'avocat de la Couronne, Me François Doyon. Mais Caron aurait préféré «impressionner son ami» et a continué de donner des coups de volant de gauche à droite.

Selon le témoignage de l'accusé, le passager lui appuyait sur le genou et lui disait «de s'énerver» avec sa voiture. Caron ne possédait son permis de conduire que depuis deux mois. La sortie de route s'est terminée par les cris des victimes, Charlyne et Noémie. Puis ce fut l'impact, dont le point de contact principal était la portière arrière, côté conducteur, où se trouvait la victime décédée.

L'avocat de la défense, Me Serge Matte, a insisté sur le fait que Samuel Caron avait des difficultés à s'affirmer depuis son enfance. «Ça ne minimise pas les conséquences des gestes», a souligné l'avocat, mais son client aurait été prédisposé à subir de telles influences, a-t-il plaidé. Me Matte a ajouté que Caron avait un trouble de déficit de l'attention et d'hyperactivité, en plus d'avoir une faible estime de lui. Cela expliquerait, en partie, son manque de jugement du 31 mai 2014. Ses troubles personnels ont été corroborés par un travailleur social venu témoigner.

Lettre de l'accusé

L'accusé n'a pas pris la parole, vendredi. Il a cependant écrit une lettre aux familles des victimes. Elle a été lue par son avocat. «J'écris cette lettre pour que tout le monde puisse savoir la peine et les remords que j'ai. Je veux m'excuser [...] J'ai honte d'avoir manqué de jugement», a-t-il exprimé d'entrée de jeu.

«J'aimerais revenir en arrière. Je mérite de payer pour ce que j'ai fait», a-t-il poursuivi. «Je pense à [Charlyne] tout le temps. J'aurais donné ma vie pour qu'elle s'en sorte.»

Le travailleur social qui a suivi Caron après l'accident est intervenu après qu'il a eu des pensées suicidaires. Il y avait selon lui un risque «imminent» qu'il puisse passer à l'acte.

Les excuses du chauffard ont été prises en considération par le juge Proulx. «J'ai un jeune homme devant moi qui a des remords et des regrets. Je ne pense pas qu'il reviendra devant le tribunal», a-t-il dit avant d'entériner la peine de 18 mois proposée par les deux parties.

«Il y a des jeunes qui n'ont pas compréhension des conséquences de leurs actions», a-t-il ajouté, précisant que ce n'est pas le cas de Samuel Caron. «Je pense qu'il démontre qu'il a entamé une réflexion très sérieuse.»

Pour expliquer sa douleur, Sophie Méthot avait amené... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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Pour expliquer sa douleur, Sophie Méthot avait amené avec elle une photo de sa fille Charlyne, décédée après 76 jours d'hospitalisation.

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Vies changées à jamais

Les vies de trois familles ne seront plus jamais les mêmes. Pour l'une, il faut apprendre à vivre sans un être cher. Pour une autre, il faut repartir de zéro, tant les plaies à panser sont importantes. Puis il y a la famille de Samuel Caron, déchirée à la vue de son protégé, les menottes aux poignets, prenant le chemin de la prison.

Sophie Méthot a perdu l'une de ses deux filles dans le drame. Sa Charlyne a succombé à ses blessures après 76 jours d'hospitalisation. Cherchant par tous les moyens à «recommencer une nouvelle vie», Mme Méthot a tenu à expliquer au juge, vendredi, ce qu'elle endurait, elle et sa famille, depuis le décès de l'adolescente. «Je veux vous présenter ma Charlyne. Il y a un visage à ce qui est arrivé», a-t-elle débuté, une photo de sa fille dans les mains.

La mère éplorée a raconté son cauchemar, qui a commencé par un appel de la Sûreté du Québec, à 5h20, deux heures après l'accident. Son coeur s'est ensuite «brisé en mille morceaux» lorsqu'elle a vu sa fille dans un sale état, à l'hôpital. «Il a fallu la réanimer plusieurs fois. [...] Ils l'ont laissée dans le coma pour ne pas qu'elle souffre.»

Après une trentaine de jours aux soins intensifs, les chances de survie de Charlyne devenaient très faibles, voire nulles, si bien que les médecins ont proposé à la famille de la débrancher. «Une mère ne peut pas faire ça», a poursuivi MmeMéthot, contenant bien mal ses émotions. «Le 15 août 2014, ma fille est décédée dans mes bras.»

Malgré sa souffrance, tant physique que mentale, la mère de la victime a pardonné à Samuel Caron, qui était un ami de sa fille. «Je ne t'en veux pas», lui a-t-elle dit, le regardant droit dans les yeux.

Ces mots ont provoqué des larmes de part et d'autre de la salle d'audience, tant chez les proches des victimes et que chez la famille de l'accusé. Caron lui-même n'a pu résister. À sa sortie de la salle, Mme Méthot a ajouté qu'un jour, lorsqu'elle sera prête, elle souhaiterait «parler à Samuel».

«L'ancienne Noémie n'est plus»

Son témoignage survenait tout juste après celui de Sonia Cadorette, la mère de Noémie Pelletier. L'adolescente, grièvement blessée et gardant aujourd'hui de nombreuses séquelles de la violente sortie de route, n'a pas voulu assister à la comparution au palais de justice de Montmagny. «Elle n'aurait pas été capable», a dit sa mère, témoignant en son nom.

Mme Cadorette ne peut oublier l'image «de sa fille amochée» étendue dans un lit, luttant pour sa vie. «C'est très dur pour un parent.» Victime d'un grave traumatisme crânien et plongée dans un coma pendant plusieurs jours, Noémie a dû tout réapprendre. «Elle a dû apprendre à se tenir. Même la tête ne tenait plus. Elle a réappris à manger. [...] Il faut recommencer à zéro. L'ancienne Noémie n'est plus.»

Les rêves de la vie adulte ont aussi pris un dur coup. «Elle voulait être technicienne juridique. On lui dit d'oublier ça», a relaté sa mère. «C'est épeurant. Qu'est-ce que je vais faire dans la vie?» se demande maintenant la jeune femme, qui vient tout juste d'avoir 18 ans.

Sonia Cadorette a dit toujours éprouver beaucoup de «douleur» et de «rage». Bien qu'elle ait reçu comme «un baume» les excuses de l'accusé, elle n'est pas encore prête à aller plus loin. «Est-ce que nous allons pardonner? Non», a-t-elle tranché au nom de sa famille. Sa priorité, a-t-elle insisté, est d'offrir le meilleur avenir possible à sa fille.

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