Une très longue nuit à Saint-Raymond

En fin d'après-midi, plusieurs dizaines de curieux se... (Le Soleil, Erick Labbé)

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En fin d'après-midi, plusieurs dizaines de curieux se sont présentés sur les lieux de l'incendie afin de constater l'ampleur des dégâts.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «J'ai eu très peur pour mon logement. C'était imposant. Depuis minuit que je suis debout.»

Un peu passé minuit, samedi, lorsqu'elle a regardé par sa fenêtre, Marie-Hélène* a constaté que de la fumée et des flammes s'échappaient de l'édifice en face de son immeuble à appartements situé sur la rue Saint-Joseph, à Saint-Raymond, dans Portneuf. Prise de panique, elle a immédiatement contacté le 9-1-1.

La nuit a été très longue pour la femme, qui demeure seule dans son logement avec son chien. «J'ai veillé jusqu'à 5h du matin, car j'avais peur que les tisons de la bâtisse en face s'en viennent de mon bord», raconte-t-elle, encore quelque peu sous le choc. «Je n'ai pas dormi et je n'ai rien mangé depuis», poursuit-elle.

La femme indique au Soleil que peu avant d'apercevoir les flammes, elle a entendu deux détonations, comme des pétards. «C'était vraiment un bruit de feux d'artifice», affirme-t-elle. Elle concède toutefois ne pas les avoir vus.

Un voisin, Jean-Louis Paré, dit également avoir entendu les mêmes bruits avant de se coucher. Ce dernier ne réalisait pas que l'édifice à quelques jets de pierre du sien était en feu puisque sa fenêtre pointe vers l'arrière de son immeuble.

M. Paré a été réveillé par le travail des pompiers à 2h. Lorsqu'il est sorti sur sa galerie, il a aperçu des flammes et de la fumée sortir de la bâtisse de DERYtelecom.

«Ça boucanait de partout. Je pense qu'il manquait de lances d'incendie pour maîtriser le feu. C'est l'impression que j'ai eue», dit-il. Les deux résidents n'ont pas eu besoin d'évacuer leur résidence. Ils confient toutefois que cette expérience va leur laisser un bien mauvais souvenir.

En fin d'après-midi dimanche, plusieurs dizaines de curieux sont se présentés sur les lieux de l'incendie afin de constater l'ampleur des dégâts. Lors du passage du Soleil, vers 18h, l'odeur de fumée était toujours bien présente. Tous les édifices touchés par l'incendie avaient passé sous le pic des démolisseurs. Seule la façade de l'édifice de DERYtelecom était toujours debout.

Émotions

Rencontrée dans son commerce au coin de la rue, le Manoir Bienvenue, l'une des propriétaires des immeubles qui ont été ravagés par le feu était anéantie par la situation. La dame de 75 ans avait beaucoup de difficultés à contenir ses émotions.

«C'est l'une de mes locataires qui m'a contactée vers minuit et dix. Elle pleurait au téléphone. Elle me disait que le feu était pris chez elle», raconte Gaétane Courtemanche, encore ébranlée. «Elle travaillait au bar [aussi une propriété de Mme Courtemanche] lorsqu'elle ma contactée. J'ai dû prendre une pilule pour me calmer. C'est beaucoup de pression», ajoute-t-elle. Gaétane Courtemanche est propriétaire d'un immeuble à appartements de trois logements sur la rue Saint-Joseph. Elle déplore le fait de ne pas avoir eu de nouvelles des autres locataires.

La femme d'affaires ne sait pas si elle va rebâtir l'édifice. «Je ne sais pas. Je vais voir avec mes assurances. J'avais investi beaucoup d'argent dans l'édifice. Je n'en reviens pas. Maintenant, tout est détruit...», conclut-elle, soulagée de savoir que le feu n'a pas fait de victime.

*Nom fictif

Électrocution évitée

Des pompiers combattant l'important incendie à Saint-Raymond ont eu une bonne frousse dans la nuit de samedi à dimanche. Alors qu'ils travaillaient pour éteindre les flammes, le courant a été réactivé par des employés d'Hydro-Québec. Un geste qui aurait pu avoir de lourdes conséquences, estime le directeur du Service des incendies de la Ville de Saint-Raymond, Jean-Claude Paquet.

«Les gars auraient pu être électrocutés. Cela aurait pu être fatal», indique au bout du fil M. Paquet, qui entend bien demander des explications au cours des prochains jours.

Vers 4h, alors que les pompiers tentaient de maîtriser le feu, toutes les lumières des bâtiments voisins se sont allumées. En raison de la chaleur, du courant et de l'eau, des fils d'Hydro auraient alors été sectionnés, tombant sur le sol. Les pompiers ont dû quitter l'endroit.

«Je ne sais pas ce qui s'est passé. Le courant était enlevé et à un certain moment, il est revenu», raconte au Soleil le directeur, avouant ne jamais avoir vécu une situation du genre auparavant. «J'ai demandé au gars d'Hydro de le couper à nouveau et le courant n'est pas revenu», poursuit-il. Ce dernier assure que cette situation, qui a duré «quelques minutes», n'a pas ralenti l'opération.

Du côté d'Hydro-Québec, on explique mal la situation. La porte-parole Gina Savard indique que la mesure avait pour objectif de réactiver le service d'électricité pour plusieurs clients. «Lorsque nous avons eu la demande, vers 12h45, le courant a été coupé pour 2269 clients», explique-t-elle.

Vers 1h25, une équipe de monteurs d'Hydro est arrivée sur les lieux. «À ce moment-là, en regardant la configuration du réseau, on a réduit le nombre de clients en panne. Il était 1h41. [...] Il en restait 35 hors tension sur la rue Saint-Ignace. Compte tenu de la situation, la chaleur, la visibilité réduite, l'accès limité, l'intensité de l'incendie, on s'est rendu compte que la zone n'était pas assez grande. Nous avons dû la réagrandir. Cela a coupé l'énergie à 48 autres clients. C'est pour cette raison que nous avons toujours des gens sur place», poursuit-elle.

Mme Savard n'était pas au courant de l'incident qui s'est produit avec les pompiers.

8500 foyers privés d'Internet, de téléphone et de télé

Près de 8500 foyers sont privés d'Internet, de téléphone et de télévision à Saint-Raymond de Port

neuf, après qu'un incendie eut ravagé une partie du centre-ville de la municipalité.

Parmi les nombreux bâtiments touchés par les flammes, on trouve notamment les bureaux de DERYtelecom. Le câblodistributeur espère - si tout se déroule comme prévu - être en mesure de rétablir le service pour ses membres d'ici mardi.

Jointe par Le Soleil, la directrice des communications et du marketing Nathalie Gagnon a indiqué que des employés de DERYtelecom travaillaient déjà afin de remettre en opération tout le système. Une dizaine de techniciens de l'entreprise étaient à la tâche dimanche soir. Et les travaux devaient se poursuivent jusqu'au petit matin.

«La bonne nouvelle, c'est que le bunker qui abrite les équipements ne semble pas avoir été touché», affirme au bout du fil Mme Gagnon, qui prévoit se déplacer sur les lieux de l'incendie lundi. «À vue, car nous ne pouvons pas encore démarrer les équipements, tout semble intact mis à part une poussière présente dans l'endroit. Il faut que des intervenants viennent pour décontaminer les lieux», poursuit-elle, ajoutant que des experts doivent également venir s'assurer que la structure du bunker ne présente aucun risque pour les travailleurs.

Service rétabli d'ici mardi

Si les équipements fonctionnent bien, les clients de DERYtelecom pourraient, au mieux, avoir de nouveau du service lundi en fin de journée. Et si les équipements sont défectueux, DERYtelecom a déjà mis en branle un plan B.

«Les équipements nécessaires sont déjà en route. On ne prend aucune chance. On va pouvoir monter un site temporaire pour repartir la distribution des services», souligne Mme Gagnon, qui est également copropriétaire de la compagnie dont le siège social est basé à La Baie, au Saguenay. «On veut procéder le plus rapidement possible pour reprendre les opérations normales», ajoute-t-elle.

Afin de permettre aux clients de suivre l'évolution des travaux, DERYtelecom publie sur son site Internet des mises à jour de la situation. Si les clients de l'entreprise ont des questions, tous les appels ont été transférés vers le siège social de la compagnie.

Pour l'heure, Mme Gagnon n'était pas en mesure de chiffrer l'étendue des dégâts. Elle assure toutefois que le bâtiment sera reconstruit. D'ailleurs, c'est à cet endroit que le troisième plus important câblodistributeur au Québec, après Vidéotron et Cogeco, a vu le jour en 1954 sous le nom de Vidéo Déry ltée.

«C'est une page d'histoire qui part en fumée... C'est très triste. C'est notre plus vieille tête de ligne», se désole Mme Gagnon, soulagée que l'incendie n'ait fait aucune victime. «C'est clair que nous, nous allons rebâtir. Saint-Raymond est une place stratégique pour notre entreprise.»

Une quinzaine de personnes travaillent dans les locaux de DERYtelecom à Saint-Raymond de Portneuf. 

Le 9-1-1 toujours en fonction

Malgré la coupure des lignes téléphoniques, le service d'urgence est toujours disponible à Saint-Raymond de Portneuf. Le maire de l'endroit, Daniel Dion, indique que les appels faits au 9-1-1 sont envoyés au central de Lévis. Ce dernier va par la suite répartir les appels vers le bon service d'urgence. «Presque tous les gens ont des cellulaires.

Et ce n'est pas tout le monde qui est avec [le câblodistributeur] DERYtelecom. Il y a aussi Telus. Il y a encore la moitié des gens qui peuvent appeler», affirme-t-il. Pour les citoyens désirant communiquer avec la mairie lundi, les lignes téléphoniques seront transférées vers un cellulaire. «Dès lundi, à la Ville, cela va marcher normalement. Si les gens ont des questions, qu'ils communiquent avec nous», indique M. Dion.

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