La moitié des villes sans plan en cas de sinistre majeur

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Le président de l'Association de sécurité civile du Québec, Guy Dufour, est aussi directeur du Campus Notre-Dame-de-Foy, spécialisé dans la formation du personnel en services d'urgence : policiers, pompiers et ambulanciers.

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(Québec) Que faire en cas de déversement d'hydrocarbure, d'inondations ou de contamination d'une source d'eau potable? Les citoyens qui se tournent vers leurs élus locaux pour obtenir une réponse risquent d'être déçus. Quinze ans après l'adoption de la Loi sur la sécurité civile, plus de la moitié des municipalités du Québec n'ont toujours pas complété un plan d'intervention en cas de sinistre majeur. Sans surprise, les municipalités de moins de 5000 habitants sont les plus vulnérables.

La loi de 2001 n'est tout simplement pas respectée, soutient Guy Dufour, président de l'Association de sécurité civile du Québec (ASCQ). Il prend comme preuve les chiffres de 2015 du ministère de la Sécurité publique.

Ceux-ci indiquent que seulement 44 % des municipalités du Québec ont complété la phase I de leur plan municipal en sécurité civile. Cette phase sert à l'analyse des risques, à la création d'un schéma d'alerte, d'un centre de coordination et d'un centre d'hébergement temporaire et à l'élaboration d'un bottin d'urgence. En raison d'un manque criant de ressources humaines et financières, un peu moins de 40 % des municipalités de moins de 5000 habitants n'ont même pas achevé cette phase, juge M. Dufour.

Ce constat en entraîne un autre. De nombreuses administrations n'ont pas encore planché sur les phases II et III, visant à analyser leur capacité de réponse en cas de sinistre et à faire des exercices et une mise à jour de leurs vulnérabilités.

«Ce n'est pas un blâme que je jette», prévient le président, malgré le regard sévère qu'il pose. «On se retrouve dans une situation où le gouvernement demande à ces municipalités d'être imputables et d'agir de façon responsable dans un cas de situation d'exception, impactant leur population ou leur territoire. Mais de toute évidence, elles manquent de ressources et d'informations. Et je ne suis pas sûr que les élus sont conscients de leur imputabilité face aux conséquences d'un sinistre», déplore-t-il.

«S'il y a un sinistre, c'est le dg de la ville ou le maire qui se ramasse avec ça, poursuit-il. Ils sont à temps partiel pour la plupart. Comment tu fais pour prendre ça en charge réellement? Pour savoir c'est quoi ton rôle et tes responsabilités? Comment ton service d'incendie, qui est composé de pompiers volontaires, est en mesure de se préparer, de faire des analyses et de répondre?», questionne M. Dufour.

«Lors d'un déversement, donne-t-il en exemple, gérer l'impact des conséquences revient à la municipalité. Elle peut s'en décharger en disant : "Nous, on mandate la sécurité civile". La SQ va débarquer, etc. Mais la municipalité demeure responsable, insiste-t-il. Ça ne règle pas le problème qu'il n'y a pas eu de prévention, aucun protocole de monté et que les gens n'ont pas été entraînés ni initiés à ces différents risques.

«Dans le cas de contamination d'une source d'eau potable, tu fermes l'alimentation, continue M. Dufour. Mais qu'est-ce que tu fais en attendant? As-tu regardé pour un système de distribution parallèle? As-tu une entente avec des partenaires? As-tu une association de citoyens bénévoles pour aider, un mécanisme, une liste téléphonique? Il y a des municipalités qui n'en ont pas.»

Le président s'est fait reprocher d'être alarmiste lors d'une récente présentation. Son but est davantage de «conscientiser et d'informer», assure-t-il. «Le risque zéro n'existe pas. Le risque, c'est l'aléa, plus ta vulnérabilité. Toi, ce que tu peux faire, c'est réduire l'occurrence d'un événement [comme déplacer un tronçon de route dangereux pour parer aux accidents] et travailler à y faire face.»

Bravo Tadoussac

M. Dufour a remarqué une corrélation entre le niveau de préparation d'une municipalité et la présence d'un «générateur de risques» immédiats sur son territoire. Il donne en exemple la municipalité de Tadoussac qui travaille de concert avec la Société des traversiers et la Garde côtière.

Il félicite les initiatives de la municipalité, située au confluent du Saguenay et du Saint-Laurent. «Ils ont un comité de citoyens et ont affecté une ressource à la sécurité civile qui est en train d'élaborer un plan. Il n'y a même pas 800 habitants et ils sont beaucoup plus conscients des impacts d'un déversement d'hydrocarbure dans le fleuve que bien d'autres. S'il y a un déversement, c'est fini. Le tourisme, les baleines, les croisières, ils perdent tout. Et ils le savent.»

Drame de Faute-sur-Mer: c'est la faute au maire

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Simulation d'urgence

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En décembre 2014, un tribunal français condamnait l'ancien maire de La Faute-sur-Mer, René Marratier, à quatre ans de prison fermes pour homicides involontaires et mises en danger de la vie d'autrui. La presqu'île de la ville, située au nord de La Rochelle, avait vécu une brutale montée des eaux, tuant 29 personnes restées prisonnières de leur pavillon. 

À son procès, le maire s'était exprimé. «La Lune, les astres et le Soleil qui s'assemblent, comment voulez-vous que moi, qui n'ai pas l'intelligence requise, je puisse avoir la connaissance de tout cela ?» Le tribunal a rétorqué. «On ne vous reproche pas de ne pas avoir su utiliser la boule de cristal. Mais l'enquête a démontré que cette tempête n'aurait pas eu des conséquences aussi dramatiques si des mesures de précaution avaient été prises.»

Sans équivoque

Le jugement était sans équivoque. «René Marratier n'a pas pris les mesures pour éviter les conséquences désastreuses de la tempête Xynthia. Il était un maire très expérimenté, il n'a utilisé aucune de ses prérogatives en matière de sécurité. Il n'aura en réalité de cesse de contester leurs existences et d'ignorer les consignes de sécurité.» Le jour de la tempête, il a passé une «journée absolument ordinaire sans se préoccuper le moins du monde des alertes» qui avaient été transmises. (Source : Le Monde)

Le président de l'Association de sécurité civile du Québec, Guy Dufour, insiste beaucoup sur la nécessité de faire comprendre aux élus les responsabilités auxquelles ils doivent faire face en matière de sécurité civile. «On a un élu, qui n'a peut-être jamais fait ça, et personne ne lui dit : "On va t'obliger à t'asseoir et à réaliser ton imputabilité et le rôle que t'as sur ta population".»

Il recommande d'ailleurs au gouvernement du Québec «d'offrir une formation obligatoire de sensibilisation aux enjeux, rôles et responsabilités des municipalités en cas de sinistre destinée aux élus et aux administrations municipales».

Municipalités riveraines à haut risque

Une étude menée auprès de 79 municipalités riveraines, à la demande du ministère de l'Énergie dans le cadre du projet de pipeline Énergie Est, révèle que 70 % d'entre elles ne sont pas prêtes à gérer les conséquences d'un déversement maritime, diffusait Radio-Canada en mars dernier. Elles ne sont pas prêtes à intervenir seules dans une proportion de 75 % ou avec des partenaires, à 55 %. Les réponses qu'elles ont fournies à un sondage à de quoi soulever bien des interrogations. Une même municipalité pouvait répondre qu'elle puisait son eau du fleuve, mais n'avait pas de plan de sécurité civile. D'autres indiquaient qu'elles avaient fait une analyse des risques sur leur territoire, mais n'avaient pas inclus le risque de contamination de l'eau potable, même si elles puisaient leur eau du fleuve.

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