Web obscur: de plus en plus de vendeurs de drogue canadiens

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La valeur des transactions illicites sur le Web augmente.

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Montréal

Il y a de plus en plus de vendeurs de drogue canadiens sur le Web secret et crypté, et la valeur de leurs transactions illicites augmente, constate une nouvelle analyse.

Selon l'étude menée par un professeur de criminologie de l'Université de Montréal, David Décary-Hétu, avec des collègues du programme de criminalistique de l'Université du Québec à Trois-Rivières et d'autres à Lausanne, en Suisse, le marché sur le «Web invisible» est en pleine expansion.

Et les vendeurs canadiens ne sont pas en reste: ils sont désormais plus nombreux et leur part du marché global serait d'environ 5 pour cent du total des transactions, estimé à 180 millions US $ par année. Mais on ne voit pas tout, prévient le chercheur.

Leur portion de tarte est toutefois assez stable, car bien qu'ils soient plus nombreux, le marché croît aussi.

Selon M. Décary-Hétu, qui a analysé ce qui se trouve sur ce Web invisible - aussi appelé «profond», par rapport au Web de surface qui est utilisé par la grande majorité des gens - les Canadiens se concentrent surtout sur la vente de drogues, la plus populaire étant la marijuana. Récemment, ils ont toutefois commencé à offrir de faux comptes bancaires et des cartes de crédit.

Les vendeurs d'autres pays offrent de leur côté une multitude de choses, allant des armes illégales aux faux papiers et à l'embauche de tueurs à gages.

Ce Web invisible est crypté, les vendeurs offrent leurs services ou produits de façon anonyme, et les paiements se font en bitcoins, faisant en sorte que les transactions ne laissent pas de trace, contrairement aux achats faits avec une carte de crédit. Les adresses IP de ceux qui y transigent sont camouflées et l'argent transite par des comptes en fidéicommis.

Les sites ne sont pas accessibles avec les moteurs de recherche que l'on connaît, comme Google. Cela prend un logiciel spécial pour y accéder, le plus connu se nommant «Tor».

Tout cela fait en sorte que les activités illégales y prolifèrent.

Achetée sur le site, la drogue est ensuite postée à l'acheteur, tout simplement.

Comme Ebay

Le système s'inspire en bonne partie du populaire site d'achats Ebay: les acheteurs et les vendeurs peuvent se donner une note après la transaction et un acheteur qui se sent floué, qui prétend ne pas avoir reçu la livraison de drogue ou juge qu'elle est de mauvaise qualité, peut déposer une plainte.

«Le système est très inspiré de Ebay, mais en plus anonyme», dit le chercheur David Décary-Hétu.

«Il permet à l'acheteur de se procurer de la drogue de bonne qualité», dit-il, ajoutant que pour certains qui n'ont pas de contacts, aller dans la rue pour s'en procurer peut être hasardeux.

Selon le chercheur, l'étude offre des données importantes pour la santé publique. Les ventes sur le Web invisible ressemblent à ce qui se passe dans la rue: les résultats des analyses permettent de voir les comportements d'achat de drogues et l'apparition de nouvelles substances illicites au pays.

«C'est un portrait en temps réel de ce qui est consommé», dit-il.

Cela peut aussi permettre aux policiers de mieux comprendre le marché criminel, la structure de la vente de drogue, si elle est centralisée et son nombre d'acteurs, précise-t-il. «Ils peuvent se servir de l'information pour monter leurs opérations contre la drogue», dit-il.

Et puis, il pourrait y avoir moins de règlements de compte dans la rue ou de violence au sujet de la vente de drogue, avance M. Décary-Hétu.

«Vu l'anonymat entre les parties, il y a beaucoup de conflits qui ne peuvent se produire», dit-il en soulignant que les problèmes surgissent surtout pour des questions d'argent. Mais sur le Web, tout est payé avant la livraison.

Il souligne toutefois que la majorité de la drogue ne passe pas par ces cryptomarchés.

Une question de prix

L'intérêt pour les acheteurs, en plus de pouvoir vérifier la note de fiabilité des vendeurs et la qualité qu'ils disent offrir, peut aussi être le prix. La cocaïne se vend de quatre à cinq fois plus cher en Australie qu'au Canada, avance M. Décary-Hétu. Par contre, les colis sont souvent inspectés et saisis aux douanes de ce pays, ce qui fait que beaucoup de vendeurs refusent d'y expédier de la marchandise illicite.

Tout n'est pas illégal sur le Web invisible, qui est aussi le lieu de discussion de gens qui s'opposent à la trop grande surveillance gouvernementale ou des groupes de pression dans des pays où la liberté d'expression fait défaut.

Au Canada, il y a eu quelques arrestations sur le Web invisible, ce qui est une preuve que la police s'y intéresse, note le chercheur. Mais le pays est loin d'être un leader en cette matière: les États-Unis et les Pays-Bas s'intéressent plus aux marchés en ligne, dit-il.

GRC

La GRC n'a pas voulu confirmer sa présence sur le Web obscur ni si elle y a effectué des opérations de surveillance ou des arrestations. Elle fait valoir qu'elle ne dévoile jamais ses méthodes d'enquête.

Pourtant, le gouvernement du Canada a investi des fonds dans un projet dans lequel la GRC et une entreprise privée vont développer «un robot d'indexation Web» pour explorer les régions anonymes et obscures d'Internet. Le but serait de détecter «le contenu d'intérêt pour la sécurité nationale et les organismes d'application de la loi», si on se fie à ce qui est indiqué sur le site du Programme canadien pour la sûreté et la sécurité.

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