Le FM 93 dénonce une «poursuite-bâillon»

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La Ville estime que Sylvain Bouchard a gravement porté atteinte à sa réputation lors de l'émission du 25 novembre.

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(Québec) La Ville de Québec n'a subi aucun dommage après les propos de l'animateur du matin Sylvain Bouchard sur la corruption et elle ne veut que neutraliser le FM93, plaide l'avocat de la station de radio qui tente de faire tomber la poursuite en diffamation de 1 million $ intentée par l'administration Labeaume.

La Ville estime que Sylvain Bouchard a gravement porté atteinte à sa réputation lors de l'émission du 25 novembre, au lendemain de la publication du rapport de la Commission Charbonneau. Citant un article du Journal de Québec, l'animateur a évoqué le «cartel de Québec», dans lequel des firmes de génie ont fait de la collusion pour truquer les appels d'offres. Dans son envolée, l'animateur a juxtaposé à quelques reprises le mot «corruption» à celui de «collusion».

Aux yeux de Me Éric Mongeau, l'avocat de COGECO, l'animateur n'a fait que poser des questions légitimes à une administration publique sur une question d'actualité. Sylvain Bouchard avait d'ailleurs précisé en début d'intervention que Régis Labeaume n'essuyait aucun reproche dans le rapport Charbonneau, ajoute l'avocat.

Ce qu'il qualifie de «poursuite-baîllon» comme celle contre le FM93 peut avoir un effet paralysant sur tous les journalistes qui couvrent la scène municipale, croit Me Mongeau. «S'ils savent qu'ils peuvent être poursuivis pour 1 million $, les journalistes vont se demander s'ils vont les poser, les questions difficiles, ou s'ils vont s'auto-censurer», craint l'avocat de la station de radio.

En plus de réclamer l'arrêt immédiat de cette poursuite qu'il juge abusive, l'avocat de COGECO demande à la juge Johanne April de la Cour supérieure de condamner la Ville à des dommages compensatoires pour payer notamment les honoraires.

Propos indignes

La Ville s'oppose au rejet et maintient avoir été gravement atteinte par des propos «indignes d'une station de radio respectables», dixit son avocat Me Maxime Blais. Le dommage est d'autant plus grand pour une ville qui jouissait jusque là, plaide-t-il, d'une réputation sans faille concernant son intégrité.

Le montant des dommages réclamé est élevé, concède Me Blais, mais il est à la hauteur de l'atteinte, dit-il.

Les propos n'ont pas été prononcés par n'importe quel citoyen, mais par l'animateur d'une radio très populaire, à heure de grande écoute, ajoute Me Blais.

Sylvain Bouchard a volontairement induit ses auditeurs en erreur en parlant de corruption, martèle Me Blais. «Évidemment, la simple collusion, ce n'est pas très sensationnel, suppose l'avocat de la Ville. Le terme corruption, ça vend mieux.»

L'avocat de la Ville affirme que la liberté d'expression n'est pas en cause dans le litige. «C'est plutôt le devoir des médias de déployer un minimum d'efforts et d'honnêteté lorsqu'ils rapportent des faits.»

La juge Johanne April a pris la cause en délibéré.

««La poursuite de la Ville est une attaque frontale sans précédent visant à intimider et neutraliser ce média et, par ricochet, tous les médias»»

Me Éric Mongeau pour COGECO

««La liberté d'expression ne protège pas les médias des entreprises multimillionnaires qui donnent dans la désinformation pour des cotes d'écoute.»»

Me Maxime Blais pour la Ville de Québec
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