Les chefs de police veulent «faire partie des réflexions» sur le cannabis

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Les gens voulant profiter de cette possibilité devront obtenir l'autorisation d'un professionnel de la santé et s'inscrire auprès de Santé Canada.

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(Québec) L'Association canadienne des chefs de police (ACCP) veut «faire partie des réflexions» entourant le projet de loi sur la légalisation de la marijuana, qui aura nécessairement des répercussions sur la sécurité publique, rappelle son vice-président, Mario Harel.

L'ACCP avait déjà proposé en 2013 de modifier la Loi sur les contraventions de façon à ce que les policiers puissent remettre de simples constats d'infraction dans certains cas de possession simple de marijuana, une solution qui aurait permis, selon l'association, «d'agir sur-le-champ et de contribuer à rendre plus paisibles et sécuritaires les quartiers». La suggestion avait toutefois été rapidement rejetée par les conservateurs, opposés à tout assouplissement des règles en vigueur.

«Avec l'arrivée des libéraux, on savait qu'on s'en allait vers la légalisation de la marijuana. On respecte ça, on n'est pas là pour faire les lois, mais pour les appliquer. La seule chose qu'on souhaite, c'est faire partie des réflexions», a dit M. Harel en entrevue au Soleil, mercredi.

L'ACCP craint évidemment les effets de la légalisation de la marijuana sur la sécurité routière. «La conduite avec les facultés affaiblies par la drogue, c'est tout un enjeu pour les policiers. La formation est difficile, et les outils de détection sont déficients pour réussir à faire la preuve de l'intoxication des gens», dit Mario Harel, qui croit qu'on devra mener «la même bataille pour sensibiliser les gens aux dangers de la drogue au volant que celle qu'on a faite contre l'alcool au volant».

L'association se demande par ailleurs si on réussira vraiment à contrer le crime organisé en légalisant la marijuana. «Ce ne sera pas une mince affaire. Regardez ce qui se passe avec l'alcool et le tabac, il y a une économie souterraine», souligne M. Harel, selon qui «on a un grand défi si on croit qu'on va éliminer le crime organisé de l'équation».

L'ACCP s'intéresse également à la façon dont la production, la vente et la distribution seront encadrées. «On a surtout des préoccupations par rapport à la vente aux mineurs. Comment on va protéger nos mineurs?» demande Mario Harel, qui s'inquiète notamment du niveau d'intoxication des jeunes qui consommeraient des produits dérivés «comme les fameux muffins au pot, par exemple». «On n'a pas le même effet, la même intoxication, quand on l'ingère [le pot] et quand on le fume», rappelle-t-il.

Autre crainte de l'ACCP : l'intoxication dans les milieux de travail. «Qu'est-ce qu'on fait si des gens arrivent intoxiqués à leur travail, dans des endroits où il y a de la machinerie lourde ou des usines où il faut un très haut niveau d'alerte, par exemple? Les employeurs seront-ils capables de détecter cette intoxication? C'est facile de se rendre compte que quelqu'un a bu, mais quelqu'un qui a fumé, c'est beaucoup moins évident», fait valoir M. Harel.

Consultations publiques réclamées

«Je trouve ça intéressant. Ils semblent vouloir bouger vite, mais je me demande où ils sont rendus parce que je ne sais pas dans quelle direction ils veulent aller.»

Boris Saint-Maurice, cofondateur du Bloc pot et du Parti marijuana, se réjouit de l'annonce de la ministre fédérale de la Santé. Toutefois, celui qui est aussi directeur du Centre compassion de Montréal, organisme qui vend du cannabis thérapeutique à plus de 2000 membres à travers le Québec, espère que le projet de loi fera l'objet de consultations publiques.

«Ma plus grande préoccupation, c'est que ça doit se faire en incluant les gens qui ont milité pendant des années pour la légalisation. Nous, on était là bien avant les compagnies qui cultivent actuellement du cannabis thérapeutique pour le gouvernement.» Le Centre compassion a ouvert ses portes en 1999.

Il souhaite donc une approche inclusive de la part du fédéral. «Ne pas nous inclure, c'est comme légaliser le mariage gai et inviter seulement les organisateurs de noces hétérosexuels.»

Outre les enjeux de santé publique, il croit que le gouvernement doit aussi faire ses choix sur des bases scientifiques fiables qui, selon M. Saint-Maurice, classent le cannabis dans une gamme de produits beaucoup moins dangereux que l'alcool et la cigarette. «Dans ce cas, on ne pourra avoir un modèle aussi restrictif que pour ces produits. Il faut aussi tenir compte de la demande des consommateurs. Le cannabis est un produit avec beaucoup de variations comme le vin. Certains aiment le cabernet sauvignon et d'autres, le pinot noir», illustre-t-il.

En janvier, M. Saint-Maurice s'est inscrit au registre des lobbyistes du Québec. Selon lui, un organisme comme le Centre compassion est «mieux placé que la SAQ», par exemple, pour vendre de la marijuana récréative. 

S'inspirer de la lutte contre le tabac

Le Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS) s'est dit mercredi «très inquiet» à la suite de l'annonce de la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott. Il craint qu'un projet de loi légalisant la marijuana déposé au printemps 2017 soit précipité.

«Ça soulève énormément de questions en matière de santé publique», a commenté la porte-parole du CQTS, Claire Harvey, au cours d'un entretien avec Le Soleil. Le printemps 2017, «c'est bientôt», souligne-t-elle. «Est-ce qu'il [Ottawa] va avoir le temps de consulter le monde, comme il l'avait promis?» se demande Mme Harvey.

La marijuana étant surtout un produit qui se fume, le projet de loi devrait «s'inspirer des gains qu'on a fait dans la lutte contre le tabac», espère la porte-parole du CQTS, qui insiste sur la nécessité de bien encadrer sa vente et sa distribution. Elle ne voudrait surtout pas voir de points de vente de marijuana près des parcs et des écoles, par exemple.

Il faudrait aussi que Santé Canada fasse des mises en garde explicites quant aux effets de la marijuana sur la santé, selon elle. «Ces mises en garde doivent renseigner adéquatement la population, notamment quant à ses effets sur la santé mentale des jeunes», estime Mme Harvey.

Barrette invite Ottawa à agir avec prudence

Le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, invite le gouvernement de Justin Trudeau à être extrêmement prudent dans le projet de loi qu'il déposera pour légaliser la marijuana. Il le presse d'adopter une politique du petit pas.

Car, le premier pas, s'il n'est pas le bon, peut provoquer des dégâts, a affirmé M. Barrette au Soleil. «C'est comme sortir quand il vient de pleuvoir l'hiver : s'il n'est pas le bon, on va déraper, on va tomber et on va se casser quelque chose», a déclaré le ministre québécois.

Quelques heures plus tôt, au siège des Nations Unies à New York, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, avait annoncé que c'est au printemps 2017 qu'elle présentera son projet de loi légalisant la marijuana au Canada.

«Le premier pas ne devra pas aller trop loin, a commenté Gaétan Barrette, parce qu'on ne sera jamais capable de revenir en arrière. C'est sûr qu'à partir du premier pas, tout le monde va vouloir aller plus loin.»

Le ministre québécois de la Santé refuse de se prononcer sur la pertinence qu'il y a ou pas à légaliser la marijuana, puisque la prérogative d'aller ou non de l'avant relève du gouvernement fédéral. «Quand bien même je suis pour ou contre, je dois vivre avec», dit-il.

Bien des questions

Mais le ministre promet de se faire entendre à propos de tous les paramètres et de toutes les modalités entourant cette future légalisation. «Sur l'opérationnalisation, j'ai des opinions et on en débattra», assure-t-il.

Il évoque entre autres les questions liées à la distribution et au type de produit qui sera légalisé - quelle teneur en THC, par exemple? Il parle aussi de l'importance d'implanter un système de «traçabilité».

«Les ramifications» du dossier sont très nombreuses, insiste le ministre québécois, laissant ainsi entendre que le débat, même s'il existe depuis longtemps, ne fait en quelque sorte que vraiment commencer.

Avec Jean-Marc Salvet

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