Condamnation de Léon Mugesera: Guy Bertrand n'est pas surpris

Léon Mugesera (à droite) alors qu'il discutait avec... (AFP, STEPHANIE AGLIETTI)

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Léon Mugesera (à droite) alors qu'il discutait avec son conseiller légal à Kigali, vendredi.

AFP, STEPHANIE AGLIETTI

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(Québec) Le Rwandais Léon Mugesera, qui a lutté pendant 16 ans pour éviter sa déportation du Canada, a été condamné à la prison à vie au Rwanda pour avoir incité ses compatriotes à commettre un génocide.

Ce verdict ne surprend «pas du tout» l'avocat Guy Bertrand, qui a défendu l'homme de 63 ans pendant la quasi-totalité de ses procédures judiciaires au Canada. «Les dés étaient pipés. Ç'a été une moquerie de la justice du début à la fin, un procès bidon, un mensonge total», tonne le célèbre juriste.

«On se doutait depuis février qu'il écoperait d'une sentence à vie», explique Me Bertrand, qui a appris la nouvelle par les médias et qui attendait la «confirmation officielle» de la condamnation de celui qui s'était installé à Québec en 1993 avec sa femme et ses cinq enfants, et qui était devenu chargé de cours en linguistique à l'Université Laval.

Me Bertrand qualifie de «farce monumentale» le procès que son ex-client a subi à Kigali, où le gouvernement rwandais l'a reconnu coupable d'incitation publique à commettre un génocide, de persécution et d'enseignement de la haine basée sur l'ethnicité.

Les juges ont reproché à l'accusé un discours anti-tutsi prononcé en 1992, dans l'ouest du Rwanda, à l'occasion d'un rassemblement du parti du président assassiné Juvénal Habyarimana. Devant un millier de personnes, il traitait les Tutsis de coquerelles, suggérant qu'ils devaient être exterminés.

Certains extraits de ce discours - dont aucun enregistrement complet n'existe - ont été diffusés en boucle sur les radios rwandaises, dont la tristement célèbre radio des Mille Collines.

Son allocution publique aurait été vue comme un des éléments qui avaient amorcé le massacre, en quelques semaines, d'environ 800 000 personnes, essentiellement membres de la minorité tutsie.

Au cours de son procès, qui s'était ouvert en janvier 2013, Mugesera avait contesté l'authenticité de l'enregistrement du discours présenté par la Couronne, dénonçant des «anomalies».

Selon Me Bertrand, Léon Mugesera n'a jamais eu droit à une défense pleine et entière. «Le gouvernement ne lui a pas fourni l'argent pour avoir accès à l'aide juridique. Il a dû se défendre lui-même. Seulement quelques bénévoles l'ont accompagné au niveau de la procédure. Ils ont fait leur possible.»

«C'est une farce monumentale que le Canada ait accepté ça, poursuit-il. C'est une humiliation pour quiconque croit à la justice canadienne.» À plusieurs reprises, Me Bertrand avait demandé à ce que son client soit jugé au pays, ce qui lui a toujours été refusé.

L'avocat déplore également que la presse internationale n'ait pas «joué son rôle», le procès n'ayant été couvert que par quelques journalistes locaux, «des perroquets de l'information» du président Paul Kagame.

Si Me Bertrand «parle régulièrement» avec la famille de l'accusé, il n'a pas pu s'entretenir de vive voix avec ce dernier depuis son extradition au Rwanda, il y a quatre ans. L'accusé lui a toutefois écrit à quelques reprises pour faire état de ses conditions de détention. «Il a reçu des menaces en prison, il n'y a rien qu'il n'a pas vu.»

Même si Léon Mugesera a interjeté appel du verdict sur le champ, Me Bertrand ne se fait pas d'illusions pour la suite des choses. «Je ne fais confiance à aucun tribunal de ce pays. Là-bas, on ne fonctionne que sous la pression publique.»

La femme de M. Mugesera, Gemma Uwamariya, vit encore à Québec avec ses cinq enfants. Avec La Presse Canadienne et AFP

Léon Mugesera et son avocat québécois, Me Guy... (Archives La Presse Canadienne, Jacques Boissinot) - image 2.0

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Léon Mugesera et son avocat québécois, Me Guy Bertrand, lors d'une conférence de presse en juin 2005, à Québec.

Archives La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

Déporté après 15 ans de lutte

Le gouvernement canadien avait entamé des procédures judiciaires en 1995 pour que Léon Mugesera soit extradé vers le Rwanda, qui voulait le juger relativement au génocide.

La Commission de l'immigration avait ordonné son renvoi en 1996, mais M. Mugesera avait alors entamé toute une série de recours judiciaires qui l'avaient mené jusqu'en Cour suprême. Il avait finalement été expulsé du pays en janvier 2012.

Le ministre canadien de l'Immigration de l'époque, Jason Kenney, avait affirmé que toutes les vérifications avaient été faites pour s'assurer qu'il ne serait pas torturé au Rwanda.

Le Comité contre la torture de l'Organisation des Nations unies avait demandé en vain au Canada d'accorder un sursis à M. Mugesera, le temps d'étudier les risques auxquels il serait exposé.

M. Mugesera était ainsi devenu le premier demandeur d'asile dans un pays occidental à être renvoyé au Rwanda pour répondre à des accusations liées au génocide de 1994.

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