«On n'entendait rien, ni cri ni rien»

Plusieurs témoins, qui habitent près du lieu de... (La Presse Canadienne, David Noël)

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Plusieurs témoins, qui habitent près du lieu de l'accident, ont aperçu le petit avion s'écraser.

La Presse Canadienne, David Noël

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Johanne Fournier

Collaboration spéciale

Le Soleil

Les résidents de Havre-aux-Maisons, aux Îles-de-la-Madeleine, sont habitués d'entendre le bruit des avions qui se préparent à amorcer leur atterrissage à l'aéroport régional. Mais ce que certains ont vu et entendu à l'heure du dîner mardi n'avait rien d'habituel ni de banal. Dans un grand vacarme, ils ont vu l'appareil, dans lequel prenaient place Jean Lapierre et des membres de sa famille, se fracasser au sol.

Intriguée d'entendre un bruit plus fort qu'à l'habitude, Diane Vigneau s'est précipitée à sa fenêtre. «J'ai vu un avion qui volait beaucoup trop bas, raconte la dame. L'avion est passé entre chez nous et la maison de mon voisin. Ensuite, l'avion a cassé en trois et des débris ont revolé.»

«Froid dans le dos»

Son voisin, c'est Antonin Valiquette. «J'ai vu le petit avion de 10 places, confirme-t-il. Il est passé près des toitures des deux maisons. Dans les derniers mètres, il a perdu de l'altitude très rapidement. J'ai entendu un son très fort et il s'est écrasé contre une butte. J'ai entendu un grand boum au moment de l'impact initial. Ça m'a fait froid dans le dos!»

Un autre témoin qui habite tout près a lui aussi vu l'engin s'abîmer au sol. «L'avion est tombé, raconte Frédérick Duval. Ça a fait "spouf"! Il a piqué du nez et a frappé une butte. C'est comme s'il avait frappé un mur. Il a rebondi et est retombé. C'est là que le fuselage s'est ouvert. J'ai appelé le 9-1-1 et les secouristes sont arrivés peu de temps après.»

Antonin Valiquette s'est immédiatement précipité sur les lieux de l'impact. Arrivé à une dizaine de mètres de l'épave, il a aperçu les premiers répondants, qui étaient déjà là. «Il y avait des débris un peu partout, relate-t-il. On n'entendait rien, ni cri ni rien. Il y avait une forte odeur de kérosène. Je voyais pas bien à l'intérieur de l'appareil, mais c'était très tranquille. Pendant les 20 minutes que je suis resté là, les secouristes n'ont sorti personne.»

Diane Vigneau est, elle aussi, immédiatement sortie dehors. «Sur le coup, j'étais sous le choc, dit-elle. On a été envahis de personnes autour de la maison. Une policière m'a demandé de rester dans la maison au cas où des gaz se seraient échappés.»

Frédérick Duval a, pour sa part, été incapable de s'approcher de la scène. «Je voulais pas voir du monde crier ou décapité, fait-il savoir. J'avais assez de m'imaginer la panique que les passagers ont dû vivre et de me demander si Jean Lapierre avait eu le temps de prendre sa femme dans ses bras.» Pour M. Duval, qui dit détester les avions, cette tragédie n'aura rien pour les lui faire aimer davantage.

Vigie policière

Au Centre hospitalier de l'Archipel, un code orange a été déclenché pour accueillir les victimes. «Des agents faisaient la circulation aux abords de l'hôpital pour ne pas entraver l'arrivée des ambulances», rapporte M. Valiquette. Des policiers assuraient une vigie sur les lieux de l'accident pendant toute la nuit, dans l'attente des enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports du Canada et de la Sûreté du Québec.

Au moment de l'écrasement, qui est survenu à environ 5 à 7 km de la piste d'atterrissage, un épais brouillard couvrait le ciel des Îles-de-la-Madeleine. La brume intense était accompagnée de pluie et de grands vents. «J'étais surpris qu'un avion vole dans de telles conditions météo, s'étonnait encore M. Duval. C'était très téméraire!»

Une pensée pour la mère

Cette tragédie est un triste coup du destin alors que Jean Lapierre, ses deux frères et sa soeur avaient nolisé cet appareil afin de venir prendre part aux funérailles de leur père, Raymond, décédé la veille à l'âge de 83 ans. La femme de Jean Lapierre, Nicole Beaulieu, faisait aussi partie du voyage. «La famille de Raymond à Conrad Lapierre était bien connue ici aux Îles, souligne Mme Vigneau. De toute façon, tout le monde se connaît, aux Îles. C'est terrible pour Mme Lapierre de perdre son mari, puis le lendemain, de perdre cinq autres membres de sa famille!»

«Je l'ai quasiment vu mourir»

«C'est une grande tragédie pour les Îles, estime Diane Vigneau, une résidente complètement déconcertée par l'image d'horreur qui s'est déroulée devant ses yeux et que la vue de sa fenêtre lui rappelle encore. Je ne peux pas imaginer que Jean Lapierre est décédé en avant de chez nous. Je l'ai quasiment vu mourir en direct.»

De l'avis de Frédérick Duval, l'archipel conservera encore longtemps les stigmates de ce triste événement. «On a aussi perdu quelqu'un de big

À voir ce qu'il restait de l'épave, Antonin Valiquette se doutait bien que l'impact risquait d'être fatal pour ses occupants. «Quand j'ai appris le décès de sept personnes, quelques heures plus tard, j'ai eu comme un coup de fatigue, raconte-t-il. L'émotion s'est installée.»

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