Coups de feu lors d'une poursuite à Lévis: «Il semble y avoir un manque»

La poursuite qui s'est terminée par des coups... (Photothèque Le Soleil, Steve Jolicoeur)

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La poursuite qui s'est terminée par des coups de feu en plein centre-ville de Lévis suscite des interrogations sur le travail des policiers lorsqu'ils ont à composer avec une personne souffrant de troubles mentaux.

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(Québec) Formation policière déficiente. Manque de ressources de première ligne. Un groupe de promotion et de défense de droits en santé mentale se questionne sur la gestion des interventions qui ont mené les policiers à tirer des coups de feu sur Andrée Morin, 37 ans, lors d'une poursuite au centre-ville de Lévis.

François Winter est directeur général de l'organisme L'A-Droit. Il suit de près l'histoire de la femme accusée cette semaine de conduite dangereuse, de fuite, d'agression armée et de défaut de s'arrêter lors d'un accident. La Couronne a demandé un examen sur la responsabilité criminelle de l'accusée pour les événements survenus le lundi 14 mars.

Lors de sa comparution, on apprenait que Mme Morin avait passé une partie de la journée de dimanche à l'unité psychiatrique de l'Hôtel-Dieu de Lévis à cause de son comportement. Elle était libérée quelques heures plus tard. Le lendemain matin, les policiers se rendaient à son domicile parce qu'elle lançait des objets de son balcon. En après-midi survenait la poursuite. La femme a reçu un projectile d'arme à l'épaule droite.

Le dg n'a pas les détails du dossier. Cependant, le fil des événements soulève de nombreuses interrogations. Andrée Morin avait déjà fait plusieurs visites à l'unité psychiatrique, a confirmé sa famille au Soleil la semaine dernière. Et les policiers sont intervenus auprès d'elle deux fois dans les 24 heures précédant la poursuite.

«Est-ce que quelque chose n'a pas fonctionné quelque part? évoque M. Winter. Si on parle d'une personne qui a reçu des services quelque temps avant et qu'il y a eu une intervention "musclée" par la suite, la question mérite d'être posée.»

Même s'il existe un numéro de téléphone que la population et les policiers peuvent utiliser pour obtenir l'aide d'un intervenant social, L'A-Droit constate le manque de services offerts aux personnes en état de crise vivant un trouble de santé mentale.

Formation insuffisante 

Pour lui, les questions du manque de services et de formation des policiers sont intimement liées. «Est-ce que les intervenants de crise sont disponibles? Est-ce que c'est dans la culture des policiers d'interpeller les intervenants spécialisés?

«Les policiers ont un travail à faire. Nous, on le voit régulièrement, poursuit-il. Les gens nous appellent et vivent des situations avec la police. Elle n'est pas suffisamment formée. C'est sûr et certain. Est-ce que la police de Lévis a la même sensibilité que d'autres corps de police? Ça se peut qu'il y ait un manque.»

Pourtant, les policiers sont de plus en plus appelés à intervenir auprès d'une clientèle avec des troubles en santé mentale, y compris les personnes aux idées suicidaires.

À la Ville de Québec, la police a développé un partenariat avec l'organisme PECH (Programme d'encadrement clinique et d'hébergement), qui administre un centre de crise. Les policiers y déposent les personnes en crise plutôt que les amener à l'hôpital. Le contact et le suivi se font beaucoup plus facilement avec le bénéficiaire.

«C'est un projet qu'on réclame depuis plusieurs années. La solution n'est pas à l'hôpital, mais elle est dans la communauté. Est-ce que le modèle actuel est efficace et suffisant? Je pense qu'il faut y réfléchir sérieusement», conclut M. Winter.

D'autres données à analyser

La Sûreté du Québec mène une enquête pour savoir si le ou les policiers étaient justifiés de faire feu sur Andrée Morin. Selon le directeur de PECH, Benoît Côté, les enquêteurs devraient aussi se pencher sur les deux interventions policières et l'intervention médicale qui ont précédé de quelques heures seulement la poursuite du lundi après-midi.

«Il peut être surprenant, de l'extérieur, de voir comment on est intervenu auprès de cette dame», confie M. Côté, qui est responsable de l'organisme en santé mentale PECH à Québec. «Elle était en situation de crise le dimanche lorsqu'elle a été amenée à l'hôpital. Pourquoi, ils ne l'ont pas gardée? Quand on a connaissance qu'une personne à des troubles de santé mentale, ça devrait influencer les interventions policières.» 

Ce sont des angles d'analyse sur lesquels il faudrait faire la lumière, estime M. Côté. Si Mme Morin était décédée, un coroner aurait analysé ces questions, et peut-être soumis des recommandations s'il avait observé des failles dans le système. Pourquoi ne pas profiter de la situation pour justement éviter un éventuel décès à cause d'une suite d'interventions mal ficelée, suggère-t-il. 

La police de Lévis connaît bien Andrée Morin. Avant les événements du 14 mars, elle faisait déjà face à des accusations de fuite, de conduite dangereuse et de conduite avec les capacités affaiblies. Elle a à son actif une vingtaine d'autres antécédents criminels. 

L'an passé, elle avait déposé une plainte criminelle pour voies de fait contre un policier de Lévis. Elle n'a pas été retenue. Le jour précédant son arrestation, elle écrivait des propos confus sur sa page Facebook et se disait persécutée par les policiers.

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