Jian Ghomeshi est acquitté

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Jian Ghomeshi à son arrivée au palais de justice de Toronto

La Presse Canadienne, Chris Young

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Diana Mehta, Colin Perkel
La Presse Canadienne
Toronto

L'ancien animateur de la radio anglaise de Radio-Canada Jian Ghomeshi a été acquitté, jeudi, de tous les chefs qui pesaient contre lui dans des affaires d'agression sexuelle.

Le juge William Horkins, de la Cour de l'Ontario, l'a ainsi déclaré non coupable de quatre chefs d'agression sexuelle et d'un chef d'avoir tenté d'étouffer, de suffoquer ou d'étrangler une personne dans le but de vaincre sa résistance. Le magistrat a déclaré qu'il ne pouvait tout simplement pas se fier aux témoignages des trois plaignantes étant donné qu'elles ont parfois modifié leur récit en cours de route et ont même été jusqu'à mentir.

La seule preuve sur laquelle il devait se pencher - comme c'est généralement le cas dans les cas d'agressions sexuelles - était la crédibilité des plaignantes, qui a été grandement minée par le contre-interrogatoire de la défense, selon le juge.

«Ce qui est troublant n'est pas l'absence de clarté, mais plutôt la modification des faits d'un témoignage à l'autre», a déclaré le juge Horkins au sujet de l'une des trois plaignantes.

«En contre-interrogatoire, la valeur de son témoignage a subi des dommages irréparables», a-t-il dit au sujet d'un autre témoin.

L'ancien animateur avait plaidé non coupable à tous les chefs d'accusation. Les trois plaignantes ont raconté qu'elles vivaient un moment romantique avec Jian Ghomeshi lorsqu'il est brièvement devenu violent, des incidents qui se seraient produits entre 2002 et 2003.

La défense a avancé que les trois femmes avaient menti durant leur témoignage au sujet de leurs interactions avec lui, de sorte qu'elles n'étaient pas crédibles.

Le juge a accepté cette défense, et a affirmé à plusieurs reprises que les femmes avaient menti, s'étaient montrées manipulatrices et avaient caché de l'information pertinente au sujet des contacts qu'elles avaient eus avec l'accusé après les présumées agressions. «Il n'y a pas de preuve irréfutable, a-t-il dit. Il n'y a que le témoignage sous serment de chacune des plaignantes.»

Mémoire imparfaite

Le juge Horkins a ajouté qu'il ne pouvait blâmer la mémoire imparfaite des femmes, mais a insisté sur le fait que leur «suppression» de preuves et leurs «duperies» sous serment avaient fait en sorte qu'il était difficile d'avoir confiance en elles.

«La suppression de la vérité sera tout aussi dommageable pour leur crédibilité qu'un mensonge direct sous serment», a dit le juge.

Il a cependant ajouté que l'acquittement ne signifiait pas pour autant que les événements en question ne se sont jamais produits.

La première plaignante a soutenu qu'à la fin de 2002, Jian Ghomeshi lui avait soudainement tiré les cheveux alors qu'ils s'embrassaient dans la voiture. Quelques jours plus tard, il aurait selon elle recommencé le même manège chez lui, avant de la frapper à la tête.

La deuxième plaignante, l'actrice Lucy DeCoutere - la seule que l'on puisse identifier -, a soutenu que l'animateur l'avait soudainement poussée contre le mur et avait commencé à l'étrangler et à la frapper au visage, alors que le couple s'embrassait dans la chambre de l'accusé, à l'été 2003.

Mordue et serrée

La troisième présumée victime a soutenu que Jian Ghomeshi l'avait subitement mordue à l'épaule et avait commencé à lui serrer la gorge avec ses mains, alors qu'ils s'embrassaient sur un banc de parc en 2003.

En contre-interrogatoire, toutefois, Marie Henein a fait admettre à la première plaignante qu'elle avait envoyé à Jian Ghomeshi, après l'agression présumée, des courriels aimables lui demandant de la joindre, et même une photo d'elle en bikini. Le témoin a soutenu qu'il s'agissait là d'un «appât» pour pouvoir obtenir des explications sur l'agression. Elle a aussi soutenu au procès que lorsqu'elle a porté plainte à la police, elle avait oublié l'existence de ces courriels.

Me Henein a ensuite fait admettre à Lucy DeCoutere qu'elle avait elle aussi envoyé un courriel à Jian Ghomeshi quelques heures après l'agression présumée, dans lequel elle souhaitait coucher de nouveau avec lui. Elle a aussi produit en preuve une lettre manuscrite que l'actrice avait envoyée à l'accusé quelques jours plus tard et qui se terminait par les mots : «J'adore tes mains».

La troisième plaignante a reconnu en contre-interrogatoire qu'elle avait délibérément induit les policiers en erreur lorsqu'elle a omis de leur dire qu'elle avait eu une relation sexuelle avec Jian Ghomeshi quelques jours après l'agression présumée. Me Henein lui a aussi fait admettre qu'elle et Lucy DeCoutere avaient échangé des milliers de messages dans lesquels les deux plaignantes discutaient de leurs allégations et partageaient leur mépris pour l'accusé.

Jian Ghomeshi est aussi accusé dans une autre affaire d'agression sexuelle, qui sera entendue par un autre tribunal en juin.

Un verdict qui met en lumière les problèmes du système

Des experts juridiques et des groupes de défense des droits des femmes affirment que le verdict rendu jeudi dans le procès de Jian Ghomeshi pour agressions sexuelles met en lumière tout ce qui ne fonctionne pas avec le système destiné à rendre justice dans de pareilles causes.

Ils affirment que le juge William Horkins n'avait pas vraiment d'autre choix que d'acquitter l'ancien animateur vedette de CBC sur tous les chefs d'accusation, puisque les témoignages des trois victimes alléguées ont été à toutes fins pratiques détruits en cour.

La professeure de droit Brenda Cossman, de l'Université de Toronto, a convenu que les témoignages de présumées victimes ont été très dommageables. L'avocate de M. Ghomeshi, Marie Henein, a tout simplement décimé les récits de chacune des femmes, a-t-elle déclaré.

Ce procès a toutefois mis en lumière l'énorme pression qui repose sur les épaules des victimes dans des affaires d'agression sexuelle. Elles doivent, selon Mme Cossman, atteindre des standards irréalistes lorsqu'il est question de faire la preuve de ce qu'elles avancent dans le système judiciaire actuel.

«Le dénouement n'est pas surprenant, mais je crois que le message qui est envoyé à toutes les femmes qui voudront porter plainte pour agression sexuelle est assez clair, a-t-elle tonné. S'il y a quoi que ce soit qui n'est pas parfait avec ton comportement avant, pendant ou après l'agression, ne prends même pas la peine de dénoncer ce qui t'es arrivé parce que ta crédibilité va être attaquée.»

Bien que les déclarations erronées des plaignantes soient préoccupantes, la codirectrice du Centre for Feminist Legal Studies de Vancouver, Janine Benedet, se demande si une honnêteté complète aurait véritablement fait une différence. «Il y a deux choses ici. Il y a l'information qui a été retenue ou qui a été livrée de manière mensongère et il y a la question de savoir si cette information était vraiment pertinente afin de déterminer si elles ont subi une agression sexuelle ou non.»

Tamar Witelson, de l'organisme Metrac qui lutte contre la violence faite aux femmes, soutient que le procès Ghomeshi a démontré de manière préoccupante le traitement qui est réservé aux femmes, en cour, lorsqu'elles disent avoir été victimes de violence sexuelle. «Les plaignantes ont dû vivre une expérience qui a semblé être très difficile, a-t-elle souligné. Est-ce le prix à payer pour tenter d'obtenir justice? Est-ce que ça en vaut la peine?», s'est-elle interrogé.

Amanda Dale, de la Clinique commémorative Barbara Schlifer, croit que les défenseurs des droits verront le verdict comme une raison supplémentaire de se battre pour que des changements soient apportés au système judiciaire.  Malgré le déception suscitée par le verdict rendu jeudi, «il y a une impulsion qui s'est bâtie et qui ne va pas disparaître. Et je crois en fait que la colère et l'indignation vont pouvoir mener à des réformes».  La Presse Canadienne

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