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Policiers de la SQ: la mort à 67 ans

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La moyenne des décès des policiers au cours des 13 dernières années est de 66,8 ans. L'espérance de vie des Québécois est de 82,2 ans.

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(Québec) Les policiers et policières de la Sûreté du Québec (SQ) consomment deux fois plus de médicaments que le reste des Québécois et, constat alarmant, meurent en moyenne à 66,8 ans.

Les soupçons ont commencé à germer il y a quelques années. Lors de congrès annuels, pendant la traditionnelle minute de silence aux disparus, certains ont commencé à s'intriguer des âges inscrits à la page In memoriam dans le livre des congressistes.

«On a posé la question parmi les associations de retraités à la SQ : "En connaissez-vous beaucoup du monde qui ont 80 ans parmi vos retraités?"» se rappelle Pierre Veilleux, président de l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ). «Il y a eu un grand silence autour de la table, ajoute-t-il. C'est vrai qu'on n'en connaît pas beaucoup. C'est là qu'on commence à allumer et à se poser des questions.»

Pour répondre à ses inquiétudes, l'Association détient un avantage que d'autres n'auraient pas. Elle gère elle-même les régimes d'assurance vie et d'assurance médicaments de ses membres. L'APPQ s'est donc mise à fouiller ses bases de données pour voir si ses appréhensions pouvaient s'appuyer sur du réel.

Tous les trois ans, une réévaluation actuarielle de la caisse d'assurance vie est faite pour s'assurer qu'elle est suffisamment capitalisée, explique Charles-Antoine Villeneuve, vice-président principal chez Aon-Hewitt, une firme spécialisée en gestion de risques et en assurances. «On se disait : "Il me semble qu'il manque des gens passé 75 ans. Ils sont partis où ces gens-là?". On s'est mis à regarder les décès des années passées.»

«Sentiment de panique»

Depuis 2003, 580 policiers actifs ou retraités sont décédés. Parfois, comme en 2010, à un âge moyen aussi bas que 61,7 ans. Au mieux, comme en 2013 et 2014, à un âge moyen de 71,1 ans. La moyenne des décès des policiers au cours des 13 dernières années est de 66,8 ans. 

«Il y a des gens sur le terrain qui n'ont pas aimé ça du tout, expose M. Veilleux. Le gars a 59 ans, il est encore dans la police et dit : "Quoi? Tu me dis qu'il ne me reste peut-être que quelques années à vivre?". Il y a un sentiment de panique un peu.»

Pour aller au fond des choses, l'APPQ a mandaté Aon-Hewitt d'analyser en profondeur les réclamations des membres au régime d'assurance médicaments. Les problèmes sautent aux yeux.

Dans presque toutes les catégories, les policiers consomment le double de médicaments par rapport à la moyenne des clients d'Aon-Hewitt. Parfois plus du triple. «Quand on a vu ça, on est tombé en bas de notre chaise», confesse M. Veilleux.

Peu importe la catégorie de symptômes traités par la pharmacopée, les policiers avalent les pilules à un rythme effarant : santé mentale, troubles cardiovasculaires et gastro-intestinaux, diabète, sclérose en plaques, cancer, gestion de la douleur, antibiotiques, problèmes respiratoires, maladies liées à l'inflammation.

En recherche de réponses

«Est-ce que l'alimentation, le manque de sommeil, le stress font en sorte que tu vieillis peut-être prématurément et que tu vas tomber plus rapidement dans la prise de médicaments? se demande M. Veilleux. On est à la recherche de réponses pour intervenir auprès de nos membres.»

Le choc passé, l'APPQ veut se pencher sur l'impact des méthodes de travail des policiers sur leur santé. Trois autres études sur la prise de médicaments et la statistique de mortalité des policiers sont à venir. L'une avec l'Institut universitaire en santé mentale Douglas, à Montréal, sur le «système de gestion des risques liés à la fatigue des policiers en autopatrouille». Une autre avec un étudiant au doctorat en science biomédicale de l'Université du Québec à Trois-Rivières sur les «risques cardiovasculaires et les habitudes de vie chez les policiers québécois». Deux professeurs de l'Université de Montréal se pencheront aussi sur «les effets des procédures judiciaires et quasi judiciaires auprès des policiers».

L'APPQ a déjà partagé verbalement certains résultats de l'analyse d'Aon à certains politiciens, dont le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, le 11 mars. Les patrons de la SQ sont aussi au courant. «Tout le monde se pose les mêmes questions, dit M. Veilleux. C'est surprenant, c'est inquiétant, et pourquoi c'est comme ça.»

***

NDLR : Dans sa version originale, ce texte a mis en parallèle l'âge moyen de décès et l'espérance de vie, deux notions statistiques distinctes qui ne peuvent être comparées.

Le président de l'Association des policières et des... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Le président de l'Association des policières et des policiers du Québec, Pierre Veilleux  

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Pas un outil de négo, jure l'APPQ

Le président de l'Association des policières et des policiers du Québec (APPQ) assure qu'il ne cherche pas à utiliser les statistiques sur la mortalité et la prise de médicaments dans le cadre de ses négociations avec Québec.

«On est en période de négociations, convient Pierre Veilleux. Il ne faut pas se cacher, il y en a qui vont faire le lien. C'est clair.»

Outre l'enjeu des augmentations salariales, les questions liées aux cotisations au régime de pension des agents de la Sûreté du Québec et à leur âge de retraite doivent être abordées lors des pourparlers.

L'étude commandée par l'APPQ ne s'inscrit pas dans une logique de négociation, martèle M. Veilleux. «Moi, ma préoccupation première est de trouver des réponses à ces questions pour améliorer la qualité de vie de mes gens, dit-il. Ça n'a pas rapport à la négociation. Si certains veulent me prêter des intentions, ils font fausse route. Le problème est plus criant qu'un problème de négociation. Mais je ne peux pas empêcher personne de penser ce qu'il veut.»

L'APPQ se penche sur le dossier de la santé de ses membres depuis trop longtemps pour que le dévoilement de l'étude puisse être compris dans un contexte de négociations, affirme M. Veilleux.

«On a un devoir de représentation pour négocier des conventions collectives et négocier des conditions de travail, mais on a également un devoir moral auprès de nos membres, affirme-t-il. On est très axés là-dessus.»

Aon-Hewitt et sa méthodologie

La consommation de médicaments chez les policiers et policières a été calculée sur la base des réclamations faites au régime d'assurance médicaments pour remboursement, explique 

Charles-Antoine Villeneuve, de chez Aon-Hewitt. 

La comparaison s'est faite avec la consommation de tous les autres corps de métiers qui font affaire avec la firme. Un bassin de 208 000 personnes au Québec. 

Les données ont été comparées entre elles en respectant le sexe et les tranches d'âge afin d'éviter «tout biais démographique» lié à la composition spécifique du corps policier, explique M. Villeneuve. 

«D'un point de vue méthodologique, on est très, très, très solides», affirme-t-il. 

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