Révision judiciaire du meurtrier André Roy: un esprit troublé

Le procès se terminera jeudi avec les plaidoiries.... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Le procès se terminera jeudi avec les plaidoiries.

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(Québec) Le 27 novembre 1999, André Roy s'est réveillé avec l'idée de mourir. Puis, son esprit malade en proie, dit-il, à des troubles obsessionnels compulsifs a imaginé une façon de tuer le jeune Victor Lemay de Sainte-Croix.

Il y a un peu plus de 17 ans, le meurtre de l'adolescent Victor Lemay de Sainte-Croix-de-Lotbinière avait secoué toute la région. L'auteur du crime, André Roy, condamné à la prison à perpétuité, tente ces jours-ci de convaincre un jury de 10 hommes et 2 femmes de lui permettre de faire une demande de libération conditionnelle avant le terme prescrit de 25 ans de détention.

La «clause de la dernière chance», abrogée le 2 décembre 2011, permet à un meurtrier, après 15 ans de détention, de faire réduire le délai avant de pouvoir s'adresser à la commission des libérations conditionnelles, ultime décideuse.

L'homme de 38 ans portant une chemise à petits carreaux et un pantalon beige s'exprime d'une voix douce, avec un vocabulaire précis et par moment recherché.

Il a décrit pour le jury son enfance à Sainte-Croix-de-Lotbinière, deuxième garçon d'une famille de Témoins de Jéhovah. 

«Dans un petit village blanc, francophone, catholique, on était les différents, raconte-t-il. Ça a façonné ce qu'est ma famille.»

Enfant effacé, André Roy est maladroit dans les sports et faible en classe. «Je me tenais en arrière, en regardant par terre, décrit-il. Encore aujourd'hui, il faut que je me force pour rester en contact visuel avec les gens.»

Le détenu estime avoir souffert de troubles obsessionnels compulsifs dès l'âge de 12 ans. À cette époque, il ne pouvait s'empêcher de compter le nombre de lettres dans les mots. «C'est la première chose qui m'a inquiété par rapport à moi-même.»

À 14 ans, solitaire et malheureux, il tombe en dépression et fait la première d'une longue série de tentatives de suicide. «Je me suis pendu dans un bois pas loin de chez nous», a-t-il raconté, avant d'être submergé quelques minutes par l'émotion. «Ça m'a marqué. Il a fallu que je me débarque et je ne me suis pas dépris facilement...»

Exclus puis renié

André Roy quitte l'école à 17 ans avec un troisième secondaire. Il se met à travailler pour la compagnie d'entretien ménager de son père, mais commence surtout à consommer drogue et alcool, en plus d'avoir une copine. 

Le conseil de discipline des Témoins de Jéhovah lui demande de revenir sur le droit chemin. Devant son refus, il est exclu.

Du jour au lendemain, ses parents le renient, affirme-t-il, et il devient invisible aux yeux de tous ceux qu'il fréquentait depuis son enfance.

Il aboutit dans un appartement à Saint-Apollinaire et, entre deux partys, travaille dans une pépinière puis dans une fonderie.

Peu à peu, ses troubles obsessionnels compulsifs deviennent violents. En consultation avec une travailleuse sociale pour sa dépression, il dit avoir eu un flash de lui en train d'étrangler l'intervenante avec le fil de la lampe. Il n'a rien avoué de son trouble et n'est jamais retourné voir la travailleuse sociale.

«J'en étais venu à croire que c'était inévitable qu'un jour j'allais commettre un acte violent», indique André Roy.

Puis, le témoin s'interrompt, inquiet. «Pour rassurer tout le monde ici, ça fait plus de 16 ans que je n'ai pas eu de troubles obsessionnels compulsifs violents», dit-il en regardant les jurés de ses yeux sombres, profondément enfoncé dans les orbites.

Au début de la vingtaine, il a brièvement pris des antidépresseurs, mais est rapidement retombé dans la drogue dure, le crack notamment.

«Sentiment de puissance»

Un mois avant d'abattre Victor Lemay, André Roy a volé un pistolet de calibre .22 dans une maison du village. 

«Bizarrement, j'avais un moyen facile de me suicider et je ne l'ai pas fait, reconnaît-il. L'arme me donnait un sentiment de puissance.»

Il s'était fabriqué un silencieux avec un filtre à air et, le soir, il allait tirer dans un terrain vague près de l'école.

Le 27 novembre 1999, il a glissé la petite arme, toujours chargée, dans la poche intérieure de son manteau d'hiver. Et a mis à exécution le plan dicté, dit-il, par son esprit troublé.

Le témoignage d'André Roy se poursuivra mercredi. Son avocate, Me Sandra Brouillette le questionnera précisément sur le meurtre de Victor Lemay.

Le détenu devra ensuite se soumettre au contre-interrogatoire de la procureure de la Couronne, Me Geneviève Lacroix, celle-là même qui l'a fait condamner en décembre 2000.

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