Accusé de fraude à la Ponzi : la «réalité tordue» de Réjean Thiboutot

Témoignant avec assurance, poussant parfois jusqu'à l'arrogance, l'ex-courtier... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Témoignant avec assurance, poussant parfois jusqu'à l'arrogance, l'ex-courtier Réjean Thiboutot a répondu en donnant des leçons de finances.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Dans la bouche de Réjean Thiboutot, un prêt devient un placement. Vendre une action ne veut pas vraiment dire vendre une action.

Accusé d'une fraude de 500 000 $ aux dépens d'une dizaine de plaignants, l'ex-courtier en valeurs mobilières Réjean Thiboutot, 53 ans, a donné ses explications jeudi, avec une sémantique toute particulière qui lui a valu plusieurs haussements de sourcils de la part de la juge Chantale Pelletier. Un mensonge devient par exemple une «réalité tordue»...

Témoignant avec assurance, poussant parfois jusqu'à l'arrogance, le diplômé des HEC répond en donnant des leçons de finances et d'investissement.

Dans la salle d'audience, une poignée de plaignants écoutent attentivement, camouflant leur colère du mieux qu'ils peuvent.

Réjean Thiboutot se défend d'avoir voulu flouer ses investisseurs en leur proposant de lui prêter de l'argent en échange d'une promesse de rendement astronomique, allant jusqu'à 1825 % sur une base annuelle. «Les deux parties étaient satisfaites», répète Réjean Thiboutot, niant tout stratagème à la Ponzi, ce système dans lequel les premiers investisseurs sont remboursés grâce aux fonds des investisseurs suivants.

Après avoir été congédié de la firme de courtage Cannacord en 2005, il fonde sa propre firme spécialisée en financement d'entreprises, Capital Ventura.

Réjean Thiboutot affirme que son entreprise en démarrage était bien réelle et non une coquille vide. Il ne peut exhiber aucun plan d'affaires ni mandat de service, car tout a été saisi par le syndic de faillite, dit-il. «Les projets nécessitent beaucoup d'efforts, et j'ai mis tous les efforts voulus pour les réaliser. Je voulais réussir.»

La procureure de la Couronne a méticuleusement tenté de faire éclater cette belle façade. «Vous ne le payez pas, l'intérêt! C'est du vent! Vous payez avec l'argent des autres.»

De 2005 à 2012, Capital Ventura a eu des revenus totaux de seulement 45 000 $. Réjean Thiboutot se promenait en BMW louée et habitait une maison du quartier Montcalm, résidence qui a aujourd'hui une valeur de 565 000 $.

Il a réhypothéqué sa maison, mais pour le reste, lui et sa conjointe, sans emploi, vivaient de multiples prêts contractés à l'égard de plusieurs créanciers. Il est devenu impossible pour lui d'obtenir du crédit, et ses comptes bancaires ont été fermés les uns après les autres.

Entourage sollicité

La représentante de la poursuite a voulu lui faire admettre que, dans les circonstances, il avait voulu convaincre des membres de son entourage, boucher, commis, agente immobilière et autres de lui prêter de l'argent. «Vous vouliez que des particuliers prennent un risque que les institutions financières ne voulaient pas prendre», lui lance Me Chouinard.

Réjean Thiboutot affirme que les plaignants savaient, en lui confiant leurs avoirs, qu'il n'était plus courtier en valeurs mobilières, mais qu'ils ont insisté pour faire affaire avec lui.

Si certains investisseurs ont perdu des dizaines de milliers de dollars, c'est notamment en raison de la crise financière de 2008, soutient Réjean Thiboutot. «Ça a été extrêmement difficile pour tout le monde, et plusieurs projets n'ont pas pu voir le jour, dit-il. Capital Ventura a été pris dans cette tourmente-là, elle manquait de fonds de roulement, elle avait contracté des prêts en espérant toucher rapidement des sous de commission, mais les choses n'ont pas tourné comme ça.»

Après son arrestation en 2012, Réjean Thiboutot a travaillé comme vendeur de matelas chez Sears. Il a été congédié lorsque ses patrons ont appris qu'il avait un antécédent criminel de fraude remontant à 1993. Une histoire de chèque sans provision chez HSBC, a indiqué Thiboutot, sans détailler Il a dû faire face à des poursuites civiles pour 1,9 million $. Le litige s'est réglé à l'amiable.

Le procès se terminera vendredi avec les plaidoiries.

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