Exclusif

Légionellose: la bataille en Cour supérieure

Le père de Nadia Champagne (ici avec son... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Le père de Nadia Champagne (ici avec son conjoint, Dave Guérin) et de Éric Champagne, est mort de la légionellose à l'été 2012. En mémoire de leur père Pierre, Nadia et Éric tenaient à être présents au palais de justice, mercredi.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) D'un côté, la requérante, qui accuse la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale d'avoir manqué à son devoir de prévention et de gestion rapide et efficace de l'éclosion de légionellose qui a causé 14 décès à Québec en 2012. De l'autre, l'intimée, qui plaide avoir «posé les bons gestes au bon moment», arguant du reste l'absence de normes en pareille matière à l'époque.

La Cour supérieure entendait, mardi, la requête pour autorisation d'exercer un recours collectif déposée par Solange Allen, dont le mari, Claude Desjardins, est décédé de la légionellose à l'été 2012. 

L'avocat de la requérante, Me Jean-Pierre Ménard, a rappelé que la ville de Québec avait été, en 1996, le théâtre d'une première éclosion de légionellose causée par une tour de refroidissement et qui avait fait plusieurs victimes en plus de causer un décès. À la suite de cette éclosion, un comité de travail avait conclu à l'«importante probabilité» que d'autres éclosions se produisent si rien n'était fait en regard de la problématique des tours de refroidissement, a relaté Me Ménard. 

«On s'est entendu qu'il fallait faire quelque chose, on a convenu de la nécessité de prendre des mesures, mais par la suite, ça s'est perdu dans la machine de l'État», a résumé l'avocat. 

En 2010, une autre éclosion de légionellose de moindre importance, mais causée elle aussi par une tour de refroidissement, s'est produite à Québec. À la suite de cette éclosion, la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale a constaté l'absence de registre des tours de refroidissement (à l'exception de celles appartenant au domaine public), un obstacle important à l'efficacité de son intervention en cas d'éclosion de légionellose. Malgré cela, aucune mesure n'a été prise par pour tenter de répertorier les tours, a dénoncé l'avocat de la requérante.

Me Ménard a déploré qu'il ait fallu «un alignement de décès», en 2012, pour qu'on prenne la pleine mesure de la situation. «La santé publique, son rôle, c'est la prévention et la gestion efficace des crises», a-t-il rappelé.

Selon lui, la déclaration de l'éclosion de légionellose du 26 juillet 2012 commandait une intervention rapide et efficace. Or la Direction régionale de santé publique n'a pris aucune mesure coercitive entre le 26 juillet et le 20 août, se contentant de mettre en place des mesures volontaires, a déploré l'avocat.

Pas tous les pouvoirs

Le procureur du Directeur régional de santé publique de la Capitale-Nationale, Me Luc de la Sablonnière, a pour sa part fait valoir qu'en 1996 et en 2010, son client n'avait aucun pouvoir en matière de gestion des tours de refroidissement, sinon celui d'être tenu informé du dépassement des normes de sécurité.

«Il n'avait aucun geste à poser, c'était à l'extérieur de son champ de compétence», a insisté Me de la Sablonnière, ajoutant que le Dr François Desbiens et son équipe avaient géré la crise de 2012 avec les moyens et les outils dont ils disposaient à l'époque. «Les responsabilités de la santé publique se situent en aval, pas en amont», a-t-il résumé.

L'avocat a également soumis qu'il serait faux de prétendre que la santé publique n'a «rien fait» pour contrôler l'éclosion alors qu'elle a posé plusieurs gestes : communications aux propriétaires de tours de refroidissement, alerte au réseau de santé publique, cartographie des premiers cas de légionellose, création d'une page Web, avis dans les quotidiens, plan d'urgence, etc. 

«Après la mise en place de mesures volontaires, il y a eu une accalmie. Quand il y a eu une recrudescence des cas, des mesures coercitives ont été mises en oeuvre», a rappelé Me de la Sablonnière, répétant à plusieurs reprises que la requérante n'avait pas de preuve à l'effet que la santé publique aurait dû agir autrement. 

Aussi a-t-il mis en garde le juge Clément Samson de ne pas entrer «dans le piège de la rétrospective». Il est facile de critiquer le travail de la santé publique après coup, mais il faut l'examiner au moment des faits, a plaidé l'avocat.

L'audition de la requête pour autorisation d'exercer un recours collectif se poursuit mercredi avec les représentations de la CSQ, propriétaire de la tour de refroidissement en cause dans l'épidémie de 2012.

Au nom des victimes

«Ça ne me ramènera pas mon père, mais mon père a droit à la justice.»

Pierre Champagne est décédé de la légionellose à l'été 2012. Présente au palais de justice, mercredi, sa fille Nadia a promis de suivre les procédures judiciaires «jusqu'à la fin». «Je le fais pour mon père, pas pour l'argent. Il ne devait pas mourir. J'y pense souvent, je le vois branché, débranché...» a-t-elle témoigné, émotive. 

La requérante à l'origine de la demande de recours collectif, Solange Allen, souhaite que des leçons soient tirées de l'éclosion qui a emporté son mari. «Il ne faut pas que ça se reproduise. Mon mari est décédé le 19 août, et le 21, j'étais avec les médias. Si je n'étais pas sortie dans les médias, peut-être qu'il y aurait eu encore plus de morts. 

Entre le premier décès et celui de mon mari, il s'est passé presque un mois! Qu'on ne me dise pas que la santé publique a pris ça au sérieux!» a commenté la veuve, qui a «encore de la peine aujourd'hui».  

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer