60 ans après la pendaison de Wilbert Coffin: «la vérité va éclater un jour»

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Marie Coffin dans le secteur de York, à Gaspé, non loin du cimetière où son frère Wilbert Coffin est enterré.

Collaboration spéciale Geneviève Gélinas

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Geneviève Gélinas

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Gaspé) Dans la nuit du 9 au 10 février 1956, le Gaspésien Wilbert Coffin était pendu à la prison de Bordeaux pour le meurtre de trois chasseurs américains. Soixante ans plus tard, plusieurs personnes, dont sa soeur Marie Coffin, 85 ans, sont toujours convaincus de son innocence.

«J'ai une grande foi que la vérité va éclater un jour. Peut-être pas de mon vivant et de celui de mes soeurs, mais un jour». Parler du cas de Wilbert rend encore Mme Coffin «très triste», dit-elle. 

«Quand tu penses que ton frère a été pendu pour un crime qu'il n'a pas commis, ça te dépasse. Ça nous a tous affectés. Nous étions une famille très unie. Nous avons dû emprunter de l'argent pour aider Wilbert à se défendre. Pendant plusieurs années, on n'a même pas été capables d'en parler». Le Soleil a joint Mme Coffin en Ontario, où elle est en visite pour prendre soin de sa soeur de 95 ans.

«J'ai fait tout ce que je pouvais faire. Maintenant, le dossier est entre les mains d'AIDWYC», ajoute Mme Coffin. L'Association in Defence of the Wrongly Convicted (AIDWYC, Association pour la défense des personnes injustement condamnées) a formé une équipe il y a 10 ans pour réviser le cas Coffin.

Innocence clamée

Wilbert Coffin a été condamné à mort en vertu de preuves circonstancielles. Il a toujours clamé son innocence. Au procès, personne n'est venu dire qu'il avait été témoin du meurtre et l'avocat de M. Coffin l'a empêché de témoigner à son propre procès.

Le condamné s'est évadé d'une prison de Québec en 1955. Il s'est rendu chez son ex-avocat, qui l'a convaincu de retourner en prison pour prouver son innocence.

«Pourquoi n'ont-ils pas enquêté davantage? Qui retournerait en prison s'il n'était pas parfaitement innocent? Dans le cas Coffin, il y a eu beaucoup de politique», estime Marie Coffin, en faisant référence aux pressions des autorités américaines sur le gouvernement Duplessis, de l'Union nationale.

Mme Coffin s'indigne de la façon dont son frère a été traité. Elle rappelle qu'il s'est battu pendant la Deuxième Guerre mondiale, qu'il est allé «en enfer» pour son pays.

Elle insiste pour remercier «les Gaspésiens, francophones et anglophones, qui se sont tenus debout avec moi et qui m'ont aidée à ramasser des fonds pour le cas de mon frère. Je leur en suis très reconnaissante.»

Wilbert Coffin en 1956 ... (Archives Le Soleil) - image 2.0

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Wilbert Coffin en 1956 

Archives Le Soleil

Des éléments troublants

L'enquête et le procès qui ont conduit à la pendaison de Wilbert Coffin ont été entachés d'éléments troublants, voire d'irrégularités. Ainsi, plusieurs indices trouvés par les policiers de Gaspé ont disparu pendant l'enquête, dont une note établissant qu'au moins un des chasseurs était en vie le 13 juin, le lendemain du départ de Wilbert Coffin pour Montréal.

Six jurés étaient unilingues francophones, dans un procès se déroulant en anglais, dans une région où il était aisé de trouver des gens maîtrisant cette langue.

Au moins une preuve par ouï-dire a été acceptée par le juge Lacroix. Quand les jurés se retiraient, lors d'étapes du procès nécessitant l'éclaircissement de points de droit, ils pouvaient entendre ce qui se passait dans la salle de cour, une autre irrégularité notoire.

Ces mêmes jurés ont été en contact pendant le procès avec des policiers témoignant contre Wilbert Coffin. Des erreurs ont été commises lors des instructions transmises au jury. La police a en outre tenté de convaincre des codétenus de Coffin de témoigner contre lui, moyennant des réductions de peine.

En 2007, Clément Fortin, un juriste à la retraite, a déclaré dans un docu-roman intitulé L'affaire Coffin, une supercherie? que la décision du jury de déclarer le prospecteur coupable était justifiée étant donné les éléments entendus et l'absence de défense présentée par l'avocat Raymond Maher.

La plupart des autres livres publiés sur l'affaire Coffin ont conclu à l'innocence du Gaspésien.

La famille Coffin, indiquait sa soeur Marie en 2004, a longtemps regretté d'avoir confié la défense de Wilbert à un avocat comme Raymond Maher, qui s'était présenté dans les années 60 à la direction de l'Union nationale.

L'affaire Coffin en 10 dates

8 juin 1953

Arrivée à Gaspé des chasseurs américains Richard Lindsey, 45 ans, de son fils Richard Lindsey et de Frederick Claar, 19 ans, un ami.

10 juin 1953

Ils sont vus la dernière fois par le prospecteur Wilbert Coffin. Il se rend avec Richard Lindsey acheter une pompe à essence. Le 12, Coffin va à Montréal et en Abitibi pour rencontrer des firmes minières. Parfois ivre, il dépense beaucoup, notamment des dollars américains, dont la circulation est courante en Gaspésie à l'époque.

5 juillet 1953

Inquiètes et sans nouvelles, les familles de Pennsylvanie appellent la police à Gaspé pour localiser les chasseurs. La camionnette des chasseurs est retrouvée loin en forêt le 10 juillet.

15 juillet 1953

Le corps de Lindsey père est trouvé, sans tête. Les deux autres corps sont trouvés le 23 juillet, en partie décomposés. Coffin se joint aux recherches le 21. Les associations de chasseurs de Pennsylvanie font pression sur les gouvernements pour que l'enquête s'accélère.

Début août 1953

Des objets appartenant aux chasseurs sont retrouvés à Montréal, chez Marion Pétrie, conjointe de fait de Coffin. Il est arrêté le 10 août. Il subit de brutales séances d'interrogatoires et ne peut pas voir d'avocat.

12 juillet 1954

Début du procès de Wilbert Coffin à Percé. Son avocat, Raymond Maher, qui avait dit au juge Gérard Lacroix avoir rencontré 100 personnes et parcouru 2000 kilomètres lors de la préparation de la défense, ne présente aucun témoin et ne fait pas témoigner l'accusé. Le jury ne délibère que 30 minutes. Il est reconnu coupable le 2 août et condamné à la pendaison, même s'il n'est jugé que sur des preuves circonstancielles.

6 septembre 1955

À 17 jours de sa pendaison, Coffin s'évade de la prison de Québec avec un revolver en savon sculpté. Il voit son ex-avocat, Maher, qui le convainc de rentrer en prison. Les avocats François B. Gravel et Arthur Maloney multiplient les démarches pour obtenir un second procès. En janvier 1956, la Cour suprême du Canada refuse ce procès.

10 février 1956

Wilbert Coffin est pendu à la prison de Bordeaux, à Montréal. La veille, le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, lui avait refusé la permission de marier Marion Pétrie pour légitimer leur fils.

28 novembre 1958

Francis Gilbert Thompson, un Mohawk de Saint-Régis (Akwesasne) avoue le meurtre des chasseurs après son arrestation pour vol à Miami. Il dit l'avoir perpétré avec un complice, Johnny Green. Il nie tout le 2 décembre. Coffin a toujours dit avoir vu les trois chasseurs avec deux autres Américains.

Novembre 2006

Un dossier publié par The Montreal Gazette identifie Philippe Cabot, un homme de Gaspé, comme un homme s'étant vanté des meurtres auprès de membres de sa famille. Son fils, Gabriel Cabot, âgé de neuf ans en 1953 et maintenant décédé, aurait assisté aux meurtres.  Avec Gilles Gagné (collaboration spéciale)

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