La collectivité ou quatre ans de prison pour le père Bergeron

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Le père Jean-Claude Bergeron

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(Québec) Le père rédemptoriste Jean-Claude Bergeron mérite de purger une peine de trois ans et demi à quatre ans pour des abus sexuels commis sur sept élèves du Séminaire Saint-Alphonse, estime la poursuite. La défense rétorque que le religieux devrait être condamné à une peine dans la collectivité, lui qui vit déjà dans une prison sans barreau.

Au terme d'un long et pénible procès, Jean-Claude Bergeron, 75 ans, a été reconnu coupable de grossière indécence et d'attentat à la pudeur sur sept étudiants de secondaire 1 dont il était le surveillant de dortoir, il y a une quarantaine d'années, au Séminaire Saint-Alphonse de Sainte-Anne-de-Beaupré.

La procureure de la Couronne Me Carmen Rioux a recommandé au juge Jean-Pierre Dumais d'imposer à l'accusé une peine de pénitencier variant entre trois ans et demi et quatre ans.

La représentante de la poursuite a concédé que le cas de Jean-Claude Bergeron se distingue de celui, plus grave, du père Raymond-Marie Lavoie, condamné à cinq ans de pénitencier pour des abus sur 13 victimes.

De façon malhonnête et calculée, le père Bergeron a néanmoins utilisé de faux motifs pour justifier les attouchements, souligne Me Rioux. «Sous prétexte d'enseigner, de faire l'inspection de l'hygiène, de donner des soins, ce fut pour l'accusé le plus beau moyen de tromper le jeune sur ce qui était arrivé», dit la procureure de la Couronne.

Plusieurs des sept victimes ont couché sur papier les conséquences des crimes sur leur vie. Humiliation, sentiment dépressif, idées suicidaires, colère contre la religion; l'un a pensé à se venger, un autre est devenu maladivement protecteur avec ses enfants.

En défense, l'avocat de Jean-Claude Bergeron, Me Michel Massicotte, a conseillé au juge Dumais de lire les déclarations des victimes sur les conséquences du crime avec beaucoup de circonspection. Puisque cinq des sept victimes ont été touchées à seulement une reprise, parfois pour quelques secondes, l'avocat de défense doute qu'elles aient pu avoir une si importante série de séquelles.

Réplique de la couronne

Un argument qui a fait bondir la procureure de la Couronne Me Carmen Rioux, spécialisée dans les dossiers d'agressions sexuelles. «Ce n'est pas le fait que ça dure quelques secondes qui fait que ça va être moins traumatisant, lance-t-elle. On voit des victimes qui se remettent mieux d'une relation sexuelle complète que d'autres qui ont subi des attouchements dans un certain contexte.»

Me Michel Massicotte a suggéré au juge Dumais d'imposer une peine dans la collectivité, glissant que depuis l'arrestation en 2010, son client est en quelque sorte déjà dans une «prison sans barreau», avec ses allers et venues contrôlées par sa congrégation.

L'avocat de défense a rappelé au juge Dumais que la centaine de victimes des pères Rédemptoristes ont obtenu une compensation financière de 20 millions $ dans le recours collectif civil.

«Je suis le premier à dire que la compensation financière n'effacera jamais les problèmes de tous ordres qu'ils ont eu, mais c'est au moins un plus», plaide-t-il.

La somme obtenue au civil ne peut aucunement venir atténuer la peine criminelle de l'accusé, réplique la procureure de la Couronne. «Ça n'a rien à voir avec sa volonté si les victimes ont été compensées, rappelle Me Rioux. Ils se sont battus contre ça, lui et sa communauté religieuse.»

Stéphane Trottier, victime présente qui a fait lever l'interdit de publication sur son identité, se demande bien quel montant d'argent serait suffisant pour que de parents acceptent que leur enfant se fasse toucher. «Il n'y a pas suffisamment de zéro pour que je permette que mon fils se fasse masturber!»

Des excuses

À la toute veille des représentations sur la peine, le père Jean-Claude Bergeron a rédigé des excuses sur le bloc-note jaune de son avocat. C'est Me Michel Massicotte qui les a lues devant la cour. «M. le juge je tiens à m'excuser sincèrement auprès des victimes et des gens de leur entourage. De tels gestes n'ont pas leur place dans notre société et je me résigne à en assumer l'entière responsabilité», écrit, en substance, le religieux.

Le juge Jean-Pierre Dumais rendra sa décision sur la peine le 16 mai.

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