Concert d'éloges pour des «êtres d'exception»

Yves Carrier, Maude Carrier, Louis Chabot et Charlelie... (Fournie par la famille)

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Yves Carrier, Maude Carrier, Louis Chabot et Charlelie Carrier ont été tués dans l'attentat au Burkina Faso.

Fournie par la famille

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(Québec) La résidence de la famille de Lac-Beauport tuée vendredi dans un attentat à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, est devenue un lieu de recueillement à la mémoire de ces travailleurs humanitaires, respectés, voire admirés de ceux qui les côtoyaient.

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Sur la porte d'entrée de la résidence des Carrier, à Lac-Beauport, un panneau s'adressant aux deux enfants survivants d'Yves Carrier s'est vite rempli de messages de soutien pour ceux-ci, et de mots d'au revoir pour les disparus.

Le Soleil, Erick Labbé

«Je suis fendu en deux.» Nicolas Rivard, ami proche et voisin, résume le sentiment qui habite les parents et amis des disparus. Yves Carrier, un professeur à la retraite, et sa conjointe Gladys Chamberland, qui travaillait au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, ainsi que leurs enfants, Maude Carrier (belle-fille de Gladys), une enseignante de 37 ans, et Charlelie Carrier, un jeune homme de 21 ans qui était toujours aux études, ont péri dans l'attaque contre l'hôtel Splendid, l'hôtel Yibi et le café Cappuccino à Ouagadougou.

L'attentat a fait au moins 29 morts, dont six résidents de la région de Québec qui étaient partis au mois de décembre pour faire de l'aide humanitaire en Afrique. Les deux autres victimes québécoises sont Louis Chabot et Suzanne Bernier, des proches de la famille Carrier.

«Dans des situations semblables, on dit tout le temps que c'était du bon monde. Là, c'était vrai. C'était une coche au-dessus», lance le jeune Nicolas, 20 ans, qui a perdu un ami d'enfance avec le décès de Charlelie. Sur le pas de la porte, il a déposé une gerbe de fleurs avec une photographie sur laquelle il pose avec le défunt pour son 11e anniversaire.

«C'est comme des montagnes russes. On dirait que je ne le crois pas encore.» Entre deux sanglots, remonte parfois un souvenir heureux qui apaise la douleur. «Ma mère aimait donc ben les cheveux de Charlelie, évoque-t-il, en regardant la photo. Elle le trouvait beau et elle lui disait. Lui, il aimait ça.» Anecdote rassurante d'un passé pas si lointain, où les deux amis, qui se côtoyaient toujours, n'envisageaient pas le monde sous ce visage de terreur et de mort.

Devant la maison, Nicolas Rivard a déposé des... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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Devant la maison, Nicolas Rivard a déposé des fleurs et une photo le montrant à son 11e anniversaire (à gauche) accompagné de son grand ami Charlelie.

Le Soleil, Erick Labbé

«C'est du monde pur», soutient Charles Lepage, l'air convaincu, comme si cette affirmation n'était pas matière à discussion. La famille Lepage est aussi voisine des Carrier. Comme de nombreux autres proches, elle est venue témoigner de son affection et de son respect. Outre la souffrance ressentie d'avoir perdu un ami, l'incompréhension submergeait Charles. Comme s'il était impossible que quelqu'un veuille du mal à des personnes si bonnes.

«Il n'y a pas beaucoup de monde qui part aider comme ça. Ils auraient pu se renfermer comme la plupart des gens et dire que c'était trop risqué. Mais ils ont préféré y aller et c'est ça qui leur arrive...»

Karine Paquet, une amie d'enfance, a dit, lors d'une entrevue téléphonique à La Presse Canadienne, qu'elle n'avait jamais connu quelqu'un «qui n'avait pas aimé Maude».

«Elle avait une belle grandeur d'âme, une merveilleuse générosité, elle savait accueillir les gens. Elle était respectueuse, elle était aimante. C'est la plus belle personne que j'ai pu rencontrer dans ma vie», a-t-elle dit en refoulant ses larmes.

Selon Mme Paquet, Maude Carrier adorait son travail d'enseignante. «Elle se donnait beaucoup. Elle s'est toujours engagée à 100 % dans ce qu'elle faisait. Elle aimait aider et soutenir les autres. Ce n'est pas pour rien qu'elle s'était engagée dans un voyage humanitaire.»

Voyage significatif

Sylvie Chartier est conseillère à la municipalité de Lac-Beauport, mais surtout, une collègue de travail de Gladys Chamberland. La défunte lui avait partagé la charge émotive que représentait ce voyage pour elle. «Elle en était son deuxième voyage, je crois. Elle était très excitée de le vivre parce qu'elle le vivait avec les enfants. Il avait une signification très particulière sur le plan familial», explique-t-elle.

Mme Chartier connaissait Mme Chamberland et M. Carrier depuis 2007. Elle a toujours considéré le couple comme accueillant et très sociable. «J'ai toujours grandement admiré leur implication et leur dévouement, notamment pour rebâtir dans des communautés pauvres comme au Burkina Faso.

«C'étaient des êtres d'exception, enchaîne-t-elle. Ils avaient le don de soi jusqu'à prendre du temps dans leurs propres vacances pour aider les gens défavorisés. D'autant plus que ça demandait toute une préparation en organisant des levées de fonds tout au cours de l'année.» Ils auront donné jusqu'à leur vie. Avec La Presse Canadienne

Un projet planifié de longue date

Yves Carrier n'en était pas à son premier projet d'aide humanitaire. Celui qui l'a mené au Burkina Faso était planifié de longue date.

Le Centre Amitié de Solidarité Internationale de la Région des Appalaches (CASIRA) appuyait M. Carrier. D'ailleurs, les dirigeants ont laissé une note, dimanche, sur la page Facebook de l'organisme. «Ces bénévoles étaient au Burkina pour des travaux sur différents sites, dont une école et un orphelinat. Ils s'étaient investis depuis plusieurs mois pour des levées de fonds et participaient au projet dans un esprit d'entraide et de don de soi hors du commun.»

Sur sa page Facebook, l'enseignante Maude Carrier, une des victimes, ne ratait d'ailleurs pas l'occasion de faire la promotion de la vente de calendriers ou d'un souper-bénéfice.

Le projet consistait en la réparation, l'entretien et la construction de bâtiments scolaires, l'assistance et l'animation d'enfants dans les écoles et les orphelinats, l'approvisionnement d'un orphelinat en lait maternisé et l'aide financière à la scolarisation et à l'achat de matériel scolaire dans différents villages, dont Raongo.

Sur la fiche descriptive du projet d'aide, les bénévoles devaient aussi réaliser des travaux pour les Soeurs de l'Immaculée-Conception à Tenkodogo. La congrégation est basée à Saint-Damien-de-Buckland.

Drapeaux en berne et veillée commémorative

La Municipalité de Lac-Beauport a mis ses drapeaux en berne, dimanche, en mémoire de la famille Carrier. «De l'avis de tous, c'était une famille très impliquée dans les missions humanitaires et d'une grande générosité», témoigne la mairesse Louise Brunet, qui a senti la nécessité de poser un geste concret pour souligner la perte énorme qui bouleverse la communauté. Évidemment, les circonstances tragiques qui ont conduit au décès des quatre membres de la famille lui font davantage prendre conscience que la menace terroriste pèse même sur des citoyens de sa municipalité. «On pense que c'est loin, mais c'est tout près», ajoute-t-elle. Lundi, la Municipalité compte organiser une veillée commémorative. L'heure et l'endroit seront communiqués en cours de journée. «Ça va permettre aux gens, notamment aux nombreux jeunes qui connaissaient Charlelie, de demeurer unis et d'échanger sur les événements qui se sont produits.»

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