Affaire Aubut: le règne du harcèlement

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Le Comité olympique canadien a rendu public son rapport au sujet de Marcel Aubut.

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(Québec) «Une majorité» d'employés du Comité olympique canadien (COC) interrogés dans le cadre de l'enquête indépendante sur les agissements jugés inappropriés de l'ex-président Marcel Aubut rapportent «avoir été victimes ou témoins de harcèlement [personnel et sexuel]» durant son mandat.

Le rapport sommaire de l'avocate spécialisée en droit du travail, Christine Thomlinson, divulgué mercredi après-midi par la nouvelle présidente du COC, Tricia Smith, fait état de cas de harcèlement, tant «à l'intérieur qu'à l'extérieur» des bureaux de l'organisme, «dans des situations où le président agissait à l'intérieur de ses fonctions de représentant du COC».

L'experte a mené une enquête auprès d'une centaine d'employés de l'organisme, anciens et nouveaux» qui ont travaillé à l'époque où Marcel Aubut était à sa tête. Le réputé avocat de Québec a démissionné de son poste l'automne dernier, dans la foulée d'allégations de harcèlement sexuel portées contre lui. Aucune accusation criminelle n'a jusqu'ici été déposée.

Prudente, ne disant vouloir «tirer aucune conclusion concernant les allégations» contenues dans le rapport, Me Thomlinson explique que cette conduite, «si prouvée, constituerait du harcèlement personnel et sexuel».

Le rapport de 19 pages relève aussi une «croyance» voulant que le conseil d'administration et les membres de la haute direction étaient au courant de ces cas de harcèlement mais qu'ils «ne pouvaient ou étaient peu disposés à remédier à la situation», manquant ainsi «à leur obligation de leur garantir un environnement sécuritaire».

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Tricia Smith.

Fournie par worldrowing.com

Aucune tolérance

Contrite, Tricia Smith a expliqué lors d'une téléconférence le lancement d'une vaste réforme de la gouvernance de son organisation.

«Ce ne sera plus jamais comme avant [business as usual], a-t-elle déclaré. Il est clair que le conseil d'administration aurait pu faire mieux. Je m'en excuse auprès de nos employés. Nous les avons laissés tomber. J'en suis profondément désolée.»

«Je peux vous assurer que les choses se feront différemment à l'avenir. Je m'y engage à 100 %. Nous devons être meilleurs et nous allons tout faire pour y arriver. Le harcèlement, peu importe sa forme, ne peut être toléré.»

Médaillée d'argent en aviron aux Jeux de Los Angeles, en 1984, l'avocate de Vancouver a qualifié de «franchement difficiles» les trois derniers mois au cours desquels plus d'une centaine de témoignages d'employés ont été recueillis sous le sceau de la confidentialité.

À l'unanimité, le conseil d'administration du COC endosse toutes les recommandations du rapport, dont celles d'établir un mécanisme pour mieux traiter les plaintes de harcèlement sexuel et d'intimidation, de nommer un responsable chargé de la mise en oeuvre et l'administration d'une politique sur la discrimination et le harcèlement, et de rendre obligatoire une formation ad hoc pour tous les membres du personnel.

Le rapport a également identifié plusieurs failles dans les systèmes et processus en matière de ressources humaines du COC. Des gestionnaires d'expérience ont déjà été embauchés afin de mener à bien ces réformes.

«Nous devons faire mieux afin d'atteindre les plus hautes normes [en matière d'éthique au travail]», soutient Mme Smith, soucieuse de faire du COC un organisme «de classe mondiale».

Silence radio de Me Aubut

Marcel Aubut a démissionné de son poste de président du COC le 3 octobre, à la suite d'une plainte pour harcèlement sexuel déposée par une employée. Il avait alors indiqué que la situation constituait «une distraction majeure qui fait perdre de vue les véritables objectifs du COC, spécialement à la veille des Jeux de Rio». Deux autres femmes avaient par la suite fait publiquement état d'allégations de harcèlement à leur endroit.

Quelques jours plus tard, lors d'une déclaration publique, il annonçait «un temps d'arrêt et de réflexion profonde», reconnaissant n'avoir personne d'autre à blâmer que lui-même. L'avocat s'était alors engagé à «consulter les meilleurs experts» susceptibles de l'aider «à changer mes comportements et devenir une meilleure personne».

Après avoir démissionné de la firme BCF, Me Aubut a ouvert dans la plus grande discrétion un bureau sur la Grande Allée, à la fin de novembre. Depuis, il n'a fait aucune déclaration publique sur le sujet et s'est terré dans le silence. L'avocat n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue, mercredi, en fin de journée.

Extraits du rapport Thomlinson

«À l'exception du sondage sur l'engagement du personnel complété en 2014 et le plus récent sondage de septembre 2015, aucune surveillance du comportement du président n'a été effectuée, malgré ce qui paraît être une reconnaissance de la part de certains représentants du COC qu'une telle surveillance était nécessaire.»

«À certaines occasions, certains gestionnaires [...] ont admis avoir connaissance d'informations suggérant que certains employés du COC étaient victimes de harcèlement. Ces mêmes gestionnaires [...] ont admis qu'à certains moments, ceux-ci n'ont rien fait avec cette information [dans certains cas parce qu'ils ne voyaient pas le comportement comme légalement problématique, ou parce qu'ils ne savaient pas quoi faire avec cette information]; qu'ils ont pris des démarches pour minimiser les impacts de ces comportements sur les employés en question [...]»

«Les plaintes anonymes ne sont pas idéales en ce qu'elles comportent plusieurs défis, et parfois même des obstacles, pour ceux qui sont responsables d'enquêter [sur] les enjeux identifiés. Toutefois, lorsqu'il existe des enjeux importants au sein d'une organisation et que ces enjeux ne seraient pas autrement soulevés par peur de représailles ou autres raisons, une plainte anonyme est mieux qu'aucune plainte.»

«Pour une organisation ancrée dans l'excellence athlétique, c'est trop facile pour les participants du COC d'être guidés par une mentalité "victoire à tout prix" que plusieurs athlètes olympiques ont adoptée pour réussir sur la scène internationale. Bien que l'atteinte de l'excellence soit louable, cela ne peut être le seul objectif dans un milieu de travail où la santé et la sécurité des personnes doivent également être considérées et protégées.»

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