Un deuxième père rédemptoriste coupable d'agression sexuelle

Le père Bergeron a profité de sa position... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Le père Bergeron a profité de sa position de surveillant de dortoir pour toucher les parties génitales d'élèves de secondaire 1.

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(Québec) Le père rédemptoriste Jean-Claude Bergeron est coupable d'avoir agressé sexuellement sept anciens élèves du Séminaire Saint-Alphonse.

Après Raymond-Marie Lavoie, qui a plaidé coupable en 2011, c'est donc un deuxième membre de la congrégation religieuse de Sainte-Anne-de-Beaupré qui est trouvé coupable d'abus répétés sur des jeunes de 12 ans placés sous sa garde.

Jean-Claude Bergeron, ancien supérieur provincial des Rédemptoristes, n'a eu que peu de réaction lorsqu'il a entendu le mot «coupable». Dès que le juge a quitté le banc, il est sorti de la salle d'un pas rapide, la tête basse.

Trois des sept victimes, qui avaient tenu à entendre le jugement de leurs propres oreilles, après deux ans de procès et cinq ans de procédures, ont reçu les félicitations de leurs proches pour cette victoire totale.

Les plaignants, qui ont fréquenté le pensionnat du Séminaire Saint-Alphonse à la fin des années 1970, ont tous décrit un père Jean-Claude Bergeron maniaque de la propreté, qui les réveillait la nuit pour vérifier leur hygiène corporelle et qui lavait à l'occasion leurs parties génitales.

Le religieux, surveillant de dortoir et professeur d'anglais, a nié chacune des allégations de ses anciens élèves, affirmant que de tels gestes étaient contre ses valeurs humaines et chrétiennes.

Il affirmait qu'il se contentait de glisser sa main sous les draps pour vérifier si certains jeunes avaient fait pipi au lit.

Versions contradictoires

Confronté à des versions contradictoires, le juge Jean-Pierre Dumais n'a pas cru les explications de l'accusé concernant les crimes qui lui étaient reprochés. «L'accusé a dépeint une vie quasi idyllique pour les élèves, mais en réalité la preuve que le tribunal accepte démontre tout autre chose», a conclu le juge Dumais.

Le juge de la Cour du Québec a retenu chacun des témoignages des anciens élèves, même si certains se sont contredits sur des faits accessoires aux agressions.

«Pour l'ensemble des victimes, je n'y vois aucune incohérence, analyse le juge Dumais. Une trame commune se dégage et, en prenant en considération le moment, le lieu, l'âge et certaines situations ou certains faits de l'ensemble de la preuve, je n'ai aucun doute en ce qui concerne la culpabilité de l'accusé.»

Le juge Jean-Pierre Dumais a expliqué qu'il avait analysé la crédibilité des témoins en tant qu'adultes tout en tenant compte de leur perception des événements alors qu'ils étaient des enfants.

Trente ans plus tard, les victimes se souviennent encore, pour l'un, des mains du père Bergeron, pour l'autre, d'avoir été douloureusement frictionné aux parties génitales avec de l'Antiphlogistine. «Cela ne peut pas s'oublier. Son témoignage est loin de la fabulation.»

Certains ont dénoncé leur agresseur, ce qui a pris beaucoup de courage, note le juge Dumais, mais rien n'a été fait par les autorités du Séminaire Saint-Alphonse.

L'avocat de Jean-Claude Bergeron, Me Michel Massicotte, n'a pas caché sa déception. L'avocat a toutefois indiqué qu'il n'était pas rendu à dire si son client allait en appeler du jugement.

Les observations sur la peine ont été fixées au 5 février. Le religieux demeure en liberté d'ici là.

Jean-Claude Bergeron faisait partie de la dizaine de pères rédemptoristes visés par un recours collectif. Il y a un an, la congrégation et la centaine de victimes du Séminaire Saint-Alphonse se sont entendues sur un dédommagement financier de 20 millions de dollars.

Victime soulagée

«Ça vaut la peine de se battre et de faire confiance.»

À 50 ans, Stéphane Trottier a l'impression de regagner une partie de son enfance. Comme il l'avait fait lors du recours au civil, l'ancien étudiant du Séminaire Saint-Alphonse a demandé au juge de lever l'ordonnance de non-publication qui protégeait son identité.

Entouré de l'enquêteur de la SQ François Giguère et de la procureure de la Couronne Me Carmen Rioux, qui avait aussi piloté le dossier de Raymond-Marie Lavoie, Stéphane Trottier goûte un intense soulagement. «On n'oublie pas ce qui s'est passé, mais ça [le jugement] va nous permettre de continuer», dit-il.

À visage découvert, il veut transmettre un message d'espoir aux victimes qui vivent encore dans l'ombre. «Il ne faut plus rien garder secret, répète-t-il. Il faut que nos enfants parlent, il faut que les parents soient aux aguets.»

Après la peine de cinq ans de pénitencier imposée à Raymond-Marie Lavoie, que mérite Jean-Claude Bergeron?

«Ce qu'il mérite, c'est ce qu'il vient d'entendre, répond Trottier. C'est pas la sentence qui est importante, c'est le fait que les victimes ont été crues et ont été comprises. Ce qu'il lui adviendra, à lui, je m'en dégage.»

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