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Aurait-on pu sauver Béatrice et Médora?

Béatrice 11 ans et Médora 13 ans... (Infographie Le Soleil)

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Béatrice 11 ans et Médora 13 ans

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(Québec) Six heures. Il s'est écoulé presque six heures entre l'arrivée des policiers et l'appel au 9-1-1 d'un ami de Martin Godin, qui venait de lui annoncer ceci au téléphone : «Ce soir, on s'en va au ciel. Je veux que nos funérailles se fassent à l'Eau-vive.»

L'ami a appelé à 0h23.

Dans son rapport de quatre pages qui devrait être rendu public mercredi, le coroner Luc Malouin raconte le funeste fil des événements du 1er et du 2 février 2014. Cette nuit-là, Martin Godin s'est enlevé la vie, après avoir enlevé celle de sa femme, Nancy Samson, de leurs deux filles, Médora et Béatrice, et du conjoint de sa femme, Benoit Daigle.

Béatrice avait 11 ans, Médora, 13.

Avant d'appeler son ami, Martin Godin s'était d'abord présenté à son chalet de Sainte-Croix-de-Lotbinière, avec une carabine, convaincu qu'il y trouverait sa femme, elle venait de le laisser. Nancy avait annulé un rendez-vous pour discuter de leur séparation, Martin ne l'a pas pris.

«Il est arrivé sur les lieux vers 20h44 et il a découvert sa femme et M. Daigle ensemble, détaille le coroner. Ils étaient tous les deux dehors devant le chalet. Il a immédiatement fait feu sur eux avec une carabine de calibre .16 qu'il avait en sa possession, atteignant mortellement sa conjointe. Il a blessé par balle M. Daigle avant de le frapper mortellement au visage avec la crosse de son fusil.»

Le décès de Nancy a été constaté à 21h45, celui de Benoit, à 22h50.

Et après? On ne sait pas ce que les policiers ont fait, mais on comprend qu'ils ne sont pas allés chez Martin Godin, qui habitait à Saint-Isidore, à 70 kilomètres du chalet de Sainte-Croix. Ils l'auraient peut-être trouvé assis à la table de la cuisine en train de rédiger sa note de suicide. Et de meurtre.

«À choisir entre un calvaire sur la terre jusqu'à la fin de nos jours dans le péché, tiraillés et blessés à vie, nous sommes partis rejoindre Notre Seigneur Jésus, dans sa paix et son Amour. Nous avons atteint le but de connaître Dieu et d'être sauvés par Jésus-Christ pour l'éternité. Pardonne-moi, j'ai choisi le meilleur chemin et le meilleur choix. L'adultère a été puni et j'en porterai le blâme. Dieu me jugera selon sa volonté.

Martin

Personne n'a souffert! Mes deux trésors ont été endormis avec une médication.»

À l a résidence de Martin Godin, à... (Photothèque Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 2.0

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À l a résidence de Martin Godin, à Saint-Isidore, les policiers ont découvert les corps de l'homme et de ses deux filles. La plus vieille, Médora, était déjà décédée.

Photothèque Le Soleil, Caroline Grégoire

L e chalet de Sainte-Croix-de-Lotbinière où Martin Godin... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.1

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L e chalet de Sainte-Croix-de-Lotbinière où Martin Godin a abattu sa femme Nancy Samson et le conjoint de celle-ci, Benoit Daigle.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

Le rapport du coroner indique pourtant qu'aucune substance n'a été détectée dans le corps de Médora, trouvée morte, ni dans celui de sa soeur, décédée quelques heures après son admission à l'hôpital de l'Enfant-Jésus. Au bout du fil, M. Malouin confirme qu'il «ne peut pas expliquer ça».

Il s'explique aussi difficilement pourquoi il s'est écoulé autant d'heures entre les meurtres au chalet de Sainte-Croix et la découverte des trois autres corps, à Saint-Isidore, passé 6h le lendemain matin. «Après la mort de sa femme et de Benoit Daigle, les policiers n'ont pas fait de lien avec Godin. Ils l'ont fait à minuit, après l'appel au 9-1-1...»

Six heures plus tard

Et après l'appel de 00h23, ils auraient vironné une bonne partie de la nuit autour de la résidence de Martin Godin, sans trop savoir exactement à quelle porte frapper. Godin habitait à l'étage, un couple restait au rez-de-chaussée.

«Près de six heures plus tard, les policiers pénètrent dans la résidence de M. Godin et découvrent son corps et celui de ses deux filles, chacun atteint par une balle de carabine à la tête, peut-on lire dans le rapport. M. Godin et sa fille étaient toujours vivants alors que la jeune Médora était décédée.»

Martin Godin est mort le 23 février à 17h35, à l'Enfant-Jésus.

Aurait-on pu limiter les dégâts? Le coroner en doute. «Ce soir-là, Godin est tellement en crise à cause de l'annulation du rendez-vous qu'il ne voit pas clair. Il est sauté, il n'est plus là. Il avait des personnes autour de lui à qui se confier, il parlait encore à sa femme, n'avait jamais été violent envers elle. C'est le portrait où ce n'est pas supposé éclater...»

L'entourage de Godin le décrit comme un homme violent, colérique. «Il y a souvent des disputes entre les conjoints, mais jamais M. Godin n'a levé la main sur sa femme ou ses enfants. Par contre, il n'est pas toujours doux avec ses chiens et peut même être très violent avec eux.» Une amie de Mme Samson a déclaré aux enquêteurs que «Mme Samson était souvent la cible de violence verbale, mais qu'elle lui tenait tête».

Jusqu'à ce soir de février.

Obnubilé par la religion et par la Bible, Martin Godin s'était confié déjà à des proches qu'il n'accepterait jamais que Nancy brise leur mariage. Le rapport insiste sur ce point. «Il était croyant et l'adultère était inacceptable à ses yeux. "Ce que Dieu a uni, seul Dieu peut y mettre fin", a-t-il dit à certaines personnes par le passé. L'idée qu'un autre homme élève ses enfants lui était aussi insupportable, selon ses dires à d'autres personnes interrogées par les policiers après le drame.»

Surtout que cet homme, Benoit Daigle, s'était reconnu coupable d'agressions sexuelles sur deux mineurs. «Au moment où les accusations ont été rendues publiques [en 2009], M. Daigle a été avisé par M. Godin de ne pas s'approcher de ses enfants. M. Godin a également demandé à ses deux filles d'éviter de se rendre seules chez M. Daigle.»

Pour mémoire, le dossier a été transféré en 2011 au Tribunal de la jeunesse à la suite d'une entente entre les parties, même si l'accusé a fêté ses 18 ans moins de deux semaines après les premiers attouchements, qui se sont répétés pendant trois ans. En reculant ainsi la date des événements, l'âge des victimes ne concorde plus. Une des victimes aurait eu 23 mois, elle avait cinq ans au moment des faits.

Le 23 avril 2012, à 37 ans, Benoit Daigle a été condamné à purger huit mois de détention dans sa résidence, suivi de deux ans de probation. Fait inquiétant, il n'était soumis à aucune condition et pouvait donc se trouver en présence de mineurs. Il était encore sous probation au moment du drame.

«Est-ce que le fait que sa conjointe fréquentait un homme qu'il connaissait, qu'il avait déjà côtoyé et aidé dans le passé peut avoir empiré sa colère? Est-ce que les antécédents judiciaires de cet homme ont également eu un lien avec son geste?» Luc Malouin pose les questions dans son rapport, mais choisit de ne pas s'aventurer sur ce terrain. «Tout est possible, mais je ne peux rien confirmer.»

Dans son analyse, le coroner retient principalement la thèse du fanatisme religieux, «une forme d'extrémisme totalement déconnecté de la réalité».

En entrevue, le coroner Malouin convient que «c'est un dossier qui va rester avec des questions sans réponses». Martin Godin n'est plus là pour répondre, mais la Sûreté du Québec, si :

  • Pourquoi les policiers ne se sont pas précipités chez Martin Godin après avoir trouvé sa femme assassinée?
  • Qu'ont-ils fait pendant les heures suivant le drame? 
  • Pourquoi s'est-il écoulé presque six heures entre l'appel au 9-1-1 et la découverte des corps?
  • Est-ce qu'une intervention plus rapide aurait permis de sauver, au moins, Médora et Béatrice?

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