Abus sexuels commis par des prêtres: le silence de la ministre Vallée inquiète

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Le prêtre américain de réputation mondiale Thomas Doyle est spécialisé en droit canonique. Il défend les victimes de prêtres depuis 1985.

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(Québec) Des victimes de prêtres pédophiles demandent une fois de plus au gouvernement du Québec l'abolition du délai de prescription qui les empêche de poursuivre au civil leur agresseur pour des crimes commis il y a plus de 30 ans. Ils sont toujours sans réponse de demandes adressées à la ministre de la Justice il y a un an et demi.

Le Québec est maintenant la dernière province à imposer aux victimes un délai, au-delà duquel elles ne peuvent intenter une poursuite civile. La Nouvelle-Écosse a retiré le sien au printemps. En 2012, le libéral Jean-Marc Fournier, alors ministre de la Justice, prolongeait ce délai de 3 à 30 ans. Mais c'est insuffisant, jugent les défenseurs des victimes, l'avocat Marc Bellemare en tête.

«Il y a des victimes avec un jugement criminel hors de tout doute contre leur agresseur et on leur dit qu'ils ne peuvent les poursuivre au civil. C'est un non-sens», plaide-t-il.

Pour tous ceux qui ont tenté de faire tomber ce délai, les chances sont presque nulles. «Il y a un coût humain et monétaire à ça. Et les gens, souvent, abandonnent.» Frank Tremblay sait de quoi il parle. Il est à l'origine du recours civil, que lui et des dizaines d'autres pensionnaires du Collège Saint-Alphone à Sainte-Anne-de-Beaupré ont finalement remporté contre les Rédemptoristes. Pour lui, le délai équivaut à «protéger des prêtres pédophiles».

Pierre Bolduc tente, en vain, d'obtenir justice auprès du diocèse de Québec, pour des sévices qu'il a subis d'un prêtre aujourd'hui décédé. Le délai de prescription empêche l'homme de Colerane de poursuivre au civil l'Église catholique. «Parfois, j'ai l'impression de passer pour l'agresseur aux yeux des gens parce que je me bats pour obtenir justice», lance-t-il.

Shirley Christensen s'est rendue en Cour suprême pour obtenir l'autorisation de poursuivre au civil un prêtre qui l'a agressée à la fin des années 70. France Bédard, présidente de l'Association de victimes de prêtres, a perdu sa cause en Cour d'appel. Les juges ont estimé que son recours intenté pour un viol commis en 1966 était prescrit.

Les deux femmes ont écrit à la ministre de la Justice, Stépanie Vallée, à 15 jours d'intervalle en mai 2014 pour lui demander de retirer le délai de prescription. À ce jour, elles n'ont reçu aucune réponse. Un silence qui soulève bien des questions.

En fait, les victimes et leurs représentants avancent même que les autorités religieuses exercent un lobby pour empêcher que ce délai soit retiré. Roger Lessard est un ex-directeur d'école qui a accompagné plusieurs victimes de prêtres. Il prend comme argument que le diocèse de Québec a invoqué à au moins trois reprises le délai de prescription comme moyen de défense.

Comme l'indique Me Bellemare, le délai de prescription peut-être invoqué par la défense sans être imposé par le juge. Une façon de démontrer une certaine «mauvaise foi» des autorités religieuses. «Ils disent qu'ils envoient leurs prières aux victimes, mais c'est insuffisant pour obtenir réparation», conclut-il.

Le révérend Doyle en appui

«Ils ont l'argent. Ils ont le pouvoir. Ils ont le prestige et les relations publiques. Mais ils n'ont pas la vérité.»

Le prêtre américain de réputation mondiale Thomas Doyle est spécialisé en droit canonique. Il défend les victimes de prêtres depuis 1985. Il a témoigné dans plus de 200 procès, dont celui des prêtres rédemptionnistes. La citation en début de texte est reprise d'une victime. Elle explique, quasiment à elle seule, ce qu'il dénonce depuis 30 ans.

«Des victimes ont été intimidées, insultées et menacées pour se taire», lance-t-il. Les autorités religieuses dépensent des centaines de millions de dollars pour les discréditer et couvrir les actes commis par les prêtres pédophiles. Des actes, par ailleurs, qui ne peuvent tous être décrits tellement ils sont «horribles», soutient le révérend.

Dans ce contexte, il comprend mal pourquoi l'État québécois «cautionne» ces agissements. «Le délai de prescription est injuste et doit être aboli. Avec ce délai, il n'y a pas de justice, aucune guérison possible», reprend-il.

Il est au Québec à la demande express des représentants des victimes pour donner une conférence lundi soir. Elle aura lieu à l'auditorium de l'École nationale d'administration publique (ENAP), au 555, boulevard Charest Est, à Québec, à 19h30.

L'avocat Marc Bellemare mentionne que des représentants de la classe politique ont été invités. Le juriste a cette cause à coeur. Il invite toute personne intéressée de près ou de loin par ce dossier à assister à la conférence. C'est gratuit et il y aura une traduction simultanée.

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