Guy Turcotte était suicidaire et anxieux

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Guy Turcotte aurait confié à son psychiatre être «devenu maître dans l'art de l'évitement» après avoir tué ses enfants.

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Saint-Jérôme

Guy Turcotte souffrait d'un trouble de l'adaptation anxieux et était suicidaire six jours après avoir tué ses enfants, a témoigné lundi à son procès son psychiatre traitant.

Le trouble de l'adaptation est une maladie mentale fréquente et beaucoup de personnes qui en souffrent fonctionnent et vont travailler, a convenu le psychiatre en contre-interrogatoire. Il a toutefois souligné qu'il y a différents degrés d'atteinte.

Guy Turcotte est accusé d'avoir poignardé à mort le 20 février 2009 ses enfants Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans. L'homme de 43 ans a plaidé non coupable aux deux accusations de meurtre prémédité mais présente une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Le psychiatre Jacques Talbot a suivi l'accusé pendant 152 jours à l'Institut Philippe-Pinel, à partir de son admission le 26 février 2009. À son arrivée, pas de dépression majeure et pas de psychose, a-t-il témoigné.

Il est à noter que cette conclusion n'exclut pas la preuve d'une autre atteinte à l'état mental de l'accusé le soir où il a tué ses enfants, et que les experts en santé mentale retenus par la défense n'ont pas encore témoigné.

Le diagnostic principal posé par le docteur Talbot lors de l'admission de Guy Turcotte est qu'il souffrait d'un «trouble d'adaptation avec affect anxieux et dépressif».

Selon lui, cet état était causé par la mort de ses enfants, son inquiétude par rapport aux accusations criminelles et aussi par les difficultés conjugales qu'il a vécues.

«Le point central étant la mort de ses enfants», a toutefois noté M. Talbot.

L'accusé s'est vu prescrire des antidépresseurs avec un faible dosage pour contrôler son anxiété et son insomnie, ainsi qu'un médicament calmant.

Le psychiatre a aussi fait état au jury de ses notes évolutives de l'état de son patient.

Le 27 février, l'accusé lui a dit qu'il «était arrivé à un point maximum, qu'il ne pouvait plus vivre, qu'il allait se suicider».

Il a déclaré ne pouvoir s'enlever la vie immédiatement, car rien à l'Institut Pinel ne lui permettait de le faire, mais «qu'il ne peut le garantir pour le futur».

«Barrage émotif»

Puis le psychiatre a décrit que l'accusé était dans un état d'«isolation», c'est-à-dire que toute sa vie émotive était mise de côté. Il s'agit d'un mécanisme de défense quand les émotions sont trop lourdes à porter, a-t-il expliqué.

«Tout est contenu, tout est retenu», a dit le psychiatre. Il dira que Guy Turcotte lui a confié : «Je suis devenu maître dans l'art de l'évitement».

L'accusé se réfugie alors dans la lecture d'ouvrages complexes «pour ne pas penser» et se met à régler des choses concrètes. C'est dans ce contexte qu'il rédige la fameuse liste de choses à récupérer dans la maison de Piedmont où s'est déroulé le drame. Une liste de trois pages d'objets à récupérer, dont un sac de pommes de terre, un CD et un moulin à poivre.

«Il fait un fort barrage émotif. Tout ça n'est pas dans le but de leurrer, mais sa réalité se traduit comme cela», a expliqué le psychiatre. «J'ai toujours perçu qu'il était authentique», sa défense d'évitement n'est pas de nature consciente ou «pour faire semblant», a-t-il précisé.

Le psychiatre a relaté qu'au début de son séjour à Pinel, l'accusé lui a demandé si ses enfants étaient vraiment morts. Il a noté qu'il y avait des flous dans ses souvenirs de ce qui s'était passé le soir du 20 février.

Le 11 mars 2009, le psychiatre écrit au dossier que Guy Turcotte est dans un état de colère lié à l'infidélité de son ex-conjointe, Isabelle Gaston, la mère des enfants. Une colère qui lui permet de s'éloigner de la mort de son fils et de sa fille, dit le psychiatre.

L'accusé a mentionné sa souffrance au psychiatre, une «souffrance méritée», dira-t-il, s'étonnant du soutien de sa famille et de la gentillesse du personnel de l'institut psychiatrique.

Guy Turcotte a fait une tentative de suicide alors qu'il se trouvait en détention, plus tard en 2009, en accumulant ses médicaments et les avalant du même coup. Il sera alors renvoyé à l'Institut Pinel.

Le procès reprendra mercredi.

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