La réalité de la police autochtone d'Uashat mak Mani-Utenam

Le sergent-détective Guy Olivier, le directeur Raynald Malec... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque)

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Le sergent-détective Guy Olivier, le directeur Raynald Malec et la directrice adjointe du Service de sécurité publique d'Uashat mak Mani-Utenam, Lyne Pinette, ont accepté de parler de leur réalité dans la foulée de la diffusion de l'émission Enquête.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

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Fanny Lévesque

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Le Soleil

(Sept-Îles) Échaudés par l'époque noire des pensionnats, les peuples des Premières Nations tissent difficilement un lien de confiance avec l'autorité. La Sécurité publique d'Uashat mak Mani-Utenam (SPUM) est pourtant parvenue à resserrer ce lien, devenu indissociable de la communauté de 4000 âmes.

«Ça prend ce lien pour aller en profondeur. Si t'arrives de l'extérieur, les gens ne s'associent pas à toi», affirme sans équivoque le sergent-détective de la SPUM, Guy Olivier. «La peur, c'est ancré chez eux», renchérit la directrice adjointe, Lyne Pinette. 

Des membres de la SPUM ont accepté de rencontrer Le Soleil à la suite des révélations choquantes de l'émission Enquête, qui a mis en lumière la présumée pratique abusive de policiers de la Sûreté du Québec envers des femmes autochtones de la région de Val-d'Or. La SPUM compte une quinzaine d'agents, dont un seul n'est pas autochtone.

Le passé des pensionnats, où de nombreux cas d'abus ont été révélés, le racisme et les écarts de conduite de policiers dans l'ouest du pays sont autant de facteurs qui ont contribué «au sentiment d'insécurité» des Premières Nations, selon eux. «On est conscient qu'il faut prendre un peu plus de temps», assure Mme Pinette.

Souvent issus de la communauté même où ils servent, certains policiers n'ont d'ailleurs pas non plus échappé aux problèmes sociaux de leur entourage. «Je viens d'un milieu dysfonctionnel, d'un père alcoolique, confie la directrice adjointe. Mon intervention, je vais l'adapter parce que je connais le principe de victimisation.»

«J'ai un frère qui, intoxiqué, s'est suicidé dans une cellule de la Ville de Québec, j'étais en secondaire 4. J'ai une proche qui s'est fait agresser sexuellement. On a vécu ça, on grandit dans une communauté [...] c'est tout ça qui nous différencie», raconte pour sa part le directeur du service, Raynald Malec.

La barrière de la langue n'est pas non plus un obstacle lors des interventions. «On connaît leur traduction aussi, lorsqu'ils disent telle chose, on sait que ça veut dire ça. Des fois, juste les mots employés peuvent laisser croire qu'il n'y a pas matière à plainte alors que ce n'est pas le cas», rajoute Guy Olivier.

Sous-financement chronique

Les jours sont occupés au service de police d'Uashat mak Mani-Utenam, qui dessert la communauté répartie en deux secteurs, séparés d'une vingtaine de kilomètres. La SPUM estime son nombre d'interventions annuelles à l'équivalent de celui d'une ville 10 fois plus populeuse. Les crimes contre la personne (42 %) sont en tête de liste.

«On fait des miracles», soutient le directeur, dont le poste est subventionné par Québec et Ottawa. La SPUM dispose d'un budget de 1,6 million par année, pratiquement inchangé depuis 2004. «On va couper dans le matériel, dans les salaires, le renouvellement d'équipements est plus lent», indique Mme Pinette.

Si le cas de Val-d'Or peut servir, la SPUM souhaite que Québec mise davantage sur les corps de police autochtones, à commencer par avoir recours à leur expertise dans l'enquête indépendante qui sera menée par le Service de sécurité de la Ville de Montréal. Le retour d'un service régional pour les communautés de la Basse-Côte-Nord est aussi souhaité.

Contexte différent en Haute-Côte-Nord

(BAIE-COMEAU) Tout de même abasourdi par les événements allégués à Val-d'Or, le chef de la communauté d'Essipit, Martin Dufour, n'a jamais eu vent que de tels gestes auraient pu être causés dans sa communauté. «Chez nous, depuis longtemps, on fait beaucoup de prévention [des crimes à caractère sexuel]. Comme on est peu [700 membres, et seulement 200 dans la "réserve"], notre police innue est capable de parler aux gens, de les voir et d'être ainsi plus en position de prévenir.» Le chef Dufour rappelle que le contexte en Haute-Côte-Nord est loin de celui de Val-d'Or. Essipit, complètement enclavé dans le village des Escoumins, vit en harmonie avec ses voisins. «Ici, ce ne sont pas des gens qui viennent de communautés isolées qui débarquent en milieu urbain non autochtone. Et là-bas, y'a certains endroits où on ne voit jamais la police. À Essipit, la police fait partie du milieu et axe ses efforts sur la prévention.» 

Avec Steeve Paradis (collaboration spéciale)

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