Autochtones abusées: le défi de dénoncer

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«C'est la première fois qu'on voit des femmes autochtones, à visage découvert, qui osent» dénoncer, note la leader autochtone Michèle Audette, qui estime que l'enquête ne devrait pas se limiter à Val-d'or.

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<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

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Le Soleil

(Sept-Îles) «Quand je dénonce mon agresseur, je dénonce une communauté aussi.» Au bout du fil, la leader autochtone Michèle Audette illustre le défi qu'ont à surmonter les femmes des Premières Nations pour se sortir du cycle de la violence et des abus.

«La consommation, la toxicomanie devient un baume pour ces femmes-là. On étouffe le problème, on le normalise», déplore-t-elle, encore remuée par le reportage de l'émission Enquête, qui a mis en lumière les sévices auxquels auraient été soumises des autochtones de la région de Val-d'Or, par des policiers de la Sûreté du Québec.

«Quand t'es stigmatisée, marginalisée, que le système te discrimine et qu'en plus, lui qui doit te protéger fait partie de tes agresseurs, qu'est-ce que tu fais?» interroge l'Innue de Uashat mak Mani-Utenam. «C'est la première fois qu'on voit des femmes autochtones, à visage découvert, qui osent. Moi, ça m'a ébranlée, et j'en ai entendu des histoires.»

L'ex-présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada y voit d'ailleurs des rapprochements avec des cas survenus dans l'ouest du pays, impliquant la Gendarmerie royale du Canada et des femmes des Premières Nations. «J'encourage le gouvernement du Québec à ne pas limiter son enquête à Val-d'Or», affirme Mme Audette.

Les forces policières doivent également être mieux outillées à intervenir auprès des communautés autochtones, ajoute-t-elle, du même souffle. «Il faut voir comment la police fait son travail face à nous», indique Mme Audette, rappelant qu'il a été prouvé dans d'autres provinces que les «dossiers autochtones» étaient parfois mis de côté.

La barrière de la peur

Le centre Tipinuaikan de Uashat mak Mani-Utenam accueille des femmes autochtones victimes de violence conjugale et familiale, issues des huit communautés innues de la Côte-Nord. Malgré l'étendue du territoire desservi, la maison qui compte cinq chambres et «un lit d'urgence» ne déborde pourtant pas.

«La barrière de la gêne est forte», affirme la coordonnatrice de l'organisme, Marie-Claude Riverin. «La situation est alarmante, mais plusieurs ne veulent pas dénoncer par peur de représailles [...] surtout dans les communautés isolées de la Basse-Côte-Nord, où il n'y a pas de services, elles restent dans le cycle de la violence.»

La clientèle autochtone doit également composer avec les marques du passé, notamment celles de l'époque des pensionnats, qualifiée de «génocide culturel» par la Commission de vérité et réconciliation du Canada. «Les femmes arrivent chez nous démolies, on les aide à se relever tranquillement», raconte Mme Riverin.

«Il faut être très, très patient, le processus de changement est très lent, étant donné tous les traumatismes vécus, on est encore affectés directement par ça [...] Ce sont des facteurs qui ont brimé les femmes, c'est encore présent. Ça se transmet de génération en génération», affirme-t-elle.

Un seul autre centre d'hébergement pour autochtones se situe à Schefferville. Le travail est donc colossal pour l'organisme de Sept-Îles, qui aide des femmes d'aussi loin que Pakua Shipu, une communauté à 550 kilomètres à l'est, accessible seulement par bateau. «Juste avec le coût du billet d'avion, notre budget est flambé», soulève-t-elle.

Mme Riverin dénonce au passage le sous-financement des organismes, comme le sien, qui relève du gouvernement fédéral. «Il y a un écart élevé entre les subventions que reçoivent les maisons provinciale et fédérale [...] C'est pas assez pour la quantité de personnes qui sont dans le besoin.»

=> Le blogue de Richard Therrien sur le reportage d'Enquête

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