Guy Turcotte relate le soir où il a tué ses enfants

Guy Turcotte au palais de justice de Saint-Jérôme,... (PC, Ryan Remiorz)

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Guy Turcotte au palais de justice de Saint-Jérôme, le 28 septembre 2015

PC, Ryan Remiorz

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Saint-Jérôme

À son procès pour meurtre prémédité, Guy Turcotte a relaté en pleurant ce dont il se souvient du soir où il a tué ses deux enfants, un récit partiel qui a mené la Couronne à l'accuser d'avoir une mémoire sélective.

Un témoignage qui raconte des souvenirs fragmentaires, des «flashes», dira-t-il de certains morceaux de la soirée.

L'accusé de 43 ans a poursuivi mardi son témoignage à son procès criminel pour avoir poignardé à mort Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans, un double meurtre qui s'est produit le 20 février 2009.

C'est la journée où il a appris dans une conversation téléphonique qu'Isabelle Gaston, son ex-conjointe et mère des deux enfants, avait changé les serrures de la maison familiale qu'elle avait conservée après leur séparation.

«On dirait que c'est la dernière affaire qu'elle pouvait m'enlever pis elle me l'enlève. Je n'en revenais pas», a-t-il dit.

Dans un moment de frustration, il lui a lancé au téléphone: «tu veux la guerre, tu vas l'avoir!», a-t-il admis dans la salle de cour.

Il a expliqué qu'il faisait référence au fait qu'elle venait de lui dire, dans cette même conversation, qu'elle avait consulté un avocat. «Cela voulait dire: moi aussi je peux prendre un avocat», a-t-il fait valoir.

En fin d'après-midi ce jour-là il va chercher les enfants. Il fait le souper pendant qu'ils écoutent une vidéo.

«Moi j'ai de la peine», a-t-il témoigné. «Je m'assois dans le salon avec eux, les larmes me coulent tout seul, en silence... Je pleure.»

Olivier doit s'en rendre compte, dit-il. «Il vient, il me fait un câlin, il me prend dans ses bras. (...) Anne-Sophie fait la même chose», a-t-il relaté en sanglotant.

Parce qu'il pleurait, son témoignage a été suspendu à deux occasions.

De retour à la barre, Guy Turcotte a expliqué qu'après le film, il a fait le rituel du coucher avec les enfants: brossage de dents, lecture d'une histoire et chansons.

Après, il dit être allé sur Internet. Il a lu pour la première fois une seconde série de courriels échangés entre Isabelle Gaston et son nouvel amoureux Martin Huot.

Il ne se rappelle pas des détails des courriels, mais voit l'amour qu'ils se portent, témoigne-t-il. «Moi j'ai jamais connu ce type d'amour là», dit-il.

Il se rappelle la douleur, le mal qu'il a ressenti.

«J'étais plus capable d'endurer cela, on dirait que tout allait mal, que le monde s'écroulait autour de moi.»

Il avait plus tôt dans la journée de mardi relaté les derniers mois de vie commune houleuse avec sa conjointe et avoir appris qu'elle le trompait avec son plus proche ami, Martin Huot.

«J'ai commencé à penser au suicide. C'est bête, mais je voulais que ça finisse», a-t-il dit. Il va effectuer des recherches sur Internet pour voir comment mettre fin à sa vie rapidement. «Je voulais mourir», a-t-il ajouté, se disant obnubilé par cette idée.

Après, il ne sait pas exactement ce qu'il a fait en ce 20 février 2009, ni dans quel ordre. Il a relaté des «flashes», des morceaux de souvenirs.

Parmi ceux-ci, un flash où il se voit en bas de l'escalier, en train d'entrer et de sortir un couteau dans son étui pour l'aiguiser. Un autre où il se trouve dans sa chambre, se verse un verre de lave-glace, le boit d'un trait et recommence.

Il se voit ensuite dans son lit. «Je me sens en train de mourir», a-t-il dit, ajoutant avoir pensé à ses enfants qui pourraient le retrouver mort. «Et c'est à ce moment que je me dis: je vais les emmener avec moi.»

Entrecoupé de pleurs, il a raconté ensuite un autre flash: «Je suis dans la chambre d'Olivier. Je suis à côté du lit. J'ai un couteau dans les mains. Je rentre le couteau», a-t-il expliqué avant d'éclater en sanglots.

«Il fait: "noooooon", comme un gémissement. (...) Là je me rends compte que je suis en train de lui faire mal, je panique et je lui donne d'autres coups», a-t-il dit. Les choses se sont passées de façon similaire avec Anne-Sophie, a dit l'accusé.

Il s'est rappelé ensuite être dans la salle de bain, du sang sur les mains, et boire du méthanol.

En contre-interrogatoire, René Verret, le procureur de la poursuite, a débuté sans faire dans la dentelle.

Après avoir demandé s'il réalisait qu'il avait détruit la vie d'Isabelle Gaston, il lui a rapidement posé des questions sur ses visites sur des sites Internet de pornographie homosexuelle, lui demandant s'il se questionnait sur son orientation sexuelle, ce à quoi l'accusé a répondu par la négative.

Il a tenté ensuite de lui faire dire qu'en tant que médecin, il aurait pu trouver des moyens plus efficaces de mettre fin à sa vie que de boire du lave-glace.

Me Verret l'a aussi contre-interrogé sur la semaine précédant les meurtres et sur la journée du 20 février, suggérant qu'il fonctionnait normalement, sans même s'absenter du travail.

Il a ensuite envoyé plusieurs questions à l'accusé sur sa mémoire, suggérant qu'il a une mémoire sélective et qu'il choisit les choses dont il se rappelle et celles dont il ne se rappelle pas, ce à quoi Guy Turcotte a protesté d'une voix faible.

Ses avocats ont indiqué lundi que l'accusé allait présenter une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Ce faisant, Guy Turcotte tente d'éviter de se faire condamner pour meurtre et de se retrouver en prison.

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