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Chasseurs de pédophiles

Emmanuel Gauthier et le président de The Judge... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Emmanuel Gauthier et le président de The Judge Beauce, Robert Lemieux, portent un chandail à l'effigie de leur groupe, The Judge Beauce, qui traque les «prédateurs» pour les inciter à se faire soigner.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Choqué par la «souplesse des lois», un groupe de citoyens baptisé The Judge Beauce a décidé d'agir auprès des pédophiles, a appris Le Soleil.

Créé en août à Sainte-Marie de Beauce par Robert Lemieux, le clan compterait aujourd'hui une soixantaine de membres, autant des hommes que des femmes, affirme celui qui occupe la chaise de président à Sainte-Marie. En plus de la Chaudière-Appalaches, le groupe possède notamment des tentacules à Québec et à Saint-Jérôme, dans les Laurentides. 

Son objectif? «Conseiller fortement aux pédophiles de se faire soigner», répond M. Lemieux, ajoutant qu'il n'est pas question ici de malmener un individu. Lors d'une intervention, ils sont deux, trois, parfois même quatre personnes, et vont à la rencontre du «prédateur». Une opération est d'ailleurs prévue à l'horaire dans Charny lundi et mardi.

Avant de pouvoir confronter directement l'individu, The Judge Beauce suit une charte de règles. D'abord, les présidents, les vice-présidents et les généraux doivent se réunir à la maison mère à Sainte-Marie et voter en faveur de l'intervention. «Si l'un d'entre eux dit non, cela ne marche pas», soutient M. Lemieux, qui a décidé de fonder l'organisation après avoir été témoin de gestes déplacés. «Personne n'agissait pour aider la victime. [...] Aujourd'hui, on trouve que les sentences ne sont pas assez fortes. Ils reçoivent simplement une petite tape sur les mains. La loi n'est pas assez sévère. Nous sommes comme un prolongement de la loi. Nous parlons, nous nous affichons et nous agissons!»

Ensuite, durant quelques jours, ils traquent l'individu sur le terrain et sur Internet et «si nous n'avons aucune preuve concrète envers lui, nous gardons le dossier au froid», ajoute le président. Toutefois, par exemple, si l'individu rôde trop près d'une école et possède des antécédents judiciaires, une visite s'impose.

The Judge Beauce lui donne alors en main propre un dépliant du Centre Ex-Equo - service aux agresseurs sexuels - et lui conseille «fortement» de rencontrer un psychologue. «Nous avons eu un cas récemment en Beauce. Les parents ont contacté les policiers. Avant d'agir, nous avons laissé la poussière retomber et nous sommes allés voir les parents. Nous avons alors fait enquête et nous avons trouvé que l'homme en était à sa deuxième fois. On lui dit ce qu'il en est. On ne le bat pas, mais on lui suggère fortement de se faire soigner.»

Recrutement intensif

Depuis sa fondation, The Judge Beauce est en recrutement intensif, mais ce n'est pas qui veut qui peut se joindre au groupe. Pour devenir membre, il faut tout d'abord que les Judge acceptent la candidature. Le candidat fait alors l'objet d'une enquête dirigée par les autres membres durant deux mois, pour savoir s'il a des «antécédents violents» ou des «mandats d'arrêt» contre lui, explique M. Lemieux, qui précise que The Judge Beauce n'est pas une «gang de motards».

Après avoir passé ces étapes, la recrue doit alors débourser 25 $ pour obtenir son chandail à l'effigie du groupe, dont le logo est une tête de mort. «Dans chaque secteur où il y a des Judge, il y a des généraux, des soldats, des recruteurs, les lieutenants, des présidents et des vice-présidents. Les membres portent les couleurs de leur secteur, Québec, Beauce...» ajoute le président.

Pour cibler les délinquants sexuels, le groupe ne tend pas de piège sur Internet. Ce sont plutôt les parents des victimes ou ces dernières qui entrent en contact avec lui. «Avant de faire une intervention, on s'identifie aux policiers. Parfois, cela leur met la puce à l'oreille. On fait aussi de la surveillance dans les écoles. Pour Charny, c'est un parent qui est venu me voir au bureau.»

Pour l'heure, The Judge Beauce a tenu quatre interventions dans la province. «À Québec, nous avons suivi un prédateur une semaine ou deux, et plus cela allait, plus il s'aventurait vers les enfants dans les parcs. Une fois, le monsieur a pris la main de l'enfant, et nous sommes intervenus. Nous étions six», raconte-t-il. «L'avenir, c'est les enfants, et il faut être capable de les protéger.»

Jointe vendredi, la Sûreté du Québec n'était pas au courant de l'existence du groupe. The Judge Beauce possède une page Facebook, qui comptait vendredi 86 membres.

Pas un précédent

Robert Lemieux n'est pas le premier à vouloir faire face aux pédophiles. Une femme de Québec, Sophie Dupont, a aussi créé il y a cinq ans une page Facebook «Registre public des délinquants sexuels au Québec», où l'on peut voir plusieurs personnes accusées ou reconnues coupables de crimes à caractère sexuel sur des mineurs. La page comptait vendredi 17 305 membres.

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