La mère de Guy Turcotte: «Il ne m'entendait pas»

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La mère de Guy Turcotte raconte que son fils était dans un état de grande détresse lorsqu'ils se sont parlé.

La Presse, Patrick Sansfaçon

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La Presse Canadienne
Saint-Jérôme

Lors de sa dernière conversation le soir où il a tué ses deux enfants, Guy Turcotte était dans un état de «grande désolation» et a répété maintes fois qu'Isabelle Gaston «l'avait démoli», a relaté la mère de l'accusé mercredi, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Marguerite Fournier a rapporté la conversation téléphonique qu'elle a eue avec son fils le 20 février 2009, le soir où il a poignardé ses deux enfants, Olivier, cinq ans, et Anne-Sophie, trois ans.

C'est elle qui a téléphoné à son fils, car elle n'avait pas eu de ses nouvelles cette semaine-là.

Dans cette conversation qui durera environ une heure, Mme Fournier dit que son fils avait la voix basse, étouffée. «Comme quelqu'un qui était chaud, qui avait bu», a témoigné la dame âgée, frêle dans son tailleur gris.

«Dans sa voix, j'ai pensé à quelqu'un qui voulait s'enlever la vie», a-t-elle ajouté.

Une conversation «mêlée», car son fils changeait de sujet constamment. Il répétait sans cesse «maman, je t'aime. Dis à papa que je l'aime». Il fera de même pour chacun de ses cinq frères et soeurs.

«J'ai fini par lui dire : "Mais qu'est-ce qui se passe ce soir?"» a expliqué Mme Fournier. «Là, il a éclaté et a dit qu'Isabelle [son ex-conjointe et mère des deux enfants] avait un chum.» Puis il revenait sans cesse lors de la conversation sur ce sujet en disant : «dans ma maison, dans mon lit».

Mme Fournier a dit avoir tenté de le raisonner, lui avoir dit de tourner le dos à cette situation et de regarder vers l'avant. «J'ai l'impression qu'il ne m'entendait pas», a témoigné sa mère.

«Il revenait sur son malheur, sa souffrance. [...] Il a dit plusieurs fois : "Elle m'a démoli" et que "ça fait 10 ans que je suis malheureux"», a-t-elle ajouté.

Pour changer de sujet, elle lui a demandé ce qu'il allait faire le lendemain. Il a parlé du cours de piano d'Olivier et de son rendez-vous avec l'agent immobilier. Mme Fournier a témoigné que cette conversation avec son fils a débuté vers 20h35-20h40.

À cette heure, Guy Turcotte avait déjà annulé son rendez-vous avec l'agent immobilier : celui-ci a témoigné avoir reçu le message d'annulation vers 20h30. Et la gardienne Johanne Leclair avait aussi reçu un appel à 20h30 pour lui dire que ses services ne seraient plus requis le lendemain pour s'occuper des enfants, selon son témoignage rendu mardi.

Mme Fournier a dit n'avoir jamais vu son fils en état d'ébriété.

Le soir, quand son mari est rentré à la maison, elle lui a relaté la conversation. Elle voulait se rendre chez son fils, mais son mari l'a convaincue d'attendre au lendemain. Ce matin-là, après deux appels chez lui demeurés sans réponse, le couple se rend à Piedmont chez Guy Turcotte.

Pas de réponse à la résidence, mais la voiture de l'accusé s'y trouve.

C'est Mme Fournier qui appellera les services d'urgence pour demander de l'aide.

Appel au 9-1-1

Le jury au procès a entendu son appel au service 9-1-1. Elle demande une voiture de police. Elle insiste sur le fait que la veille, son fils «était en grande désolation». Devant les nombreuses questions de l'agent du 9-1-1, elle finira par éclater en sanglots : «On a besoin d'aide, voulez-vous venir nous aider, s'il vous plaît.»

Plus tard, Mme Fournier tentera de récupérer les biens de son fils dans la maison qu'il louait au moment du drame à Piedmont.

La propriétaire de la résidence, Louise Besner, a témoigné que Mme Fournier s'est présentée en mars avec une liste de trois pages manuscrites d'objets à récupérer. Une liste confectionnée selon les indications de son fils, qui lui téléphonait de l'Institut psychiatrique Philippe-Pinel pour dire de ne pas oublier certaines choses, dira Mme Fournier. Notamment des objets qui se trouvaient dans la chambre des enfants, dont des affiches et une «doudou».

Quant aux objets récupérés en sa présence, il s'agissait entre autres de trois pompes à savon et d'un sac de pommes de terre, a relevé Mme Besner.

Une liste méticuleuse, «pièce par pièce», s'est rappelée Mme Besner, qui semblait encore surprise de cette façon de procéder.

Sa mère a rappelé deux fois par la suite pour des objets manquants. La première fois pour un chaudron, une petite radio et un moulin à poivre. L'autre, pour un fer à repasser, a témoigné Mme Besner.

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