Affaire Aubut: une «attaque commandée»

Des courriels échangés entre Marcel Aubut et une... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Des courriels échangés entre Marcel Aubut et une plaignante, l'avocate Amélia Salehabadi-Fouques, ont été rendus publics, au grand dam de cette dernière. La femme a entre autres utilisé dans ces échanges des expressions comme «mon beau Marcel» et «Merci mon chéri».

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(Québec) La plaignante Amélia Salehabadi-­Fouques se dit indignée par le fait que des courriels entre elle et Marcel Aubut ont été transmis à plusieurs médias. L'avocate parle «d'attaque commandée».

Dans une série d'échanges, datés entre le 5 mai 2011 et le 5 février 2014, dont Le Soleil a aussi obtenu une copie, Mme Salehabadi-­Fouques invite notamment M. Aubut à participer à des activités. Par exemple, le 6 septembre 2011, elle l'invite à prendre part à une table ronde. Le 20 mars 2013, elle lui demande s'il est en mesure de lui faire une lettre de recommandation. Plusieurs autres invitations à des événements sont aussi faites à l'endroit de M. Aubut au cours de cette période.

«Mon beau Marcel»

Rappelons que Mme Salehabadi-­Fouques a confié la semaine dernière avoir reçu un baiser de M. Aubut, il y a de ça environ «quatre ou cinq ans». Malgré ce geste, les échanges entre les deux individus sont toujours demeurés cordiaux. Dans ses messages, Mme Salehabadi-­Fouques interpelle l'ancien président du Comité olympique canadien par : «Un grand merci mon beau Marcel», «Je t'embrasse bien fort», «Merci mon chéri» et «bises».

Appelée à commenter, l'avocate se défend en disant qu'elle agit ainsi avec «plusieurs personnes». «Je dis toujours dans mes courriels par exemple, ma belle Isabelle, mon beau... c'est ma façon de parler. J'écris ça aux femmes et aux hommes. C'est le seul qui a compris qu'il avait page libre pour aller plus loin. C'est ma façon à la française d'écrire», s'explique-t-elle. Elle pose la question : «[Est-ce que] je dis que je veux coucher avec lui? Non», ajoute celle qui assure ne lui avoir jamais fait d'avances. «Maintenant, de faire ça, c'est dégueulasse. Lorsqu'il disait qu'il était désolé et qu'il allait être en thérapie. Bien si c'est ça la thérapie, bravo.»

Courriels rendus publics

Outrée par le fait que ses messages ont été rendus publics, Me Salehabadi-Fouques affirme n'avoir «jamais caché» le fait qu'elle a continué d'entretenir une relation avec l'homme d'affaires. «J'ai continué ma relation avec lui et j'ai essayé de mettre ça derrière moi. Je ne voulais pas m'en faire un ennemi, je ne voulais pas le dénoncer. Mais lorsque cette dame en a parlé, c'est là que j'ai dit : c'est vrai, je te crois, car ça m'est arrivé aussi.»

La semaine dernière, elle a dévoilé avoir été harcelée à trois reprises par M. Aubut. La première fois, les événements se seraient produits dans un restaurant, il y a de ça «quatre ou cinq ans», indique l'avocate. M. Aubut l'aurait alors embrassée. La deuxième fois, cela aurait eu lieu dans un hôtel à Québec. Finalement, le troisième événement se serait passé «en août 2014». Me Aubut lui aurait alors demandé devant son garçon de 15 ans pourquoi ils n'avaient pas encore couché ensemble.

Cette dernière a été de trop. «C'était devant mon fils. [...] Est-ce que j'ai continué à porter des décolletés devant lui [après la première avance]? Je n'ai pas arrêté. Je ne me suis pas mis le hijab. Lorsque je voyais Marcel Aubut, j'ai continué de m'habiller avec des robes courtes et des décolletés.»

Vendredi dernier, l'avocate a déposé une plainte au Barreau du Québec à l'endroit de M. Aubut. Il n'a pas été possible d'avoir une entrevue avec un membre du Barreau lundi. Dans un échange de courriels, la responsable des communications a indiqué au Soleil que le «travail du Syndic de l'Ordre se fait en toute indépendance et dans la plus stricte confidentialité. L'indépendance du syndic doit être préservée en tout temps, conformément au Code des professions, afin de maintenir la sérénité et l'objectivité nécessaires à l'exercice de ses fonctions».

Questionnée à maintes reprises, Me Salehabadi-Fouques a concédé au bout du fil ne jamais avoir dit un non sans équivoque aux avances de M. Aubut et de n'avoir jamais discuté de ces actions avec lui. «Je me suis dit que je prenais ça sur moi, c'est pour cette raison que je n'avais pas fait de plainte. Que j'allais continuer de faire des affaires avec lui comme avec les autres. Je voulais continuer au niveau professionnel. Je n'avais pas envie d'être sa maîtresse. Je m'étais dit : il veut jouer ce jeu alors je le joue, mais ça ne veut pas dire aller plus loin», conclut celle qui attend toujours des excuses.

Une autre ex-employée témoigne de gestes déplacés

Bien qu'elle n'ait déposé aucune plainte, une ex-employée de Marcel Aubut, qui a travaillé comme adjointe de direction pour lui durant quelques années, affirme avoir été témoin de «plusieurs gestes déplacés» de la part de l'ancien propriétaire des Nordiques de Québec.

La dame, qui préfère garder l'anonymat pour l'instant, aurait elle-même, à une reprise, été obligée de repousser les avances de M. Aubut à son bureau. Il aurait alors flatté ses cheveux et son dos avant qu'elle lui dise non. «Dans mon domaine, j'ai repoussé des hommes toute ma vie», déplore au Soleil Jeanne [nom fictif]. «Je ne veux pas nommer mon nom, car ce sont des avocats très puissants», ajoute-t-elle, craignant les représailles.

«Tout le monde savait»

Pour Jeanne, les «gestes déplacés» de M. Aubut envers la gent féminine ne dateraient pas d'hier. Depuis mercredi dernier, «il a été mis à nu. Tout le monde savait ce que ce personnage-là faisait. Il le faisait avec l'accord de ses partenaires. Ils le laissaient faire et trouvaient ça drôle. Personne n'a rien dit. J'en veux beaucoup au monde, aux entreprises», affirme-t-elle, précisant avoir dit à l'avocat «de faire attention», que «cela n'avait pas d'allure» lorsqu'elle le côtoyait.

Ce témoignage s'ajoute à ceux des autres femmes qui ont pris la parole au cours des derniers jours. Par exemple, la semaine dernière, une autre adjointe de direction de M. Aubut avait dénoncé ses gestes. Elle avait alors affirmé avoir trouvé M. Aubut en boxeur dans la salle de conférence. Un événement que Jeanne aurait aussi vécu à «quelques reprises».

«J'en ai vu des affaires. En boxeur, nous l'avons vu plus qu'une fois, et torse nu. Avec le temps, j'ai appris qu'il était comme ça.»

Maintenant, elle se dit prête à épauler s'il le faut l'avocate Amélia Salehabadi-Fouques, qui a déposé une plainte au Barreau du Québec contre M. Aubut vendredi dernier. Ses allégations et celles d'une autre femme ont forcé l'ouverture d'une deuxième enquête par le Comité olympique canadien (COC). Le COC devrait nommer au cours des prochains jours l'enquêteur qui en sera responsable. 

Samedi, M. Aubut a démissionné de son poste de président du COC, chaise qu'il occupait depuis 2009. 

Un membre du C. A. accusé de mentir

L'avocate Amélia Salehabadi-Fouques accuse Walter Sieber, membre du conseil d'administration du Comité olympique canadien (COC), de mentir lorsqu'il a dit ne jamais avoir vu Marcel Aubut poser un geste déplacé. Elle estime que M. Sieber était bel et bien au courant de l'un des événements qui se serait produit en août 2014 lors de la Coupe du monde de soccer féminin U-20. M. Aubut aurait alors dit à l'avocate : quand est-ce que l'on couche ensemble? «J'ai été dégoûtée par la déclaration. Je m'étais confiée à M. Sieber», affirme-t-elle. «Il m'a dit de prendre sur moi.» M. Sieber n'était pas disponible pour une entrevue lundi. 

Labeaume refuse de commenter

Régis Labeaume a refusé de commenter, lundi, lorsque questionné à savoir si Marcel Aubut devrait aussi quitter la présidence de la Fondation Nordiques. «Malheureusement, je ne veux pas intervenir dans ce dossier-là», a tranché le maire. L'ancien athlète olympique Pierre Harvey a dit souhaiter que Marcel Aubut demeure à son poste de président à la Fondation Nordiques même après sa démission comme président du Comité olympique canadien. Même prudence du maire lorsqu'un journaliste lui a demandé si la distance qu'il maintient depuis longtemps avec Marcel Aubut pouvait traduire des doutes qu'il avait sur son comportement à l'égard des femmes. «Je comprends que vous vouliez savoir, mais honnêtement, je ne veux pas être impliqué dans le dossier publiquement», a-t-il dit.  avec Valérie Gaudreau

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