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Un ado agresseur puni 60 ans plus tard

L'homme, un retraité de l'enseignement aujourd'hui grand-père, a... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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L'homme, un retraité de l'enseignement aujourd'hui grand-père, a été condamné à 240 heures de travaux bénévoles, soit le maximum prévu par la loi.

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(Québec) Un adolescent abruti par les durs travaux à la ferme qui agresse à répétition ses trois jeunes soeurs, sous les yeux des parents et du curé. L'histoire aurait pu faire le plus sordide des romans historiques. Mais c'est un drame bien réel qui a connu son dénouement 60 ans plus tard, au palais de justice de Québec.

Comme dans tous les dossiers traités par la chambre de la jeunesse, la loi empêche de divulguer le nom de l'accusé. Même s'il est aujourd'hui âgé de 71 ans.

1958. Damien (prénom fictif) a 14 ans. Deuxième d'une famille de huit enfants, il doit diriger les besognes de ses frères et soeurs à la ferme.

Le père les élève durement. La «strap» n'est jamais loin de la table de cuisine et les repas se prennent dans le silence le plus total. La mère est encore plus violente, distribuant coups de balais et de baguettes à ses enfants.

Confinés à la terre familiale, les enfants n'ont le droit de sortir que pour fréquenter l'église ou l'école. Et pas question d'inviter des amis.

Durant près de quatre ans, Damien va agresser trois de ses jeunes soeurs, qui ont entre 7 et 16 ans.

Éva (prénom fictif) se rappelle comment Damien lui pinçait les seins de façon brusque et qu'il la touchait aux fesses et aux parties génitales. 

Un jour, alors que tout le monde était occupé aux champs, son frère l'a attachée dans la grange, puis l'a déshabillée pour ensuite lui faire des attouchements sexuels.

Alors qu'elle était occupée à nettoyer le poulailler, il lui faisait manger des excréments de poule et des oeufs cassés et en profitait pour la tripoter.

À la confesse

Son père a surpris Damien une nuit en train de la toucher alors qu'elle dormait dans la chambre avec ses soeurs. Mais c'est Éva qui a subi les foudres paternelles et qui a dû aller à l'église à 5h se confesser.  «Je me suis couchée sur un banc plutôt que de me faire confesser», a raconté Éva lors du procès. «Après, mon père a dit : "T'as besoin de ne pas parler de ça."»

Une autre soeur, Louise (prénom fictif), raconte que l'accusé menaçait de la pousser sur la clôture électrifiée afin qu'elle se laisse toucher.

Elle dit avoir enfoui les gestes dans sa mémoire de façon à ne pas en garder de souvenir. 

Ghislaine (prénom fictif) a elle été agressée plusieurs fois par semaine durant deux ans. Dans le poulailler, Damien lui baissait son pantalon, la projetait sur le sol et lui léchait les parties génitales. Il la prenait d'assaut dans les champs en feignant des mouvements de pénétration.

La soeur décrit son frère comme un individu contrôlant et méchant envers qui les parents avaient une totale confiance.

Un midi, voulant l'obliger à continuer à travailler, Damien l'a poursuivie et rouée de coups. Il lui a donné un coup de pied qui l'a fait basculer dans un fossé où elle s'est fracturé le coccyx. Elle a été alitée une semaine et porte encore aujourd'hui des cicatrices.

Les plaignantes ont témoigné que lorsqu'elles refusaient de s'exécuter, leur frère les attrapait par les cheveux et leur donnait toute une raclée. 

Si les parents voyaient l'une d'elles boiter, ils disaient qu'elle n'avait qu'à écouter et que Damien allait la mater. 

Au moins, une des jeunes filles a dénoncé le frère tortionnaire. Sa mère et le curé lui ont dit de «s'ôter du chemin» de Damien.

Ce n'est qu'en 1996 que les trois soeurs ont déclaré aux membres de leur famille avoir été victimes d'agressions.

Pas de peine pour adulte

Il y a quelques mois, Damien a plaidé coupable à trois chefs d'attentat à la pudeur et a été déclaré coupable d'un chef de voies de fait causant des lésions corporelles.

La Couronne réclamait l'assujettissement à une peine pour adulte et une détention d'au moins quatre ans.

Le juge Dominic Pagé de la Cour du Québec a rejeté cette option.

«Vu le contexte familial, social et religieux de l'époque et l'attitude des parents, le Tribunal considère que le défendeur n'avait pas pleinement conscience de ce qu'il faisait et en ce sens, il doit bénéficier de la présomption de culpabilité morale moins élevée prévue à la loi pour les adolescents», estime le juge Pagé, en conclusion de sa décision d'une trentaine de pages.

Damien, un retraité de l'enseignement marié, père et grand-père, a été condamné à 240 heures de travaux bénévoles, soit le maximum prévu par la loi. Il devra aussi verser 3000 $ en compensation à chacune des victimes, qui ont dû subir diverses thérapies au cours des années.

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