Accident à Scott: le suspect accusé de conduite avec facultés affaiblies causant la mort

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Blessé au bassin lors du face-à-face mortel survenu aur la route 171 samedi, l'homme de 31 ans a eu de la difficulté à sortir du fourgon cellulaire.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Saint-Joseph-de-Beauce) Comme c'est souvent le cas lors de la première comparution d'un accusé, la juge Hélène Bouillon aurait pu être dispensée de la lecture des chefs d'accusation de conduite avec les capacités affaiblies causant la mort pesant contre Pedro-Antonio Ovalle Leon. Mais elle a préféré les lui relire devant les proches des victimes, qui l'ont écoutée gravement, en silence. 

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Plusieurs policiers de la Sûreté du Québec étaient présents au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce afin de s'assurer que la comparution du chauffard se déroule sans tensions indues.

Le Soleil, Patrice Laroche

Le regard fixé au sol, Ovalle Leon, originaire du Guatamela, n'a jamais tourné les yeux vers la salle d'audience bondée, se contentant de hocher piteusement la tête en entendant les propos de la juge traduits du français vers l'espagnol par un interprète. 

Le ministère public l'a formellement accusé, mardi, d'avoir conduit un véhicule avec les capacités affaiblies par l'alcool, causant la mort de deux jeunes Beaucerons.

À la lecture des chefs d'accusation par la juge Bouillon au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce, les noms de Louis-David Fournier et de Dereck Bolduc-Coulombe ont inévitablement résonné dans la salle d'audience. Les deux jeunes hommes de 19 ans sont décédés lors du face-à-face survenu samedi soir sur la route 171, à Scott.

Le travailleur guatémaltèque est présumé responsable de la collision. Selon les autorités, il aurait été ivre au volant de la camionnette appartenant à son employeur, TransVol Ltée, qu'il n'avait d'ailleurs pas le droit d'utiliser la fin de semaine. Il aurait dévié de sa trajectoire pour aller percuter de plein fouet le véhicule conduit par Louis-David Fournier. 

En entendant les noms de leurs amis, la vingtaine de jeunes qui s'étaient déplacés pour voir le suspect de leurs propres yeux se sont pris par les mains, comme pour se donner la force de passer à travers ces quelques minutes de dure réalité. 

En plus des deux victimes confirmées, deux autres passagers, un homme et une femme dans le début de la vingtaine, ont été grièvement blessés dans l'accident. Melinda Guay-Dionne, mère d'un enfant de deux ans, était toujours dans le coma, mardi, selon ses proches. Elle ne serait pas tirée d'affaire et les prochaines heures seront cruciales dans son cas, ont confié ses amis.

Quant au jeune homme blessé, il serait hors de danger mais a subi d'importantes fractures, dont une au sternum et une autre à une vertèbre. 

Pour chaque blessé, Ovalle Leon fait face à une accusation de conduite avec les capacités affaiblies par l'alcool causant des lésions. 

La procureure de la Couronne, Me Audrey Roy-Cloutier, s'est opposée à la remise en liberté du suspect, qui demeure détenu au moins jusqu'à sa comparution le 31 août.

D'autres accusations?

L'enquête est toujours en cours dans cette affaire et Ovalle Leon pourrait faire l'objet de nouveaux chefs d'accusation. Des témoins et des proches des victimes ont affirmé au Soleil que le présumé chauffard aurait failli frapper un piéton et entrer en collision avec une autre voiture dans les secondes précédant l'impact fatal. Un tel comportement pourrait mener à une accusation de conduite dangereuse. Encore faut-il prouver sa conduite erratique. Les enquêteurs de la Sûreté du Québec sont d'ailleurs à la recherche de témoins. 

La Couronne n'a pas voulu préciser la nature des accusations qui pourraient s'ajouter. «Il y a de fortes probabilités qu'à la prochaine comparution, il y ait d'autres chefs qui puissent s'ajouter», a seulement confirmé Me Roy-Cloutier.

Le fait que le suspect ait utilisé un véhicule sans le consentement de son propriétaire pourrait aussi lui valoir une accusation criminelle. 

Party sur la 171: constats d'infraction et accusations criminelles?

S'ils n'ont remis aucun constat d'infraction dimanche lors d'un rassemblement mouvementé visant à rendre hommage aux deux victimes de l'accident survenu à Scott, les policiers ont pris beaucoup de notes et pourraient punir certains jeunes pour leur comportement. 

Selon nos informations, des constats d'infraction pourraient être distribués. Même que des accusations criminelles, telles que méfait public, ne seraient pas écartées. 

«Une enquête est ouverte», a confirmé Jean Tremblay, porte-parole à la Sûreté du Québec (SQ), refusant d'émettre tout autre commentaire. 

Après un rassemblement sans accrochage tenu à Saint-Bernard dimanche soir, une centaine d'amis des deux Beaucerons décédés ont convergé sur les lieux de l'accident, sur la route 171, à la hauteur du rang Saint-Étienne, à Scott.

La nuit tombée, alors que la majorité d'entre eux se recueillait calmement, assis devant les croix identifiées au nom des victimes, d'autres se sont laissés emporter par les émotions et ont transformé l'hommage en party. 

Bloquant la rue, ils ont fait crisser les pneus de leurs voitures, créant une épaisse fumée blanche, pendant que certains buvaient de l'alcool sur la voie publique ou à bord des véhicules.

Les policiers de la SQ se sont présentés près d'une demi-heure après le début de cette manifestation spontanée. Seule une dizaine d'agents étaient sur les lieux pour 100 jeunes. «La tension était palpable», nous a confié une source policière. 

Les jeunes croyaient d'ailleurs que les policiers étaient là pour mettre fin à leur soirée. Une jeune femme est montée sur le capot d'une autopatrouille et s'est à demi dénudée pour les confronter. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux en moins de 48 heures. 

Les policiers ont toléré et encadré le rassemblement, voulant éviter de mettre le feu aux poudres.

Lors d'un plus petit attroupement lundi au même endroit, des jeunes ont reçu des billets d'infraction pour avoir consommé de l'alcool sur la voie publique. 

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La procureure de la Couronne, Me Audrey Roy-Cloutier

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Cours de justice 101 en accéléré

Jeunes et connaissant peu le système judiciaire, les amis de Dereck Bolduc-Coulombe et Louis-David Fournier présents au palais de justice, mardi, ont eu droit à un cours accéléré. Un encadrement qui a permis d'apaiser la frustration suscitée par la mort de leurs camarades. 

Les autorités s'étaient préparées pour la comparution de Pedro-Antonio Ovalle Leon, tenu responsable du face-à-face dans lequel les deux Beaucerons ont péri et deux autres ont été blessés gravement.

Anticipant la présence de plusieurs proches et considérant les actes de colère commis par certains d'entre eux dimanche et lundi, la Sûreté du Québec a dépêché de nombreuses autopatrouilles au palais de justice. Les constables spéciaux étaient eux aussi plus nombreux qu'à l'habitude. Ces derniers étaient chargés de donner des consignes aux amis des victimes à leur entrée dans le bâtiment public.

Ces renforts ont été jugés nécessaires pour éviter tout débordement dans ce contexte particulier. Et les émotions étaient effectivement très vives. «Je pense que j'aurais passé par-dessus le [box des accusés]», a dit Sarah Drouin, une amie des disparus, expliquant ce qu'elle a ressenti à la vue d'Ovalle Leon dans la salle d'audience. «C'était de la colère. On avait juste le goût d'y aller [et de lui sauter dessus]», a ajouté son amie Noémie Chabot.

Avertissements

Les agents du palais de justice les avaient avertis de s'abstenir de réagir de façon exagérée lors de la comparution, ou encore de s'adresser à l'accusé. 

Le moment le plus dur pour ces jeunes en deuil aura été d'entendre les noms de leurs quatre amis impliqués dans l'accident. «Ça nous a fait une boule d'émotion en dedans... C'est pas facile à entendre», a dit Laurianne Beaudoin. «C'est comme un coup de poignard drette dans le coeur», a renchéri Krystelle Landry.

Peu familiers avec les procédures judiciaires, les jeunes étaient confus lorsque la juge a confirmé une nouvelle date de comparution. Croyant que l'homme serait condamné mardi, ils sont sortis de la salle l'air désemparé. C'est à ce moment que la procureure de la Couronne, Me Audrey Roy-Cloutier, les a amenés dans une salle pour leur faire comprendre la situation. Un geste visiblement apprécié des jeunes. «Ils nous ont tellement éclairci là-dessus. [...] On ne comprenait pas ce qu'ils disaient. Quand on est sortis, on pensait qu'il était libéré.»

Ce cours 101 risque de leur servir, puisque les jeunes présents mardi ont l'intention d'assister à toutes les étapes du procès.

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