Un policier de Québec accusé pour le décès du cycliste Guy Blouin

L'agent Simon Beaulieu en des circonstances moins tragiques... (Photothèque Le Soleil, Caroline Grégoire)

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L'agent Simon Beaulieu en des circonstances moins tragiques

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(Québec) Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a finalement porté des accusations de conduite dangereuse causant la mort et de négligence criminelle causant la mort contre l'agent Simon Beaulieu, de la police de Québec. Il était au volant de l'autopatrouille qui a heurté à mort le cycliste Guy Blouin, en septembre 2014, à Québec.

À l'aube du premier anniversaire de ce triste événement, le DPCP a confirmé, mercredi matin, que le policier comparaîtra par voie de sommation au palais de justice de Québec le 16 octobre. «Comme des accusations sont portées et que le dossier est maintenant devant les tribunaux, les détails du dossier ne peuvent être rendus publics afin de ne pas nuire à l'équité et à l'intégrité du processus judiciaire», a indiqué le porte-parole du Directeur, René Verret.

Guy Blouin circulait à bicyclette le mercredi 3 septembre dans la rue Saint-François Est lorsqu'une autopatrouille a reculé sur lui à haute vitesse, avaient rapporté des témoins de la scène. Il semble que les deux policiers qui se trouvaient à bord voulaient interpeller l'homme de 48 ans parce qu'il circulait en sens inverse.

Un mois après l'événement, le chef de police Michel Desgagné avait senti le besoin de défendre le policier. En entrevue au Soleil, il se disait convaincu qu'il s'agissait d'un accident.

N'empêche, les gens présents le 3 septembre demeuraient avec l'impression qu'il y a eu négligence de la part du conducteur. Le cas Blouin allait rapidement devenir le catalyseur pour dénoncer la répression policière dont se disent victimes les utilisateurs du parvis de l'église Saint-Roch, parmi lesquels plusieurs sont des personnes marginalisées.

Cette «impression» a persisté jusqu'à tout récemment en raison des questions qui demeuraient toujours sans réponse près de 12 mois après le drame. En février, la Sûreté du Québec, chargée de l'enquête, déposait son rapport au DPCP. Encore mardi, l'organisme affirmait au Soleil ne pas savoir quand serait prise la décision de porter ou non des accusations.

En entrevue au Soleil 24 heures avant l'annonce du DPCP, Françoise Laforce, de la Ligue des droits et libertés, ne cachait pas son impatience. «On veut que le Directeur des poursuites criminelles annonce sa décision. C'est inacceptable qu'on ne sache pas encore qu'est-ce qui s'est passé après un an. Ces délais minent la confiance de la population.»

En juin, le Comité du 3 septembre, rassemblement de citoyens du quartier Saint-Roch, avait réclamé l'intervention de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, pour forcer le DPCP à rendre publique sa décision. Mme Vallée avait refusé de faire pression.

Le DPCP a expliqué le long délai par le fait que le dossier a été confié a des procureurs du Saguenay et qu'ils ont demandé plusieurs compléments en cours d'enquête.

Mercredi, Mme Laforce recevait «positivement» la nouvelle. «On est agréablement surpris. La justice va suivre son cours. Est-ce que le policier est coupable ou non? Ça sera au tribunal de trancher. S'il n'y avait pas eu d'accusation, ça aurait joué au niveau de la confiance. Dans les circonstances, la situation est plus propice à rétablir les ponts.»

Cependant, la mise en accusation ne change pas le point de vue de la Ligue des droits sur la nécessité de modifier le processus d'enquête. «Ce qui nous préoccupe beaucoup, c'est l'enquête de la police sur la police. On a des doutes.»

Doutes créés en raison du système actuel, qui fait que les conclusions d'une enquête ne sont jamais dévoilées sans accusation criminelle. Le ministère de la Sécurité publique travaille à la création d'un nouveau Bureau des enquêtes indépendantes qui devrait être plus transparent.

Labeaume ne commente pas

Par ailleurs, de passage mercredi à Saguenay dans le cadre de sa tournée de promotion du nouvel amphithéâtre, le maire de Québec, Régis Labeaume, a choisi de ne pas commenter le dossier.

Plus difficile de prouver la négligence criminelle que la conduite dangereuse

Il n'est pas inusité que le ministère public porte à la fois des accusations de conduite dangereuse et de négligence criminelle causant la mort dans un dossier comme celui du policier Simon Beaulieu, selon l'avocat Julien Grégoire.

«Il ne peut y avoir un verdict de culpabilité sur les deux chefs. On porte les deux accusations pour diverses raisons stratégiques ou parce qu'on a de la preuve [sur le chef de négligence criminelle causant la mort]», explique l'avocat de Québec, ajoutant que le fardeau est plus lourd pour le ministère public de prouver la négligence criminelle, passible de la prison à perpétuité, que la conduite dangereuse, passible de 14 ans de détention.

«Dans le cas de la conduite dangereuse, il faut qu'il y ait un écart marqué par rapport à ce qu'une personne raisonnable, prudente et diligente aurait eu comme comportement dans les mêmes circonstances, alors que pour la négligence, le critère est au-delà : c'est une insouciance déréglée ou téméraire à l'égard de la vie d'autrui», résume l'avocat, rappelant par ailleurs que le ministère public doit avoir la conviction morale d'obtenir une condamnation avant de décider de porter des accusations contre quelqu'un.

«Je suis curieux de voir ce que les procédures vont nous apprendre, car j'avoue qu'en vertu de ce qu'on sait des événements [du parvis], l'accusation de négligence criminelle causant la mort, ça m'apparaît fort. Pour la conduite dangereuse, je ne sais pas, c'est peut-être plus prudent de laisser ça entre les mains d'un juge», pense Me Grégoire, qui s'est néanmoins dit «surpris» de la mise en accusation du policier Beaulieu.

«Ce que je trouve curieux, c'est que dans le dossier du policier de la SQ impliqué dans la mort d'un bambin à Longueuil, le DPCP avait au départ décidé de ne pas porter d'accusations - et ça m'étonnait comme décision - et qu'il a décidé d'en porter dans le dossier du parvis alors que la preuve m'apparaît plus ténue. Enfin, il faudra voir, peut-être que le DPCP sait des choses qu'on ne sait pas...» Élisabeth Fleury

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