Un registre des délinquants sexuels sur Facebook

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Plus de 14 000 personnes sont membres de la page Facebook «Registre public des délinquants sexuels au Québec.»

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Militant en vain depuis onze ans pour que le registre des délinquants sexuels soit rendu public, une femme de Québec a décidé de prendre les choses en main il y a cinq ans et de créer son propre registre sur le réseau social Facebook en utilisant les archives des journaux et les documents juridiques qui lui sont transmis par des victimes.

Sophie Dupont a créé sa page Facebook après... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 1.0

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Sophie Dupont a créé sa page Facebook après qu'un enfant de son entourage eut été victime d'un agresseur. 

Le Soleil, Yan Doublet

Sophie Dupont, qui avait lancé sa croisade après qu'un enfant de son entourage eut été victime d'un agresseur dont la famille ignorait les antécédents, a aujourd'hui plus de 14 000 membres à sa page «Registre public des délinquants sexuels au Québec», qu'elle met à jour avec une coadministratrice, Annick Pouliot.

Jusqu'à maintenant, on y répertorie 225 personnes accusées ou trouvées coupables de crimes à caractère sexuel sur des personnes mineures avec articles de journaux et photos à l'appui. En plus de suivre l'actualité, Mme Dupont rassemble aussi des articles publiés avant la naissance de sa page.

«Je reçois une vingtaine de dénonciations par semaine, mais c'est uniquement moi qui fais les publications sur la page, car je vérifie tout et je m'assure que tout est véridique, que ce n'est pas du ouï-dire. Dès que l'enquête préliminaire de l'accusé est faite, je publie», explique celle qui travaille comme secrétaire juridique et a donc des connaissances en matière légale.

«Je sais que je ne peux pas publier le nom de l'accusé quand la victime est un parent proche pour ne pas permettre d'identifier la victime. Également, quand une personne est acquittée, je retire les articles la concernant et les photos de mon site. Jusqu'à maintenant, ce n'est arrivé qu'une seule fois, cependant», indique Mme Dupont.

Elle avoue également ne pas tout publier. «Par exemple, quand il est question de gestes posés dans le cadre d'une relation amoureuse et que la victime a 17 ans, je suis plus prudente et j'attends toujours que l'accusé reçoive sa sentence. Je sais la tête que j'avais à 16, 17 ans et on est plus conscient des choses à cet âge-là.»

La femme jure n'avoir jamais été accusée de quoi que ce soit ou menacée de poursuites en raison de ses activités. «Je fais les publications moi-même, car je souhaite éviter qu'un de mes membres soit poursuivi», explique celle qui dit passer une trentaine d'heures par semaine à faire la mise à jour et la modération de la page.

Mieux qu'une carte

Sophie Dupont considère que son initiative est meilleure que celle de certains médias qui publient des cartes interactives des endroits où résident des personnes trouvées coupables de crimes sexuels. 

«Je ne donne jamais les adresses des accusés, je ne mentionne que le quartier ou, parfois, la rue. Autrement, ça peut déclencher des chasses aux sorcières où tout le monde se met à soupçonner tout le monde dans un secteur donné. Je préfère publier la photo. Comme ça, on sait vraiment de qui il s'agit.»

Elle rappelle du même souffle les gestes posés par le Néo-Écossais Stephen Marshall, qui avait assassiné deux Américains après avoir trouvé leurs adresses dans le registre des délinquants sexuels de l'État du Maine. «Je ne le fais pas dans un but de vengeance, mais dans un but de prévention. Et je n'ai jamais entendu dire qu'un de mes membres avait attaqué un pédophile», affirme la mère de famille.

Par contre, Mme Dupont assure que plusieurs personnes l'ont remerciée parce qu'elles avaient appris grâce à sa page qu'un de leurs voisins ou un de leurs proches avaient des antécédents de crimes sexuels sur des mineurs. «Ces parents peuvent maintenant dire à leurs enfants d'éviter ces personnes, qui sont souvent des récidivistes et qui sont trop souvent comme des loups dans la bergerie.»

Nouvelle charge cet automne

Après avoir vu sa pétition de 62 500 noms demandant que soit rendu public le registre des délinquants sexuels au Québec demeurer lettre morte, Sophie Dupont reviendra à la charge cet automne en déposant la même demande au nouveau gouvernement canadien qui entrera en fonction après l'élection du 19 octobre.

«J'ai beau avoir créé moi-même un registre, mais ce serait tellement plus complet et tellement mieux si c'était le gouvernement qui s'en chargeait plutôt qu'une simple citoyenne!» lance la mère de famille, qui aurait aimé que le Québec imite l'Alberta et le Manitoba, deux provinces qui possèdent leur propre registre des délinquants sexuels et l'ont rendu public.

En 2007, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique du Québec, Jacques Dupuis, avait rejeté cette possibilité en invoquant le fait qu'aux États-Unis des gens avaient assassiné des agresseurs à partir d'informations prises sur le registre public. 

Oeil pour oeil

«Est-ce que nous voulons, au Canada, encourager le "oeil pour oeil, dent pour dent"? Je ne prête pas de mauvaises intentions à personne, mais c'est le grand danger. Les risques que les gens décident de se faire justice eux-mêmes sont très grands», avait-il déclaré à l'époque. 

Sophie Dupont se prépare donc à faire la même demande au gouvernement du Canada, ayant préparé sur sa page Facebook une lettre qui sera envoyée au futur premier ministre et à deux futurs ministres pour réclamer la publication du registre, mais aussi d'autres modifications à la loi.

«Nous voudrions bien sûr des peines plus sévères pour ceux qui sont trouvés coupables de crimes sexuels sur des mineurs, car les peines minimales de

45 jours ne sont pas suffisantes. Il faudrait aussi abolir les délais de prescription pour tous les types de délits sexuels dont les victimes sont mineures. Par exemple, un non-lieu est prononcé lorsqu'un homme se masturbe devant un enfant et que l'enfant n'a pas dénoncé son agresseur dans les six mois suivant le crime», explique-t-elle.

Jusqu'à maintenant, plus de 700 personnes ont appuyé la lettre sur la page Facebook de Mme Dupont, qui devrait être expédiée à Ottawa le 20 septembre.

Quelques chiffres

14 000

Nombre (approximatif) de membres de la page Facebook

225

Nombre de personnes accusées ou trouvées coupables de crimes à caractère sexuel répertoriées sur

la page Facebook

62 500

Nombre de signataires de la pétition demandant que le registre des délinquants sexuels au Québec soit rendu public

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