Drame de Valcartier: soins et indemnité recommandés pour les ex-cadets

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La bâtisse où est survenue l'explosion, le 30 juillet 1974, ne présentait aucune trace de dégâts, à l'extérieur.

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(Québec) Les victimes du drame de Valcartier où six cadets ont trouvé la mort en 1974 dans l'explosion d'une grenade ont été traitées de façon inéquitable par rapport aux militaires affectés par les événements, conclut l'ombudsman de la Défense nationale, Gary Walbourne, dans un rapport attendu. Ottawa a immédiatement réagi à ses recommandations en promettant des soins médicaux et une indemnisation pour réparer l'injustice datant de plus de 40 ans.

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Sur cette photo de 1974, expert en munitions tient une grenade M61 telle que celle qui a tué les six cadets de Valcartier.

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M. Walbourne est sans équivoque. «On aurait dû en faire davantage», écrit-il 41 ans après la tragédie qui a coûté la vie à six jeunes âgés de 14 et 15 ans. Le 30 juillet 1974, une grenade active, qui se trouvait par mégarde dans un lot d'explosifs inoffensifs destinés à une démonstration lors d'un cours donné à un groupe de cadets de la base militaire de Valcartier, a explosé. Des dizaines d'autres adolescents ont été blessés tant physiquement que psychologiquement. 

Sur place se trouvaient aussi des instructeurs de la Force régulière et des réservistes. Contrairement aux cadets qui ne jouissent pas du statut de militaire au Canada, ces derniers ont reçu des indemnités et d'autres avantages sociaux pour leurs blessures. Une situation que l'ombudsman juge inacceptable même s'il admet que la Défense et les Forces canadiennes n'ont peut-être pas volontairement placé les cadets dans un vide juridique. «Leur manque flagrant de considération pour les jeunes dont ils étaient responsables est inexcusable», affirme Gary Walbourne. 

«Il est contraire aux principes d'équité d'offrir de l'aide, des indemnités et des avantages à un groupe de personnes tout en en ignorant un autre», poursuit l'ombudsman qui recommande que le ministère offre immédiatement des évaluations à toutes les personnes qui affirment avoir subi des effets négatifs ou permanents à la suite de l'incident «afin de déterminer les soins de santé physique et psychologique requis et, en fonction de ces évaluations, finance un régime de soins raisonnable».

De plus, M. Walbourne estime dans son document de 23 pages que le gouvernement doit, selon les évaluations des besoins à long terme de ces victimes, leur accorder une indemnité financière immédiate et raisonnable qui cadre avec la jurisprudence dans des situations similaires. 

Il promet finalement de réaliser un examen indépendant sur l'organisation des cadets au Canada afin de déterminer tout problème d'iniquité. Parce que si un nouveau drame comme celui de 1974 survenait aujourd'hui, les cadets seraient toujours laissés de côté.

Réaction immédiate de la Défense 

Le ministre de la Défense avait déjà laissé entendre le 17 juillet dernier, en marge d'un événement au quartier général de la Réserve navale sur la rue Dalhousie, à Québec, qu'il exaucerait les voeux des victimes et de l'ombudsman. «S'il faut donner plus d'aide et de soins à ces personnes-là, on va le faire», avait affirmé Jason Kenney. Dans un communiqué transmis peu de temps après le dévoilement du rapport, il réitère qu'il accepte toutes ses recommandations. «Au nom du gouvernement du Canada, je regrette les conséquences que l'évènement a occasionnées pour les victimes et leur famille», déclare également le ministre qui ajoute qu'Ottawa aurait pu en faire davantage. 

De son côté, le vice-chef d'état-major de la Défense, le lieutenant-général Guy Thibault, indique qu'il s'efforcera de communiquer immédiatement avec toutes les personnes touchées par le drame. Il les invite aussi à les joindre par l'intermédiaire d'une ligne téléphonique ou une adresse courriel qui devrait être en fonction d'ici la fin de la semaine. 

En entrevue téléphonique, Gary Walbourne se réjouit de la promptitude du gouvernement. «Ils avaient un plan en place dès aujourd'hui», souligne-t-il. Le chien de garde de la Défense assure toutefois qu'il ne baissera pas la garde et veillera à ce que le Ministère livre la marchandise promise. 

Les victimes satisfaites

«Je crois que je vais mieux dormir ce soir», lance Charles Gutta au bout du fil, un sourire dans la voix. Celui qui était adjudant maître de la compagnie D du camp des cadets a travaillé fort au cours des dernières années pour que justice soit rendue à ses «petits bonhommes». «Je suis très heureux, je ne m'attendais pas à ça», ajoute celui qui ne pensait pas que l'ombudsman irait aussi loin dans son rapport ni qu'Ottawa y répondrait de façon favorable si rapidement.  

L'auteur du livre As You Were: The Tragedy at Valcartier et lui-même victime, Gerry Fostaty, est également satisfait du dénouement qu'il qualifie d'«étape importante». Il se dit toutefois un peu nerveux puisque les promesses du ministre surviennent à quelques mois des élections fédérales. «Va-t-il vraiment les tenir?» questionne celui qui craint que le tout soit relégué aux oubliettes. 

Une crainte que partage la députée néo-démocrate de Portneuf-Jacques-Cartier, Élaine Michaud. «L'évaluation des besoins des victimes n'est qu'une première étape», fait-elle remarquer. L'élue compte s'assurer que les ex-cadets aient véritablement accès à l'aide et aux indemnisations promises.

Des excuses officielles?

Les victimes du drame de Valcartier réclamaient des excuses officielles de la part du gouvernement. Or, ni l'ombudsman ni le ministère de la Défense n'en font mention dans leur communication de mardi. 

Pour le premier, la réaction d'Ottawa fait foi d'un mea culpa. «Il y a des excuses là», soutient Gary Walbourne au sujet du communiqué transmis par le bureau de Jason Kenney. Au nom du Canada, ce dernier dit regretter «les conséquences que l'évènement a occasionnées pour les victimes et leur famille. [...] L'examen mené par l'ombudsman confirme que l'on aurait pu faire davantage», poursuit-il. «Je regrette qu'il ait fallu 41 ans pour en reconnaître officiellement les effets et pour nous pencher franchement sur eux», énonce-t-il un peu plus loin. 

M. Walbourne croit également que s'il avait précisément demandé au ministre de s'excuser, la réponse n'aurait pas été sincère. Une réflexion partagée par l'auteur du livre As You Were: The Tragedy at Valcartier, Gerry Fostaty. «Ce n'est pas une déception pour moi», dit celui qui appuie la «décision stratégique» de l'ombudsman. Il soupçonne le gouvernement de vouloir réserver ses excuses à un moment plus propice. Charles Gutta, qui a mis en oeuvre le processus menant à l'enquête, rappelle qu'il est très rare que le Canada s'excuse officiellement. «On va attendre», dit l'ancien adjudant-maître de la compagnie D du camp des cadets qui qualifie de «revers» l'hypothèse selon laquelle le gouvernement ne s'exécute jamais.

Un policier de la Sûreté du Québec photographie... (Archives Le Soleil) - image 3.0

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Un policier de la Sûreté du Québec photographie des couvertures qui ont servi à l'évacuation des blessés.

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Une commission d'enquête traumatisante

Au lendemain de l'explosion d'une grenade au camp des cadets de la base militaire de Valcartier faisant six morts, c'est le branle-bas de combat. Dans la foulée, les Forces canadiennes déclenchent une commission d'enquête où tous les jeunes présents lors des événements sont convoqués. Or, l'expérience a été si éprouvante pour certains d'entre eux que l'ombudsman conclut dans son rapport que «la détresse causée par l'accident a été immédiatement aggravée». 

«L'approche de la commission d'enquête menée par la commission d'enquête militaire était une façon inappropriée de traiter des jeunes garçons et a laissé plusieurs cadets se sentant responsables, affolés et davantage traumatisés», écrit Gary Walbourne. 

Par exemple, d'ex-cadets ont raconté avoir été escorté par un officier de police armé jusqu'à un bunker souterrain avant d'être interrogés puis enjoints de se taire. Ce lieu «intimidant» et le secret entourant l'interrogatoire auraient constitué une source de stress pour les jeunes qui n'avaient pas le droit de partager avec leurs compagnons ce qu'ils avaient vécu. Une des victimes a même senti qu'il était tenu injustement responsable des événements tant le ton était grave et les questions suggestives. 

Extraits du rapport de l'ombudsman

«De nombreux cadets affectés par l'explosion de la grenade en 1974 ont subi des blessures à long terme qui ont transformé leur vie, sans recevoir d'indemnité ou de traitement adéquat.»

 «La législation en vigueur en 1974 a peut-être limité les recours possibles, mais cela ne dégage pas le ministère de la Défense et les Forces canadiennes de leur responsabilité envers les enfants dont ils avaient la garde. On aurait dû en faire davantage.»

 «De nombreuses personnes interrogées ont affirmé que leurs parents n'avaient pas fait de réclamation à l'État en leur nom parce qu'ils n'avaient pas les connaissances ou les moyens financiers pour affronter la "grosse machine gouvernementale". Ainsi, durant de nombreuses années, ils ont eu l'impression que leur seule option était de souffrir en silence.»

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