Mais où sont passés les vélos volés?

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Grosso modo, ce sont un peu plus de 500 bicyclettes qui tombent annuellement entre les mains de malfaiteurs dans la Capitale-Nationale.

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(Québec) Le nombre de vélos rapportés volés à la police à Québec a augmenté de 37 % en 2014 par rapport à 2013, où 395 bicyclettes avaient été dérobées. Il s'agit d'un retour à la normale puisque grosso modo, ce sont un peu plus de 500 bicyclettes qui tombent annuellement entre les mains de malfaiteurs dans la Capitale-Nationale. Mais ces données officielles ne représenteraient que la pointe de l'iceberg.

Entre 2010 et 2014, les chiffres sont sensiblement les mêmes sauf en 2010 où un record de 763 vélos se sont volatilisés, révèlent des chiffres obtenus par Le Soleil en vertu de la Loi d'accès à l'information. À l'inverse, 2013 semble avoir été moins faste pour les voleurs qui se sont approprié illégalement 394 véhicules sur deux roues. La porte-parole du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Marie-Ève Painchaud, ne peut expliquer les variations d'une année à l'autre.

En revanche, il est facile de comprendre pourquoi c'est dans la Cité-Limoilou qu'il y a toujours plus d'infractions déclarées en lien avec le vol de bicyclettes qu'ailleurs. «La densité de la population y est plus importante», fait valoir Mme Painchaud. Par exemple, l'an dernier, plus de la moitié des vélos partis en fumée l'ont été dans le coeur de la ville. L'arrondissement de Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge représente le deuxième secteur préféré des cambrioleurs avec environ entre 15 et 20 % des vols qui y sont commis chaque année. Charlesbourg arrive bonne troisième à ce malheureux palmarès du SPVQ.

Ce dernier ne refléterait qu'une partie du problème, selon les différents intervenants consultés par Le Soleil. À Montréal, le corps policier enregistre annuellement quatre fois plus de vols qu'à Québec, soit environ 2000. Mais il faudrait multiplier par dix ce chiffre pour avoir l'heure juste, selon les différents reportages consacrés à la question depuis quelques années.

Le porte-parole du SPVQ, Pierre Poirier, est incapable de quantifier le phénomène, mais convient que comme dans la métropole, les chiffres officiels ne dressent probablement pas le portrait d'ensemble. De plus, chaque année, son service se retrouve avec un bon nombre de vélos, mais il est souvent difficile de savoir s'ils ont été volés ou simplement abandonnés puisqu'ils ne sont pas tous burinés ou déclarés subtilisés à la police. Ce ne sont donc qu'un certain nombre, encore une fois impossible à chiffrer au SPVQ, qui sont retournés à leur propriétaire.

Peu de réclamations

Au Bureau d'assurance du Canada, la conseillère en affaires publiques Caroline Phémius indique qu'il y a peu de réclamations en lien avec le vol de bicyclettes par rapport à ce que représenterait le fléau dans la province. Pour en donner une mesure, elle évoque une étude effectuée en 2010 par l'Université McGill révélant que dans la métropole, 51 % des cyclistes s'étaient déjà fait dérober leur moyen de transport. Et si peu de cyclistes se tournent vers leurs assureurs, c'est que la franchise de 500 $ exigée correspond à un montant très souvent supérieur à la valeur du bien disparu, souligne Mme Phémius.

Mais où se retrouvent toutes ces bicyclettes? Mystère. «Sur le marché noir, chez un regrattier [pawnshop], dans les petites annonces», avance Pierre Poirier du SPVQ. À sa connaissance, aucun réseau organisé ne sévirait dans la région même s'il peut arriver qu'un individu soit arrêté en possession de plusieurs vélos volés. Les brigands agiraient soit par opportunité ou repérage, explique l'agent. Dans le premier cas, ils s'emparent simplement d'une bicyclette mal ou pas verrouillée pour se déplacer d'un point A à un point B et souvent, l'abandonnent sur place. Dans le second, ils repèrent des vélos de plus grande valeur et attendent le bon moment pour s'en emparer et le revendre, au grand dam de leurs propriétaires.

Le propriétaire des boutiques Instant Comptant, Sébastien Rouleau, affirme de son côté qu'il est extrêmement difficile pour un voleur de revendre de la marchandise chez lui grâce aux nombreuses mesures de sécurité. La personne doit notamment montrer des pièces d'identité, être photographiée, répondre à des questions sur l'achat. Puis, la liste des biens acquis en magasin au cours de la semaine est transmise à la police pour des vérifications. Les bicyclettes repeintes, sans numéro de série ou sans marque sont également refusées.

Mais malgré ces précautions, environ cinq ou six vélos sont saisis par la police chaque année dans ses magasins. «Ça arrive qu'ils nous passent entre les mains», se désole M. Rouleau. Et si un cycliste retrouve son vélo dans une boutique, il devra le payer pour repartir avec. «C'est sûr que ça fait suer la personne», reconnaît le propriétaire. Il dit cependant ne pas avoir le choix puisque la personne lésée doit poursuivre le voleur et non le magasin.

Les réseaux sociaux pour retrouver sa bicyclette

À l'instar de Montréal, les cyclistes de Québec ont aussi leur page Facebook pour annoncer le vol de leur moyen de transport. Depuis 2013, l'initiative Vélo Volé Montréal a rassemblé plus de 3200 membres tandis que celle de la Capitale-Nationale n'en compte que 191.

La page Vélo Volé Québec n'est pas pour autant moins active puisqu'on apprend par exemple que le 1er juillet, un homme s'est fait voler son Giant qui était «barré-attaché» devant l'épicerie Métro de la rue Saint-Joseph. «Le pas de classe a coupé le cadenas», dénonce le malheureux propriétaire. Mi-juin, un autre publie des photos de deux hommes qui se tiennent sur le parvis de l'église Saint-Roch et qui se seraient emparés, selon lui, de son véhicule sur deux roues. D'autres abonnés relatent des vols commis à Lévis, Beauport et dans le secteur de Saint-Sauveur.

Des cyclistes utilisent également les petites annonces comme lesPAC ou Kijiji pour avertir d'éventuels acheteurs de ne pas se procurer tel ou tel modèle de vélo - le leur - puisqu'il a été volé. Certains ont même retrouvé leur bien grâce à des internautes vigilants! La page www.velocalisateur.com cartographie de son côté l'endroit où les cyclistes ont vu pour la dernière fois leur bicyclette avant que celle-ci disparaisse. Mais cet outil n'avait qu'un adepte à Québec la dernière fois que Le Soleil l'a consulté.

Quelques conseils

Les cadenas en «U» dispendieux sont les plus sécuritaires

Des tests réalisés par les magazines Protégez-vous et Vélo Magrévèlent sans grande surprise que les cadenas en «U» sont les plus sécuritaires. Mais attention, ils ne se valent pas tous et ce sont les modèles à plus de 70 $ qui sont primés. En bas de ce prix, ils peuvent être cassés dans l'espace d'une minute.

Il faut attacher le vélo, pas seulement la roue

Les voleurs n'auront aucune difficulté à partir avec votre vélo si celui-ci n'est attaché que par la roue d'en avant, très facile à dévisser. Il faut ainsi verrouiller le cadre et au moins une des roues et, de préférence, sur un poteau bien ancré au sol. Il faut aussi «remplir» le cadenas en évitant de laisser des espaces qui permettent de manier un outil.

Prenez ses «empreintes digitales»

Notez le numéro de série de votre vélo qui est en fait son empreinte digitale, il s'agit de la preuve que la bicyclette vous appartient. Les marchands l'écrivent souvent sur la facture, sinon il est possible de le retrouver sous la boîte du pédalier. Il est aussi conseillé de l'enregistrer auprès d'un registre comme Vélo Retour. 

Faites buriner votre vélo

Lorsqu'un vélo est buriné, il devient difficile pour un receleur de le revendre puisqu'il porte un signe distinct qu'il vous appartient. Le procédé consiste à inscrite sur votre bicyclette un numéro, de permis de conduire ou d'assurance maladie par exemple, qui est par la suite enregistré dans les fichiers centraux des services de police. Il devient ensuite facile de repérer le propriétaire, peu importe où le véhicule sur deux roues est retrouvé au Québec.

Évitez de rendre votre vélo alléchant

En le laissant longtemps à la vue des malfaiteurs, vous leur facilitez la tâche. Si vous devez laisser votre bicyclette dehors sur une longue période, déplacez-le de temps à autre. Si vous décidez de garder votre vélo à l'intérieur, arrangez-vous pour qu'il ne soit pas visible de l'extérieur, par exemple devant une fenêtre. Vaut mieux ne pas tenter le diable. Annie Mathieu

Ces conseils sont tirés de la revue Protégez-vous, publiée en juin 2014

Pression des prix à la hausse

Les boutiques de vélos sont aux premières loges lorsque surviennent des vols. Depuis quelques années, plusieurs d'entre elles ont constaté qu'elles font de moins en moins d'évaluations pour le remplacement de bicyclettes, mais le montant de celles-ci a augmenté considérablement en raison de la popularité grandissante du sport sur deux roues et des modèles plus performants.

Chez Performance Bégin à Saint-Augustin-de-Desmaures, le propriétaire, Stéphane Bégin, devait faire une cinquantaine d'évaluations par année pour des clients qui s'étaient fait voler leur vélo et qui voulaient le réclamer aux assurances. Mais depuis quelques saisons, il n'en fait plus qu'une dizaine. Idem pour son collègue Robert Fournel, de chez Fournel Bicycles à Charlesbourg, qui constate qu'il y a moins de réclamations, mais que celles-ci sont plus élevées.

Moins d'évaluations

La copropriétaire de chez Demers Bicyclette et skis de fond dans Limoilou, Claudia Roy, parle quant à elle d'une diminution de 80 % des évaluations qu'elle attribue essentiellement aux compagnies d'assurance qui ne font désormais affaire qu'avec certains commerces. «Il y a dix ans, c'était monsieur et madame Tout-le-monde qui faisaient des réclamations pour des hybrides valant 500-600 $. Maintenant, c'est plus des gros vélos à 2000 $-3000 $», témoigne-t-elle.

Dans le même quartier, Philippe Desgagnés de chez Mathieu Performance a pour sa part remarqué une tendance alarmante. «Beaucoup de gens se font voler à l'intérieur de leurs condos ou de leur tour d'appartements», se désole-t-il. Selon lui, ce sont des «milieux de gamme» qui sont surtout dérobés, soit des bicyclettes dont le prix varie entre 700 $ et 1500 $.

Tous constatent en parallèle une augmentation des ventes de cadenas dispendieux. «Les gens sont plus conscients des risques», se réjouit Mme Roy.

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