Délit de fuite mortel: les proches de la victime souffrent des reports

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Le palais de justice de Québec

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(Québec) Le système judiciaire, lourd et lent, met à rude épreuve les nerfs des familles des victimes. Quand les reports s'accumulent, la désillusion s'installe. Et la peine perdure.

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«Je n'ai rien vu», a continuellement répété Valérie Tremblay au cours de son interrogatoire.

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La victime, Sébastien Dubé

Les parents et les soeurs de Sébastien Dubé, de Beauport, attendent depuis plus de quatre ans que la responsable de la mort de leur proche soit punie.

Le 7 mai 2011, Sébastien Dubé, 37 ans, marchait sur la 46e Rue Est à Charlesbourg après avoir fêté avec des amis dans un bar. L'infirmière auxiliaire Valérie Tremblay, 25 ans, qui sortait du même établissement, l'a happé avec sa voiture et a pris la fuite, après s'être arrêtée brièvement. Sébastien Dubé est décédé de ses multiples blessures trois semaines après la collision.

Après avoir voulu, à deux reprises, reconnaître sa culpabilité, la jeune femme a finalement été trouvée coupable en mai dernier de délit de fuite causant la mort.

La juge Chantale Pelletier devait entendre lundi matin les observations des procureurs afin de déterminer la peine appropriée pour la conductrice fautive.

Comme à toutes les étapes, les parents et les soeurs de Sébastien Dubé sont assis dans la première rangée, attentifs. Ils ont vite été déçus.

Valérie Tremblay, aujourd'hui âgée de 29 ans, est enceinte de six mois et attend des jumeaux. Son avocate, Me Sylvie Côte, a expliqué, billet du médecin à la main, que sa cliente avait une grossesse à risque. Après une récente hospitalisation, le médecin recommande le repos complet et, surtout, d'éviter le stress.

L'avocate de la défense a demandé à ce que les observations sur la peine soient reportées après l'accouchement, prévu le 28 octobre. «Ma cliente a des enfants à naître qui n'ont rien à voir là-dedans», a fait valoir Me Côte.

Le procureur de la Couronne Me Jean-Philippe Robitaille, qui avait d'abord consenti au report, a retiré son consentement, soulignant la faiblesse, comme preuve, du billet du médecin, non daté et difficilement lisible.

Désabusés par le système judiciaire, affectés eux aussi par le stress des procédures, les proches de Sébastien Dubé en viennent à croire que l'infirmière auxiliaire étire le dossier, a indiqué Me Robitaille. «Ils en viennent à douter, à être suspicieux, et je ne peux pas leur en vouloir de l'être», a dit le procureur de la Couronne.

Pour dissiper les doutes, la juge Pelletier a ordonné que la défense fournisse une preuve plus solide de l'état de santé de l'infirmière auxiliaire. Si elle est satisfaite par les informations, la juge acceptera de reporter la cause de plusieurs mois. «Je ne suis pas insensible au fait que la famille de la victime trouve ça difficile, a précisé la juge Pelletier. Le processus judiciaire a été plus long, trop long.»

En sortant de la salle d'audience, l'une des soeurs de Sébastien Dubé a éclaté en sanglots. Les parents et l'autre soeur n'en menaient pas beaucoup plus large en écoutant le procureur de la Couronne leur résumer la procédure.

Ils sont tous repartis, le visage défait et les yeux rougis.

Souffrances énormes

Pour la criminologue réputée Jo-Anne Wemmers de l'Université de Montréal, spécialisée en victimologie, il est clair que les victimes indirectes que sont les membres de la famille souffrent énormément durant le processus judiciaire. 

«Pendant que le dossier juridique n'est pas encore terminé, elles ne peuvent pas tourner la page et travailler sur leur propre guérison, écrit Mme Wemmers dans un échange de courriels. De plus, elles sont généralement exclues du processus pénal, ce qui est une source de frustration et d'incompréhension pour les victimes.»

N'ayant pas le statut de victime ni de témoin, les proches manquent souvent d'information sur les procédures juridiques, note-t-elle.

Les Centres d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) aident les familles des victimes. Le soutien est toutefois à court terme, constate la criminologue. Par manque de ressources financières, les CAVAC ne font pas toujours d'accompagnement à la cour.

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