Crise de la légionellose: les victimes veulent «faire réfléchir» la Santé publique

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Me Jean-Pierre Ménard, l'avocat au dossier, était accompagné de la demanderesse, Solange Allen, qui a perdu son mari Claude Desjardins dans l'épidémie.

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(Québec) Les victimes de l'épidémie de légionellose qui a éclaté à Québec à l'été 2012 demandent entre 4 et 6 millions $ en réparation. Mais bien au-delà de l'argent, elles cherchent à «faire réfléchir» la Santé publique, afin qu'elle soit plus «agressive» lorsque surviendra une prochaine épidémie, quelle qu'elle soit.

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La dizaine de victimes présentes lors de la conférence de presse disaient rechercher davantage de la reconnaissance et de l'empathie.

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Les mots sont de Solange Allen, celle qui est à la tête du recours collectif déposé en Cour supérieure mercredi. «Ça aurait jamais dû se produire [l'épidémie], c'est ça qui est fâchant», a-t-elle lancé en conférence de presse jeudi matin. «Il y a beaucoup de monde qui ont pris ça à la légère, ce qui se passait», souligne celle qui a perdu Claude Desjardins, celui avec qui elle était mariée depuis 41 ans. Il pensait avoir attrapé la grippe le 12 août, mais il est finalement mort de la légionellose le 19 août 2012.

«On ne fait pas ces recours-là pour la sympathie des personnes. On fait ces recours-là quand on pense qu'on a des bases juridiques pour le faire»

Me Jean-Pierre Ménard
L'avocat au dossier

À ses côtés, Me Jean-Pierre Ménard, qui portera la cause des 181 personnes qui ont contracté la maladie, et les proches des 14 qui en sont décédées. Il soutient toutefois que ce n'est pas la colère des victimes qui l'a motivé. «On ne fait pas ces recours-là pour la sympathie des personnes. On fait ces recours-là quand on pense qu'on a des bases juridiques pour le faire», affirme-t-il, disant avoir confiance de l'emporter. 

Le recours collectif vise large en poursuivant la Santé publique - aujourd'hui le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux (CIUSS) de la Capitale-Nationale -, le Dr François Desbiens, directeur régional de santé publique, le procureur général du Québec et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), propriétaire de la tour de refroidissement de place Jacques-Cartier, qui a causé l'épidémie. 

Grosso modo, le recours formule trois reproches aux autorités, a exposé Me Ménard : la préparation inadéquate à l'épidémie, la mauvaise gestion de la crise et l'information insuffisante transmise à la population. «Chaque jour compte», dans une telle épidémie, alors que «pendant un mois, à l'aveuglette, on a cherché les tours [de refroidissement]», souligne Me Ménard. 

«C'est la combinaison de tout ça qui fait qu'on a eu une épidémie d'une ampleur et d'une durée qui, malheureusement, classe Québec parmi les pires cas d'éclosion de la légionellose dans l'histoire moderne», a exposé l'avocat. 

Plaies encore vives

Une dizaine de victimes ou de proches de victimes décédées de la légionellose étaient présentes à la conférence de presse. Elles tenaient à saluer le travail de Mme Allen et à partager leur peine et leur incompréhension, encore vives. 

Le recours collectif demande une compensation de 125 000 $ pour les conjoints survivants, pour les douleurs et le stress subi, de même que 30 000 $ pour chacun des héritiers du défunt. On demande également 50 000 $ pour chaque personne ayant contracté la maladie et 10 000 $ pour leurs aidants naturels. 

Mais plus que les montants d'argent, qui ne pourront jamais, de toute façon, compenser pour la perte des êtres chers, les victimes présentes aimeraient que les autorités reconnaissent leur faute. «La pilule ne passera pas, jamais», a lancé Brigitte Arbour, qui a dû se résoudre à débrancher sa mère, atteinte de légionellose. «J'aurais aimé ça, avoir un peu d'empathie de la Santé publique [...] j'ai ben plus senti une arrogance», raconte quant à elle MmeAllen. 

Le recours collectif sera étudié par la cour le 26 août. MeMénard a confiance que le processus ne s'étirera pas en longueur. «Les recours collectifs qui durent 10, 15 ans, c'est fini, ça», affirme-t-il.

Tours de refroidissement: un dernier règlement à appliquer

Le Québec a connu quelques cas isolés de légionellose depuis trois ans, mais aucune épidémie comme celle de la ville de Québec en 2012. «Les propriétaires de bâtiments sont maintenant conscients de l'obligation d'entretenir leur tour de refroidissement», estime Sylvain Lamothe, porte-parole de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ).

De nouveaux règlements ont fait leur apparition depuis la crise. Il en manque toutefois un à faire appliquer. M. Lamothe explique que d'ici 2016, la RBQ devrait être en mesure de recevoir dans une base de données tous les résultats des tests d'eau des tours de refroidissement québécoises.

Jusqu'à présent, on se fie à la bonne foi du propriétaire de l'immeuble, qui doit obligatoirement aviser la RBQ et la Santé publique si son test dépasse les seuils de bactéries tolérés. «Oui, il y a eu quelques dépassements de seuils ces dernières années, mais les gens ont coopéré et ont fait traiter leur eau. On n'a pas distribué d'amende. On n'a pas eu à aller jusque là», soutient M. Lamothe.

Un registre

Depuis 2013, la RBQ possède un registre des tours de refroidissement, qui répertorie à ce jour 2130 installations.

Depuis l'an dernier, les propriétaires de ce type de système de climatisation, qui se trouvent davantage en milieu urbain, doivent également faire analyser la qualité de leur eau chaque mois par un laboratoire certifié.

Du côté du CIUSS de la Capitale-Nationale, on s'est fait avare de commentaires, jeudi, étant donné le recours collectif qui pèse contre l'organisme. Mais si une telle épidémie survenait cet été? «C'est sûr qu'on est mieux outillés aujourd'hui pour faire face à une telle crise», répond René Bouchard, porte-parole.

Même réserve à la CSQ, qui est toujours propriétaire de la tour de refroidissement qui avait causé l'épidémie en 2012. «On suit les procédures d'entretien qui sont demandées, et on en fait même plus», soutient l'attachée de presse Christine Marceau.

Rappelons que la légionelle est une bactérie qui prolifère dans les eaux stagnantes et chaudes, comme celles des chauffe-eau, des spas, des fontaines décoratives et des tours de refroidissement à l'eau. Elle peut infecter les humains lorsqu'elle est projetée dans de fines particules d'eau qui sont inhalées.

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