Enquête publique sur le juge Girouard: échange de drogue ou de papier?

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(Québec) C'est indéniablement une transaction de drogue qu'a fait le juge Michel Girouard, deux semaines avant sa nomination à la magistrature, allègue l'avocate indépendante Me Marie Cossette, qui estime que la destitution est la seule issue possible. La défense continue de nier vigoureusement tout échange illicite.

La dernière manche de l'enquête publique du Conseil canadien de la magistrature sur la conduite du juge de la Cour supérieure, en poste en Abitibi, s'est jouée lundi au palais de justice de Québec.

L'avocate indépendante Me Marie Cossette, spécialisée dans les commissions d'enquête, a mis l'accent sur le noeud du problème, soit l'échange du 17 septembre 2010 entre Me Michel Girouard et son client, le trafiquant de drogue Yvon Lamontagne, arrêté et condamné pour trafic de marijuana dans la foulée de l'opération Écrevisse.

Sur les images de la caméra de surveillance du club vidéo de Lamontagne, sans son, on voit l'avocat Girouard placer des billets sous le sous-main du bureau. Lamontagne glisse un petit objet vers l'avocat, qui le prend de manière tout aussi subreptice et l'empoche, sans le regarder.

Après analyse de la vidéo par des policiers experts, il est clair, dit Me Cossette, que c'est un petit sachet de couleur blanche, enroulé dans un fameux Post-it, que Lamontagne a remis à son avocat Michel Girouard.

L'explication du trafiquant à savoir que ce qu'il avait dans ses poches était des comprimés antidouleur ne tient pas la route, ajoute Me Cossette. Pas plus que son autre réponse à savoir que ce qu'il glisse vers l'avocat est un simple état de compte pour des films impayés, dit-elle.

D'autant plus, ajoute l'avocate indépendante, que Michel Girouard a eu une explication tout à fait différente au sujet du fameux Post-it. Le juge Girouard a témoigné devant le Conseil canadien de la magistrature que le Post-it était une note écrite par Lamontagne pour renseigner son avocat sur un litige fiscal en cours. «Si c'était bel et bien la note qu'il attendait, je m'étonne qu'il n'ait pas regardé les informations, dans un contexte où il y avait urgence», soulève Me Cossette.

Trop d'inexactitudes

L'avocate indépendante «voudrait croire» les explications du juge Girouard, mais son témoignage est truffé de trop d'inexactitudes, estime-t-elle. Et même son excellente réputation ne vient pas rendre impossible une consommation de drogue, ajoute-t-elle.

Si le comité d'enquête est convaincu qu'il est en présence d'une transaction de drogue, il n'a d'autre choix que de recommander la destitution du juge Girouard, a conclu Me Marie Cossette.

Dans une plaidoirie enflammée, les deux avocats du juge ont martelé qu'il n'y avait pas de preuve claire et convaincante contre leur client. «Seulement des doutes, des suspicions, des malaises», insiste Me Louis Masson. «Tout notre droit est fondé sur la preuve, pas sur le raboudinage de coïncidences», ajoute Me Gérald R. Tremblay, sous le regard intense du juge Girouard.

L'opération Écrevisse, l'une des plus importantes au Québec, n'a jamais permis de démontrer qu'Yvon Lamontagne a fait du trafic de cocaïne, ont insisté les avocats du juge, et le détenu a juré sous serment qu'il n'avait jamais négocié de cocaïne avec l'avocat Michel Girouard ni avec quiconque.

L'échange filmé le 17 septembre 2010 n'est qu'un simple transfert de documentation, martèlent les avocats. «Quoi qu'il soit écrit sur le Post-it, ce qui compte, c'est que ce sont des papiers qui ont été échangés et non de la drogue, lance, tonitruant, Me Gérald R. Tremblay. L'avocat Girouard n'est pas un consommateur de cocaïne, pourquoi en achèterait-il?»

Les avocats du juge ont voulu démolir la prétention des policiers à savoir que dans les quatre conversations téléphoniques entre Michel Girouard et Yvon Lamontagne, le mot film servait à désigner une commande de stupéfiants. «Il n'y en a pas de code, s'emporte Me Tremblay. Si vous viviez à Val-d'Or, vous loueriez des films tous les jours vous aussi!»

Le président du comité d'enquête, le juge en chef du Manitoba Richard Chartier, a promis que ses collègues et lui allaient rendre une décision rapide, sans donner toutefois d'échéancier.

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