Lu Chan Khuong: une bâtonnière avec un programme de ministre

Élue pour deux ans plutôt qu'une seule année,... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Élue pour deux ans plutôt qu'une seule année, Lu Chan Khuong estime que son mandat plus long lui donnera davantage de force de persuasion.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) La ministre de la Justice et ses fonctionnaires n'ont qu'à bien se tenir: la nouvelle bâtonnière élue du Barreau du Québec Me Lu Chan Khuong s'annonce comme une incontournable. «Je veux être la porte-parole de la justice!» Rien de moins.

Pétillante dans sa petite robe turquoise, l'avocate de 45 ans arrive au rendez-vous pile à l'heure. Le pas décidé dans ses escarpins orangés, elle se prête de bonne grâce aux demandes du photographe.

Son horaire est réglé au quart de tour depuis son élection, nous avait prévenus le service des communications du Barreau. Lu Chan Khuong, intarissable et souriante, balaie les contraintes de temps du revers de la main.

Vieille routière du Barreau, où elle s'implique depuis 2002, Lu Chan Khuong s'est présentée comme celle qui allait secouer le prunier de l'ordre professionnel vieux de 150 ans.

Elle veut baisser la cotisation des membres (qui atteint 3000 $ par année), ramener la couverture d'assurance professionnelle de 10 à 2 millions $, mettre la hache dans les dépenses plus accessoires, diminuer le salaire du bâtonnier.

Il faut croire que les 25 500 membres avaient le goût d'un électrochoc. Me Khuong l'a emporté avec 63 % des suffrages devant un collègue montréalais, Me Luc Deshaies.

Pas moins de 45 % des avocats se sont exprimés lors du scrutin électronique, dont 56 % des avocats de Québec, château-fort de Lu Chan Khuong, qui oeuvre, avec son conjoint Marc Bellemare, à la défense des accidentés de la route et des victimes d'actes criminels confrontés aux tribunaux administratifs.

Comme une pro de la politique

Lu Chan Khuong a mené sa campagne au bâtonnat comme une vraie pro de la politique, avec des alliés partout en province. Elle a des expressions qui rappellent les politiciens. «C'est un mandat solide! Le message est clair et je vais livrer.»

Dotée d'une énergie qui semble inépuisable, l'avocate, mère de deux adolescents, a fait du pointage pour inciter les gens à voter, laissant des messages sur les répondeurs de bureau même en pleine nuit.

Avant la campagne, elle a consulté des mentors comme les ex-ministres de la Justice Bertrand St-Arnaud, Linda Goupil, l'ex des Finances Yves Séguin ainsi que l'ancien premier ministre Lucien Bouchard.

Et son mari? La question agace l'avocate, qui éclate d'un rire bref. «Me Bellemare et moi sommes deux personnes totalement autonomes, je me suis toujours arrangée par moi-même», tranche-t-elle.

Avec un changement aux règles de gouvernance du Barreau, Me Khuong a été élue comme bâtonnière pour deux ans plutôt qu'une seule année, avec une possibilité de renouvellement. Un mandat plus long qui lui donnera plus de force de persuasion, croit-elle. «J'ose croire que ce n'était pas le cas, mais quand le bâtonnier plaidait aux différents intervenants du gouvernement, on pouvait se dire qu'on allait attendre 12 mois sans trop le rencontrer, soumet Me Khuong. Là, ils vont être pris avec moi plus longtemps.»

Avec un programme politique digne de celui d'une ministre, la bâtonnière a beaucoup de clous sur lesquels cogner. Il faut absolument injecter plus de fonds dans ce système de justice «sous-financé», juge-t-elle, «parce qu'il n'est pas électoralement payant».

La justice québécoise peine à sortir de l'âge de pierre sur le plan informatique. «On a un gros changement qui s'en vient en janvier avec le nouveau code de procédure civile et les juges en chef me disent qu'ils n'ont même pas les moyens informatiques de communiquer efficacement la preuve», fait-elle remarquer.

Sans oublier, rappelle-t-elle, qu'on manque encore de juges, de greffières. Le système d'aide juridique a paru s'être amélioré, avec une hausse des seuils d'admissibilité, mais les tarifs versés aux avocats ne couvrent même pas encore leurs frais, dit Me Khuong.

«Prendre l'air avec la bâtonnière»

La bâtonnière veut rendre la justice plus accessible aux citoyens, d'abord par l'éducation des jeunes dans les écoles et de la population en général. «Ça revient à la bâtonnière d'être porte-parole de la justice, de démystifier le système judiciaire, estime-t-elle. Il faut que les gens comprennent, ce sont nos règles qu'on s'est données pour vivre en société.

Elle a même déjà trouvé le nom de ses futures promenades-rencontres avec les citoyens : «Venez prendre l'air avec la bâtonnière!»

Elle militera pour des crédits d'impôt pour les frais juridiques, pour faire connaître l'assurance juridique et pour convaincre ses collègues d'assouplir leurs modes de facturation. «Le taux horaire est de moins en moins accessible pour beaucoup de citoyens, dit la bâtonnière. Les gens veulent savoir dès le début comment ça va leur coûter.»

Il est urgent d'agir, car la tendance actuelle à la hausse des citoyens qui se représentent seuls devant les tribunaux est inquiétante, juge-t-elle. «Il y a beaucoup plus de risques, car les gens ne savent pas les conséquences d'un jugement.»

Les citoyens auraient intérêt, croit-elle, à se faire conseiller avant d'entrer dans toute salle d'audience, même aux petites créances de la Cour du Québec, qui accepte maintenant les litiges plus complexes, jusqu'à 15 000 $.

«C'est comme aller chez le dentiste, illustre la bâtonnière. Des fois on a peur d'aller chez le dentiste, mais quand on en ressort, on est très contents d'y être allés.»

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Sortir les cas problèmes

À l'origine, le terme de bâtonnier désignait celui qui tenait le bâton pour sanctionner les avocats délinquants. Mais aujourd'hui, le bâtonnier se tient loin du processus disciplinaire, laissant cette tâche au syndic et au conseil de discipline. À la Maison du Barreau à Montréal, le bureau de Me Khuong est au sixième étage tandis que celui du Syndic est au cinquième. Ce qui ne veut pas dire que la bâtonnière ne se préoccupe pas de la question. «Il y a 2 % de mes 25 500 membres qui sont problématiques, mais ce sont eux qui donnent une mauvaise image de la profession, fait-elle remarquer. Je vous le dis, je vais travailler pour sortir ceux qui ne respectent pas notre code de déontologie. Aux autres, je vais donner toutes les ressources pour qu'ils puissent aider la société.»

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Encore l'indépendance des juges

Tout comme son conjoint Marc Bellemare, dont les allégations ont été à l'origine de la commission Bastarache sur le processus de nomination des juges, Me Lu Chan Khuong continue de taper sur le clou de l'indépendance des juges, des tribunaux administratifs, dans son cas. «La plupart des causes en justice administrative opposent le citoyen au gouvernement, avec souvent des montants d'argent considérables en jeu, fait valoir la bâtonnière élue. Un juge, à la fin de son contrat de cinq ans, c'est le gouvernement qui décide s'il va renouveler son contrat. Je ne dis pas qu'ils sont influencés, mais pourquoi ne pas leur donner cette paix d'esprit et leur dire: "Peu importe la décision que vous allez prendre, votre poste est assuré".»

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Lu Chan Khuong en quelques dates

1970: naissance au Cambodge. Elle émigre au Canada avec ses parents à l'âge de huit ans.

2000: avocate chez Bellemare & associés

2003: diplômée de l'Université Laval (MBA en administration). Elle a aussi, un bac en droit et un autre en finance.

2003-07: enseignante à l'École du Barreau

2006-07: présidente du Jeune Barreau du Québec

2010-11: bâtonnière de Québec

2014: vice-présidente (finances) Barreau du Québec

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