Exclusif

Meurtre du couple Servant-Vallée: un deuil encore difficile après 20 ans

Le fils des victimes, Jimmy Vallée, conserve cette... (PHOTO FOURNIE PAR JIMMY VALLÉE)

Agrandir

Le fils des victimes, Jimmy Vallée, conserve cette photo de ses parents, Claudette Servant et Victorien Vallée, dans son porte-monnaie depuis 20 ans. Pour la première fois, il l'a retirée pour Le Soleil.

PHOTO FOURNIE PAR JIMMY VALLÉE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Johanne Fournier

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sainte-Anne-des-Monts) Pour les proches de Claudette Servant et Victorien Vallée, dont les meurtres n'ont jamais été résolus en 20 ans, la douleur est encore vive, surtout que le ou les assassins courent toujours. Leur deuil est d'autant plus difficile à faire parce que ce crime sordide, survenu dans une petite communauté de la Haute-Gaspésie en 1995, n'a jamais été élucidé. Récit d'une famille marquée par l'incompréhensible et qui continue à espérer obtenir, un jour, des réponses à leurs questions.

Le fils des victimes, Jimmy Vallée, ouvre son porte-monnaie et regarde, comme chaque jour, la photo de ses parents. Il tente d'exprimer ce qu'il ressent, mais les sanglots étouffent ses mots. L'homme de 52 ans pleure. Un interminable silence s'installe. «Je pourrai jamais les oublier», laisse-t-il tomber difficilement, les syllabes saccadées par de profonds soupirs. «Parler de ça, c'est difficile.» À la vue de son paternel aussi éprouvé par l'émotion, le petit-fils des victimes, Jean-Philippe, vient à la rescousse en disant : «C'est pas un sujet dont on parle tous les jours!» Pour le frère de l'homme assassiné, ce n'est pas plus facile. «Même après 20 ans, on fait pas notre deuil, surtout à cause de la manière dont ils sont morts», continue Normand Vallée.

La belle-fille des victimes ajoute : «On parle souvent d'eux autres, mais on pense pas toujours à ce qui leur est arrivé parce que c'est trop dur», raconte Sylvie Haché. «Jamais qu'on va les oublier. On peut pas. Ils font partie de nous autres.»

La dame a perdu son père récemment. Il est décédé d'un cancer foudroyant. Mais, pour elle, ce n'est pas le même genre de deuil, puisque son décès n'est pas dû, comme elle le dit, à la méchanceté de quelqu'un. «Le cancer, ça peut arriver à n'importe qui», fait-elle remarquer. «Mais ça, c'est quelque chose qui ne se peut quasiment pas! Comment tu peux faire ça?»

Pourquoi est-ce arrivé à ses parents, se demande Jimmy Vallée. «C'est peut-être quelqu'un avec qui il a été trop bon? Papa, il disait jamais non.» Normand Vallée continue à espérer que les policiers trouvent qui a commis ce crime. «J'espère que ce sera avant que je meure», dit-il. «Ce serait la plus grande joie. Pourquoi ils en trouvent d'autres, puis pas celui-là?» L'homme de 74 ans s'est fait dire qu'il en manquait bien peu comme éléments de preuve. «Des fois, ça prend peut-être juste un indice», croit Mme Haché. Celle-ci ne croit pas au crime parfait. «Il y a toujours une faille quelque part, estime-t-elle. Il faut la trouver! Dans l'auto, il devait y avoir des cheveux, des empreintes?»

Un tel drame stigmatise une famille. Comme le ou les auteurs de ce double meurtre sont toujours en liberté, la peur et la crainte s'installent. Dans les jours qui ont suivi, Jimmy Vallée et sa famille allaient dormir ailleurs que dans leur maison, située non loin des lieux du drame. «Il n'était pas question de laisser les enfants jouer dehors», se souvient aussi Sylvie Haché. Leurs portes sont fermées à clé à longueur de journée. Ils ont fait installer un système d'alarme. Même chose pour leur oncle Normand. «J'ai du poivre de Cayenne», indique Jimmy Vallée.

La méfiance demeure

Comme on soupçonne que le ou les assassins sont des gens que les victimes connaissaient, la méfiance demeure. «On a perdu des contacts parce qu'on sait pas c'est qui la personne qui a fait ça», explique Jimmy Vallée. «On rencontre des personnes dont on se méfie. On n'ose pas aller leur parler.»

Le petit-fils du couple Servant-Vallée profite de la présence du Soleil pour s'adresser à la ou les personnes qui vivent avec le secret. «Si vous avez un peu d'humanité, libérez-vous», implore Jean-Philippe Vallée. «À la personne qui pense tout le temps à ça et qui aimerait se libérer la conscience, parlez.»

À la Sûreté du Québec, on assure la famille que le dossier est toujours ouvert et actif. «Ce qu'on espère, c'est que quelqu'un va parler», souhaite lui aussi l'agent d'information Claude Doiron. «C'est sûr que quelqu'un sait quelque chose, quelque part, ne serait-ce qu'une petite information, un petit détail qui pourrait nous aider à faire progresser l'enquête. On espère, autant que la famille, trouver le ou les coupables.» D'ailleurs, toute personne qui croit posséder une information liée à cette affaire est priée de communiquer en toute confidentialité au 1 800 659-4264 ou de consulter le site www.crimesnonresolus.com.

Le mystère plane toujours sur le double homicide

Le vendredi 29 mai marque un bien triste anniversaire, surtout pour la population de la Haute-Gaspésie. Il y a 20 ans, Claudette Servant et Victorien Vallée, un couple du secteur de Tourelle, à Sainte-Anne-des-Monts, étaient portés disparus. Un mois plus tard, leur corps était retrouvé. Ils avaient été assassinés. Depuis, le mystère entourant ce double meurtre n'a jamais été percé.

L'avant-veille de leur disparition, Normand Vallée s'était rendu chez son frère Victorien. «Il était en train de racler», se souvient-il. «J'ai essayé de lui parler, mais il m'a dit qu'il avait pas le temps. Il avait pas l'air à "filer", mais il m'a dit que ça allait bien.» Au même moment, le fils des victimes, Jimmy Vallée, a lui aussi remarqué que son père était pensif. «Il avait peut-être eu des menaces?» se demande-t-il, encore fortement éprouvé par ce drame. «Il m'en a pas parlé peut-être parce qu'il voulait pas me mêler à ça?»

Le lundi matin, Jimmy Vallée, qui travaillait pour l'entreprise familiale, s'est inquiété de l'absence de son père. À 9h, il s'est rendu à la résidence de ses parents. Il a remarqué que le cadre de la porte arrière avait été forcé. Il a vu du sang et les lunettes cassées de son père. Le porte-monnaie était resté sur les lieux, avec son contenu. La voiture n'était plus au garage. La grande porte était restée ouverte. L'homme a alors rapporté la disparition de ses parents à la police.

La Sûreté du Québec a demandé l'aide du public pour l'assister dans ses recherches. Le jour même, sur l'heure du dîner, l'auto était retrouvée dans un chemin peu fréquenté, à proximité du havre de pêche de l'endroit. Elle était vide. Le coffre était maculé de sang. «Il y avait une empreinte d'une main en sang sur le dessus de la valise», raconte un bénévole qui avait participé à la battue et qui désire garder l'anonymat.

Un mois plus tard, soit le 30 juin 1995, des pêcheurs ont retrouvé les corps de Mme Servant et de M. Vallée dans un ruisseau peu profond de Cap-au-Renard, à 19 kilomètres de leur résidence. Selon la police, ils auraient été jetés d'un pont qui enjambe le ruisseau. Dans son rapport d'autopsie, le coroner Benoît Parrot révèle qu'ils sont morts de projectiles d'arme à feu tirés à la tête.

Enquête relancée

Le 28 janvier 2004, soit près de neuf ans plus tard, 14 enquêteurs de la Sûreté du Québec relancent le dossier, après avoir découvert de nouveaux indices et saisi une camionnette qui aurait pu servir au crime. Depuis, plus personne n'a entendu parler de l'enquête. La police confirme que le dossier de ce meurtre non résolu est toujours ouvert. «Les enquêteurs espèrent avoir de nouvelles informations qui pourraient peut-être leur permettre de relier toutes les pièces du casse-tête», fait savoir le sergent Claude Doiron.

Ex-enseignant de soudage au secondaire, Victorien Vallée exploitait une entreprise de rénovation résidentielle. Sa femme, Claudette Servant, lui prêtait main-forte dans l'entreprise, en plus d'occuper un emploi à temps partiel dans un magasin d'articles de sport. Le couple, qui était bien vu dans sa communauté, avait trois enfants.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer