Accident mortel dans un lit d'arrêt de Charlevoix: les glissières ont servi de «tremplin»

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Les photos de la scène d'accident prouvent que le véhicule s'est élancé dans le vide, accrochant à peine le dernier muret en béton, et qu'il s'est écrasé cabine première dans le précipice.

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(Québec) L'enquête publique sur le décès du camionneur Yann Turnbull-Charbonneau, dont le véhicule est tombé au bout du lit d'arrêt de Petite-Rivière-Saint-François, le 3 septembre 2013, a débuté jeudi au palais de justice de Québec. Le reconstitutionniste de la Sûreté du Québec appelé à la barre a déjà fait ressortir plusieurs défauts d'aménagement qui pourraient expliquer la triste finale de l'accident.

La coroner Andrée Kronström a lancé les travaux qui permettront de comprendre pourquoi et comment le camion aux couleurs de Pompage Provincial s'est retrouvé dans le lit d'arrêt en ce mardi suivant la fête du Travail. Me Kronström veut aussi cerner les raisons pour lesquelles le véhicule ne s'est pas arrêté comme attendu. Elle formulera des recommandations pour éviter la répétition de pareil drame.

Rappelons qu'en 2010, un autre camionneur a miraculeusement survécu à un accident semblable. Il viendra d'ailleurs témoigner de son expérience.

Hier, le reconstitutionniste de la SQ Yves Brière a été le premier à livrer ses observations. Grâce aux traces laissées par les pneus sur la rue Principale, qui relie la route 138 au village de Petite-Rivière-Saint-François, le policier a confirmé que le camion de Yann Turnbull-Charbonneau a empiété dans la voie inverse pour éviter un autobus scolaire, puis est revenu dans sa voie pour gagner le lit d'arrêt à une vitesse de 153 km/h.

Il en est ressorti rapidement et en état de déséquilibre. Sur une distance de 67 mètres, les roues gauches du camion ont en effet empiété sur la voie de desserte asphaltée pendant que les roues droites roulaient dans la pierre concassée. Le véhicule a ensuite réintégré le lit d'arrêt pour aller frapper en plein centre les barils atténuateurs d'impact, remplis eux aussi de pierre concassée.

M. Turnbull-Charbonneau  a par la suite percuté des glissières en béton temporaires de type New Jersey, comme on peut en voir sur les chantiers routiers, lesquelles étaient assises sur des blocs de bois plutôt que fixées au sol. Le policier a expliqué qu'elles ont servi de «tremplin», de «rampe de lancement» pour le camion au lieu de l'arrêter.

Les photos de la scène d'accident prouvent en effet que le véhicule s'est élancé dans le vide, à une vitesse établie à 61 km/h, accrochant à peine le dernier muret en béton armé. Puis il s'est écrasé cabine première dans le précipice, accrochant des fils électriques au passage.

Plusieurs témoins ont indiqué hier, devant la coroner et dans les couloirs du palais de justice, que les dommages à cet ultime muret remontaient à l'accident de 2010, que le ministère des Transports du Québec (MTQ) ne l'avait pas réparé avant la répétition de 2013.

Depuis, un muret temporaire a aussi été érigé à gauche du lit d'arrêt - il y en avait déjà un à droite. Le MTQ a décidé d'en faire un ouvrage permanent cet été. Il ajoutera des filets d'acier pour freiner les camions. La signalisation a déjà été améliorée.

Analyses toxicologiques

Les rapports médicaux, déposés en preuve et résumés par la coroner, ont établi que le conducteur de 32 ans était décédé des suites d'une fracture de la colonne cervicale et d'un polytraumatisme.

Des analyses toxicologiques ont également révélé des traces de cannabis dans son organisme. Steve Marenger, le beau-frère de la victime qui l'a côtoyé dans les jours précédant son décès, a confirmé jeudi qu'ils avaient fumé du cannabis ensemble. Il a présenté Yann comme un fumeur «occasionnel», mais surtout un bon travaillant, passionné par son métier.

«On ne peut rien tirer comme conclusion», a prévenu Me Kronström, en attente du témoignage d'un expert sur cette découverte.

La SQ a signalé qu'une inspection mécanique a permis de trouver trois défectuosités majeures et 27 mineures sur le camion. Elles seront détaillées plus tard.

Les données GPS du véhicule révèlent enfin que le camionneur n'a pas testé les freins tel que suggéré par les panneaux de signalisation avant d'amorcer la descente abrupte vers le village de Petite-Rivière-Saint-François.

Au début de 2014, la SQ avait attribué l'accident à «plusieurs facteurs humains» sans les détailler.

Une famille en quête de réponses

«C'est donc un beau monsieur.» C'est ce que Jean-Baptiste Bouchard a dit à sa femme Madeleine après s'être porté au secours du camionneur Yann Turnbull-Charbonneau, qui venait de s'écraser à proximité de la maison familiale et gémissait «ça fait mal, ça fait mal», prisonnier de ce qui allait devenir son tombeau. 

Quand M. Bouchard a prononcé cette phrase, la mère et la soeur du jeune homme décédé ont essuyé leurs larmes. 

Les deux femmes sont venues de l'Outaouais, région d'origine de M. Turnbull, pour assister à l'enquête publique. Elles assisteront à tous les travaux dans l'espoir d'obtenir des réponses à leurs questions. Des questions qui tournent beaucoup autour de l'efficacité du lit d'arrêt. «Pourquoi il n'a pas arrêté le camion?» demande Kathy Turnbull. 

Sa mère considère que Yann, «comme conducteur, il a fait ce qu'il avait à faire» en évitant l'autobus scolaire et en redirigeant son véhicule vers le lit d'arrêt. 

«J'espère qu'ils ne vont pas essayer de ressortir le côté négligence parce que c'était un gars qui prenait son travail à coeur», a insisté hier son beau-frère, Steve Marenger. 

M. Bouchard, témoin privilégié, car c'était la deuxième fois en trois ans qu'il voyait - ou plutôt entendait - atterrir un camion près de sa résidence située en contrebas du lit d'arrêt, est d'avis qu'il y a un problème d'aménagement. 

Ne pas «démoniser» les côtes

Selon lui, le lit d'arrêt est trop loin dans la pente. Et avec le développement rapide de Petite-Rivière-Saint-François et de son centre de ski, «des mastodontes comme ça, il n'a pas fini d'en descendre. Peu importe la vitesse, il faut trouver le moyen de les stopper», a-t-il fait valoir devant la coroner Andrée Kronström. 

Le maire du village, Gérald Maltais, croit que les dernières interventions du MTQ devraient «faire la job». Il a tout de même suggéré au gouvernement de refaire l'intersection avant le lit d'arrêt actuel et d'en ajouter un deuxième au besoin. À la lumière des informations révélées hier, il se demande toutefois s'il est possible d'arrêter un gros camion filant à 153 km/h. 

En fin de compte, le maire espère que l'enquête publique rassure la population et les visiteurs sur l'efficacité des mesures d'urgence pour les forts dénivelés de Charlevoix. «Nos côtes, il ne faut pas les démoniser», dit-il. 

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