Les coachs responsables de 5% des agressions sexuelles sur des ados

Les garçons seraient plus réticents que les filles... (Shutterstock, Monkey Business Images)

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Les garçons seraient plus réticents que les filles à parler des abus sexuels.

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(Québec) Une étude menée par une chercheuse de l'Université Laval révèle que pas moins de 5,3 % des adolescents québécois ayant subi des abus sexuels au cours de leur vie auraient été victimes de leur entraîneur sportif.

L'enquête, réalisée par la professeure Sylvie Parent, du Département d'éducation physique de l'Université Laval, a été menée auprès de 6450 adolescentes et adolescents de 14 à 17 ans issus de 34 écoles secondaires de la province. 

De ces 6450 jeunes sondés, 0,5 % (32) ont dit avoir été l'objet d'abus sexuels de la part d'un entraîneur. Si l'on considère que 10,2 % des adolescents rapportent avoir été victimes d'une agression sexuelle au cours de leur vie, les entraîneurs sportifs seraient donc responsables d'une agression sur 20, calcule la chercheuse.

Pas moins de 1,2 % (77) des adolescents interrogés ont dit avoir eu des contacts sexuels consentants avec leur entraîneur au cours des 12 mois précédant l'étude, et 0,4 % (26) ont rapporté avoir subi du harcèlement sexuel de la part de ce dernier.

Selon Sylvie Parent, ces résultats confirment l'hypothèse soulevée en 2010 dans une étude précédente (Toftegaard Nielsen), selon laquelle un nombre important de répondants perçoivent leurs contacts sexuels avec des entraîneurs comme des gestes consensuels plutôt qu'abusifs. 

«Ainsi, il est légitime de supposer que la prévalence de la violence sexuelle obtenue dans notre étude soit une sous-estimation du problème réel», note la professeure dans son rapport de recherche publié dans la revue Journal of Interpersonal Violence.

Plus de garçons que de filles

Contre toute attente, l'enquête de Sylvie Parent révèle que les garçons sont plus à risque que les filles de subir du harcèlement sexuel de la part de leur entraîneur et d'avoir des contacts sexuels consentants avec lui. 

«Ces résultats sont d'autant surprenants que ces situations sont considérées comme des abus sexuels en vertu du Code criminel, et que les études tendent à montrer que les filles subissent plus de violence sexuelle que les garçons dans le sport», écrit Mme Parent. 

Des chercheurs ont déjà avancé que le problème des abus sexuels dans le sport serait sous-estimé chez les garçons, et que cette sous-estimation pourrait être due à leur réticence à en parler, rapporte la professeure.

«Il est essentiel de repenser la façon dont nous formulons nos questions lors d'enquêtes sur la prévalence d'abus sexuels dans le sport  [...]. Il est aussi important de prêter une attention particulière à la façon d'interroger les garçons», croit-elle.

Mme Parent rappelle dans son étude que «les chercheurs sportifs conviennent qu'il y a une normalisation des comportements inappropriés dans le sport, particulièrement en ce qui concerne la violence sexuelle».

Un organisme pour prévenir les abus

La chercheuse Sylvie Parent souhaite qu'on crée au Québec ou au Canada une entité équivalente à l'organisation britannique Child Protection in Sport Unit (CPSU) pour prévenir les sévices sexuels commis par des entraîneurs.

«Ça fait longtemps que je demande ça», laisse tomber Mme Parent, qui a décidé de ne pas attendre les gouvernements et de monter, avec une équipe, «quelque chose pour soutenir les jeunes athlètes victimes d'abus sexuels». 

«C'est encore très embryonnaire, mais on espère pouvoir rendre ça public au début de 2016», précise la professeure au Département d'éducation physique de l'Université Laval.

Mme Parent s'explique encore mal les résultats de son étude. «On a besoin d'autres recherches sur le contexte particulier du sport pour comprendre. Pour l'instant, on ne peut que soulever des hypothèses» pour expliquer ces résultats, dit-elle.

«Pourquoi il semble y avoir une vulnérabilité particulière chez les garçons? Est-ce que c'est dû à une culture particulière, à un modus operandi chez les entraîneurs?» s'interroge Mme Parent.

«Les chiffres sont énormes! Jamais on n'accepterait ça de la part d'un professeur à l'école. Pourquoi ce serait différent dans un contexte sportif?» demande encore la professeure, selon qui la relation de proximité et de confiance entre un athlète et son entraîneur peut être propice aux abus. 

Déplacement à l'extérieur

«Et ils sont souvent en déplacement à l'extérieur...» ajoute Mme Parent, en citant le cas de l'entraîneur de ski Bertrand Charest, qui fait face à plusieurs accusations de nature sexuelle.

L'étude de Sylvie Parent ne fait pas de distinction entre les sports, qui sont pour l'instant tous à risque, selon la chercheuse. 

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