Enquête sur le juge Girouard: quatre conversations mises en preuve

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Le juge Michel Girouard

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) L'avocat en voie de devenir juge de la Cour supérieure Michel Girouard était-il un grand cinéphile? L'avocate indépendante à l'enquête publique du Conseil canadien de la magistrature croit plutôt que l'avocat a utilisé un langage codé pour commander de la drogue à un trafiquant.

En 2010, la Sûreté du Québec a intercepté 120 000 conversations d'écoute électronique pour son enquête Écrevisse sur un vaste réseau de vente de drogue en Abitibi.

Membre du réseau, le propriétaire d'un club vidéo de Val-d'Or, Yvon Lamontagne, a été mis sur écoute. Lamontagne a eu beau changer de téléphone cellulaire cinq fois, chaque ligne a été soigneusement écoutée par du personnel civil.

Sur le lot d'appels, quatre conversations entre Yvon Lamontagne et Michel Girouard ont été transférées aux enquêteurs car elles n'étaient pas couvertes par la confidentialité d'une relation avocat-client.

Plutôt que d'aller lui-même dans les rayons du club vidéo, Michel Girouard appelle à quatre reprises le propriétaire du club vidéo pour lui commander des films.

Sur l'une des conversations, le 24 avril 2010, on entend l'avocat Girouard dire à Yvon Lamontagne qu'il voudrait passer le voir car «ce soir, je voudrais écouter un bon vieux film, quelque chose qui n'est pas sorti, parce que j'ai tout écouté les autres». Le propriétaire du club vidéo rétorque qu'il va vérifier. «Mais je n'ai pas grand-chose de ben bon cette semaine», répond-il à Michel Girouard.

Plus tard cette journée-là, l'avocat Girouard rappelle son ami en lui proposant d'arrêter chez lui pour prendre «le film». Lamontagne accepte, disant qu'il ira chercher «le film» en même temps que des frites.

Lors d'un autre appel, Michel Girouard, qui se surnomme lui-même «Miguel», promet à Lamontagne de «ramener les deux films d'enfants».

Après analyse de la preuve, Me Marie Cossette prétend que ces quatre conversations entre l'avocat Girouard et le trafiquant de drogue étaient codées et en disaient plus que leur simple contenu. «Il y avait autre chose qui se tramait en parallèle que la relation avocat-client», résume Me Cossette.

Il est allégué que les journées où Yvon Lamontagne et Michel Girouard ont eu ces quatre conversations, des livraisons de stupéfiants, notamment de la cocaïne, ont été faites au commerce Lamontagne.

Les avocats du juge Girouard se sont opposés - en vain - à la diffusion des conversations captées grâce à l'écoute électronique. «Ce sont des conversations triviales, purement personnelles, où des gens se parlent avec un langage de camp de pêche», estime Me Louis Masson.

Le comité d'enquête du Conseil canadien de la magistrature, présidé par le juge en chef du Manitoba Richard Chartier, a rappelé que les procédures disciplinaires doivent se dérouler en public le plus possible.

Les conseils de «Michel»

Le comité d'enquête a aussi entendu une conversation captée par les policiers le jour de la frappe Écrevisse, le 6 octobre 2010. On peut entendre Denis Lefebvre et Yvon Lamontagne, encore sonnés par leur arrestation.

En parlant de l'intervention de leurs avocats, Lamontagne dira que «Michel ne sera pas là, mais il pourra donner des conseils».

Lefebvre rétorque que Michel Girouard devra vendre son bureau d'avocat puisqu'il a été nommé juge, une semaine avant la frappe. «T'as jamais vu un juge qui avait un bureau d'avocat», lance Lefebvre.

Des images vidéo, qui n'ont pas encore été diffusées à l'enquête publique, poussent les policiers à conclure qu'une transaction de drogue aurait eu lieu entre l'avocat Girouard et le trafiquant Lamontagne le 17 septembre 2010, deux semaines avant la nomination du magistrat. 

Le juge Michel Girouard a une tout autre version et c'est son droit le plus strict, ajoute Me Cossette. «Mais je ne crois pas sa version et je vais vous inciter à ne pas le croire», a résumé l'avocate indépendante aux membres du comité.

La tension grimpe

À la troisième journée d'une enquête publique prévue pour deux semaines, les esprits ont commencé à s'échauffer.

Les avocats du juge Girouard ont accusé l'avocate indépendante de manquer de transparence. «On prend le contexte général de l'immense opération Écrevisse pour tricoter des liens autour du chef 3 [celui où le juge Girouard est soupçonné d'avoir acheté de la drogue deux semaines avant sa nomination]», fulmine Me Gérald R. Tremblay.

Me Marie Cossette qu'il n'y a jamais eu de cachette. «Tout a été divulgué et tout est dans l'avis d'allégation», insiste l'avocate indépendante. 

Les avocats du juge de la Cour supérieure ont continué à multiplier les objections, interrompant fréquemment le témoignage de l'enquêteure responsable de l'écoute électronique pour le projet Écrevisse.

Le délateur qui a aidé à faire inculper Denis Lefebvre, Serge Pomerleau et Yves Denis devrait témoigner au cours des prochains jours.

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