Les policiers «tendent la main» aux manifestants

Manifestation contre l'austérité le 24 mars.... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Manifestation contre l'austérité le 24 mars.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Les policiers municipaux du Québec «tendent la main aux manifestants pour que les choses se passent dans l'ordre» lors des manifestations de ce printemps contre l'austérité. «Il n'y a pas de gagnants lorsque des protestations dégénèrent», disent-ils à l'unisson. Une sortie qui n'a pas attendri l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).

Dans un communiqué envoyé lundi, signé conjointement par la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ) et la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec (FPPVQ), les autorités tentent visiblement d'apaiser les tensions après les évènements de jeudi dernier devant l'Assemblée nationale, en marge du budget. Naomie Tremblay-Trudeau, étudiante au Cégep Garneau, a notamment été blessée au visage par un tir de gaz lacrymogène effectué à très courte distance par un policier du Service de police de la Ville de Québec.

«Soyons clairs : à chaque fois qu'un individu est blessé, que ce soit un manifestant ou un policier, c'est un événement triste. Il faut absolument éviter la confrontation entre policiers et manifestants», soutient Marc Richard, président de la FPPVQ.

En marge des manifestations de Québec la semaine dernière, dont une s'est soldée par l'arrestation de masse de 274 protestataires mardi, des manifestants ont dénoncé «la fin du droit de manifester» au Québec.

À ce sujet, les policiers ont tenu à assurer que leur objectif n'était pas de brimer les libertés fondamentales des individus. «Les policiers municipaux reconnaissent tous le droit de manifester, tel que le prévoit la Charte des droits et libertés de la personne», affirme Paulin Aubé, président de la FPMQ.

Ce dernier rappelle cependant que les forces policières ont «le devoir de s'assurer que le cadre légal» des rassemblements soit respecté, et ce, en vertu des différentes réglementations en vigueur dans les municipalités. À Québec, l'article 19.2 du règlement sur la paix et le bon ordre pose particulièrement problème et n'est pas reconnu par l'ensemble des citoyens qui prennent la rue. Il oblige les organisateurs à fournir un itinéraire avant chaque rassemblement. Plusieurs y voient un non-sens, et les policiers doivent alors composer avec des manifestations illégales au sens de la loi, puis d'y mettre un terme par diverses méthodes.

Respecter les règles

Mais peu importe qu'ils soient reconnus ou non, les policiers maintiennent dans leur missive que les règlements doivent être appliqués et exigent la collaboration de tous. «On tend aujourd'hui la main aux manifestants pour que les choses se passent dans l'ordre. En outre, je les invite à fournir leur itinéraire et à manifester à visage découvert. De plus, si un avis de dispersion devait être prononcé, je les invite à le respecter», demande le président de la FPMQ. «Il n'y a pas de gagnant lorsque des protestationsdégénèrent.»

Statu quo à l'ASSÉ

L'ASSÉ, qui organisait la manifestation du 26 mars dernier à Québec, n'a pas l'intention de changer ses pratiques malgré cette approche des policiers. «Quand ils parlent des règlements municipaux [itinéraire, visage découvert], on va continuer de les dénoncer. Tant le P-6 à Montréal que le 19.2 à Québec [...] Ça brime la liberté de manifester», a tranché Camille Godbout, porte-parole de l'ASSÉ.

Selon elle, il faut qu'il y ait un changement d'attitude des forces de l'ordre sur le terrain, et pas seulement par communiqué. «On veut voir le changement de direction et de cap. [...] C'est inacceptable qu'il y ait des gens continuellement blessés.»

La prochaine manifestation de l'ASSÉ est prévue le 2 avril à Montréal. Entre-temps, l'association étudiante encouragera les initiatives citoyennes pour dénoncer l'austérité - comme les marches nocturnes -, même celles sans itinéraire. «Le choix revient aux organisateurs», a souligné la porte-parole, répétant que son organisation ne changerait toutefois pas ses pratiques pour ses propres rassemblements.

Les policiers n'ont émis aucun autre commentaire, lundi, et n'ont pas accordé d'entrevue.

***

«Responsabilité partagée», dit Blais

Après le premier ministre Philippe Couillard la veille, le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, François Blais, a affirmé lundi que manifestants et policiers avaient «une responsabilité partagée» sur le bon déroulement des manifestations. Pareil constat s'applique concernant la blessure subie par Naomie Tremblay-Trudeau, jeudi dernier. «Du point de vue de l'intervention policière, il y a eu un problème. Je pense que ce n'est pas conforme à une intervention policière qui est correcte. Par ailleurs, je dis aux jeunes que [...] aller dans une manifestation où on ne donne pas notre itinéraire et où on pousse [ou s'approche trop près des policiers], c'est courir un danger car les policiers doivent se protéger», a dit le ministre en mêlée de presse à l'Assemblée nationale. Concernant le policier de Québec mis en cause, M. Blais croit que, normalement, il doit avoir reçu «une formation adéquate». 

***

Charles Scott-Simard rencontré

Dans un communiqué laconique diffusé lundi, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a fait savoir que Charles Scott-Simard, aussi connu sous le nom de matricule 3143, a été rencontré par son employeur à la suite de la manifestation du 26 mars devant l'Assemblée nationale. «Après chaque manifestation, il y a un debriefing», a indiqué François Moisan, porte-parole du SPVQ, précisant qu'il ne s'agissait pas d'une rencontre liée à un processus d'enquête interne. Le SPVQ est toujours à analyser les vidéos et les rapports de police entourant la blessure de Naomie Tremblay-Trudeau, ajoute la police municipale. «Le SPVQ tient à répéter que ses stratégies et opérations font constamment l'objet d'analyses détaillées dans une optique d'amélioration continue. L'événement de jeudi [...] ne fait pas exception.» 

***

Carlos Leitão chahuté

De petits groupes de manifestants ont perturbé l'allocution du ministre des Finances, Carlos Leitão, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, lundi, alors que celui-ci prononçait sa traditionnelle conférence d'après-budget. Une première manifestation a eu lieu à l'extérieur de l'hôtel où se tenait l'allocution. Un second groupe d'une douzaine de personnes a tenté de pénétrer dans la salle, mais ont été repoussées par le service de sécurité de l'hôtel. Un autre groupe avait déjà réussi à entrer dans la salle incognito, mais il a vite été évincé. La Presse Canadienne

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