Des scénarios à la Unité 9 pour les futurs agents correctionnels

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(Québec) «Heille le screw, t'es-tu encore endormi?» Les cris résonnent, et les portes des cellules sont rouées de coups. Non, vous n'êtes pas au coeur d'une prison à sécurité maximale. Plutôt dans l'aile M-34 de l'Institut universitaire en santé mentale de Québec, qui est, depuis le mois de janvier, le théâtre de formation des futurs agents correctionnels.

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C'est dans l'aile M-34 de l'Institut universitaire en santé mentale de Québec - l'ancien hôpital Robert-Giffard -, dans les cellules où étaient jadis enfermés les «fous», que les futurs agents correctionnels sont formés à faire face aux situations qu'ils vivront dans les pénitenciers et les centres de détention.

Images Le Soleil, Frédéric Matte

L'idée de ces mises en scène vient de Dany Simard, un ancien policier devenu enseignant à la formation continue du Cégep Garneau. «Je pense qu'en étant plongés dans des situations réelles comme ça, les étudiants vont retenir davantage la matière et ils vont devenir, au final, de meilleurs agents», soutient M. Simard.

Ne restait qu'à trouver l'endroit idéal. Les anciennes cellules où l'on enfermait, à une autre époque, les «fous» de l'hôpital Robert-Giffard se sont imposées d'elles-mêmes. «Cette aile était complètement désaffectée depuis quatre ans. Tout le monde a été conquis par le projet et a été très collaborateur, alors on a signé un bail ici», explique Annie Mercier, de la direction de la formation continue du Cégep Garneau.

Une première cohorte de l'attestation d'études collégiales d'agent correctionnel passe donc deux jours par semaine dans ce secteur de l'Institut, où, vêtus de leurs uniformes, ils font déjà très sérieux. Ces jeunes de 20 à 30 ans entreront en stage à la mi-avril. Certains d'entre eux ont déjà un emploi qui les attend à l'été ou à l'automne dans le milieu carcéral.

«C'est le moment de faire des erreurs, pour se pratiquer. Quand on va arriver à nos stages, on va déjà avoir eu une expérience», témoigne Florence Bouchard.

Lors de son passage au M-34, Le Soleil a pu assister à deux scénarios. Dans le premier, les deux prisonniers venaient d'être transférés et étaient très tapageurs, parce qu'ils avaient faim. Dans l'autre, un détenu était dans un état dépressif, menaçant de s'ouvrir les veines, tandis que son compagnon de cellule, visiblement atteint de troubles mentaux, le poussait à bout.

Discuter des solutions

Chaque étudiant a réagi différemment devant le problème et de retour au poste de contrôle, on s'exclamait et on argumentait à qui mieux mieux, pour tenter de comprendre ce qu'on aurait dû faire.

Une séance de débreffage en classe a suivi, où les acteurs, qui étaient ce jour-là de véritables agents correctionnels de plus de 15ans d'expérience, ont donné quelques conseils. «On ne prend pas des gens d'Hollywood, ça ne donnerait rien. On prend des gens qui vivent dans leur quotidien ces événements-là», souligne M. Simard. Les «performances» sont aussi filmées, pour que l'étudiant voie comment son non-verbal peut parfois parler pour lui.

Même si les cris, les insultes, les sacres et les gestes de violence étaient légion ce jour-là, on jure qu'on n'a rien exagéré et que ce qu'on fait vivre aux étudiants, ils le vivront toutes les semaines en milieu de travail.

L'enseignant prépare aussi les acteurs en les informant de la personnalité de chaque étudiant. Parce que c'est ce que font les prisonniers : ils tentent de connaître les gardiens pour les manipuler.

Sourire en coin, M. Simard laisse entendre qu'il s'amuse beaucoup à tester les nerfs de «ses jeunes». Comme cette fois où il a enfermé la moitié du groupe dans les cellules, tandis que l'autre moitié jouait les agents correctionnels, et vice versa. Une expérience que Youness Baimik, originaire du Maroc, a trouvé très formatrice. «Tout ce qui est une banalité dans la vie quotidienne peut devenir un privilège en détention. On parle d'un simple verre d'eau ou d'une couverture, c'est très important», a-t-il réalisé.

Vers une formation obligatoire?

Nul besoin d'avoir une attestation d'études collégiales comme agent correctionnel pour décrocher un emploi dans un milieu carcéral. Les prisons provinciales et fédérales recrutent d'anciens militaires, des agents de sécurité, même des universitaires pour occuper ces emplois. Elles leur donnent ensuite une formation de quelques semaines. «Sauf que le rôle de ceux qu'on appelait autrefois des gardiens de prison a passablement changé avec les années», soutient Dany Simard. On leur demande maintenant de faire de l'intervention sociale, d'être des coachs de réinsertion, tout en maintenant un statut d'autorité. Dans le programme d'un an et demi offert par le Cégep Garneau, les étudiants apprennent quelques notions de droit, de psychologie, de même que plusieurs techniques de fouille. «Avec les policiers, c'était la même chose. Dans les années 70, l'Institut de police n'était pas obligatoire. Mais les directeurs de police, les policiers en place ont vu toute la différence à partir du moment où on est arrivés avec des gens formés. Ça a fait en sorte que c'est devenu obligatoire. Je pense qu'inévitablement, ça va être ça», dans le milieu carcéral, dit l'enseignant.

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