Les soeurs Bélanger seraient mortes intoxiquées par un pesticide

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Les soeurs Noémi et Audrey Bélanger

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Johanne Fournier

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Le Soleil

(Rivière-du-Loup) Les soeurs Noémi et Audrey Bélanger, de Pohénégamook, au Bas-Saint-Laurent, seraient mortes intoxiquées par un pesticide, plus précisément la phosphine, conclut la coroner Renée Roussel dans son rapport rendu public lundi à Rivière-du-Loup.

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Pour Heléna, Carl et Linda Bélanger (la soeur et les parents des victimes), le rapport de la coroner confirme ce qu'ils ont toujours pensé.

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Pour les membres de la famille, dont plusieurs étaient présents à la divulgation publique du rapport, cela vient confirmer ce qu'ils ont toujours pensé. Bien qu'ils soient satisfaits du verdict, cela ne rend pas le deuil moins douloureux.

D'ailleurs, Carl Bélanger, le père des deux jeunes victimes du Témiscouata, a exprimé le souhait que ce soit la dernière fois qu'il doive accorder des entrevues aux journalistes. «Depuis le début, je vous dis que ce sont les pesticides, martèle-t-il. Toute la famille, on est à 100 % sûrs que ce sont les pesticides.» Du même souffle, il ajoute : «On va faire notre deuil ou on va apprendre à le faire. On va se dire que les filles ne seront jamais remplacées. Elles nous manquent énormément...»

Pour Linda et Carl Bélanger, les parents des deux jeunes femmes retrouvées mortes en Thaïlande en juin 2012, tout comme pour la fille qu'il leur reste, Heléna, le rapport de la coroner Roussel apporte des réponses. «On sait qu'il n'y a pas eu de marques de violence, pas de viol, pas de drogue et que l'alcool n'était pas en cause non plus, se réconforte Linda Bélanger, les yeux pleins d'eau. Elles n'ont pas été assassinées. Il y a des réponses rassurantes, comme parent.»

Mais elle ne pourra jamais oublier l'interminable attente, ni la comprendre, avant que les corps de leurs filles ne leur soient ramenés, sans compter qu'elle a appris leur décès par les médias, même si elles n'avaient pas encore été formellement identifiées. Pour elle, un mystère plane. «Elles sont décédées le 13 juin et ils n'ont pas ouvert la porte avant le 15, ne peut encore s'expliquer Mme Bélanger. Elles n'avaient payé que pour une nuit. Pourquoi ils n'ont pas ouvert la porte avant?»

Les parents ont visionné plus d'une fois les bandes vidéo des caméras de surveillance de l'hôtel où leurs filles ont trouvé la mort. La veille de leur décès, elles avaient fait la fête avec deux frères brésiliens rencontrés plus tôt. «Les Brésiliens vont souvent frapper à la porte, raconte Mme Bélanger. Ils demandent aux femmes de chambre si elles les ont vu passer, mais personne ne va ouvrir la porte.» Selon Carl Bélanger, les Brésiliens finissent par quitter l'hôtel. «Quinze minutes après, les gens de l'hôtel ouvrent la porte de la chambre», ajoute-t-il. Pour sa femme, c'est clair : «Ils ne voulaient pas avoir de témoins».

Pour le couple, il y aura toujours anguille sous roche. Pourquoi le pathologiste thaïlandais a conclu que leurs filles étaient mortes intoxiquées au DEET? «On sait que c'est pas mortel», rappelle Carl Bélanger.

M. et Mme Bélanger n'ont pas encore décidé s'ils entameront des poursuites judiciaires. «Poursuivre un pays à 22 heures de vol? s'interroge Carl Bélanger. On parle pas la langue. Puis, ça ne nous ramènera pas nos filles...»

La coroner Renée Roussel en vient à la... (Collaboration spéciale, Johanne Fournier) - image 2.0

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La coroner Renée Roussel en vient à la conclusion que les soeurs Audrey et Noémi Bélanger seraient mortes intoxiquées par un pesticide appelé «phosphine».

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Le rapport thaïlandais pourfendu

Les cadavres de Noémi et d'Audrey Bélanger ont fait l'objet d'une première autopsie réalisée à Bangkok, en Thaïlande, le 19 juin 2012. Le médecin légiste thaïlandais a conclu que les deux soeurs sont mortes d'une intoxication au diéthyltoluanime (DEET), un produit servant à éloigner les insectes piqueurs. La Dr Renée Roussel, du Bureau du coroner du Québec, rejette complètement ces résultats.

«Je ne suis pas d'accord avec la conclusion du médecin légiste de Bangkok quant à la substance en cause [...], car la concentration trouvée dans le sang et rapportée dans son rapport n'est pas du tout toxique et encore moins mortelle, énonce-t-elle avec fermeté. Elle correspond tout jute à ce qu'on retrouverait dans le sang d'une personne qui aurait tout simplement appliqué un insectifuge à base de ce produit sur la peau.»

Peu de suspects

Selon l'avis des toxicologues du Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal, peu de substances ont la capacité de tuer aussi rapidement en ne laissant aucune trace dans l'environnement ou dans l'organisme. «La phosphine fait partie de ce groupe restreint, fait savoir la Dr Renée Roussel, qui croit plutôt en cette cause. Elle tue tout ce qui vit, tout ce qui respire.» 

Le phosphure d'aluminium, aussi appelé «phosphine», serait utilisé dans des hôtels de certaines destinations touristiques afin d'éradiquer les punaises de lit.

Les résultats de l'autopsie

Les résultats des prélèvements réalisés sur les deux corps :

  • pas de médicaments;
  • pas de drogues;
  • pas d'alcool;
  • pas de métaux;
  • pas de produits volatils.

Un neuropathologiste a examiné le cerveau des deux jeunes femmes. «Il y a observé des lésions par manque d'oxygène, comparables à celles trouvées dans le cerveau d'humains et d'animaux ayant subi une exposition aiguë et avérée à la phosphine», spécifie la Dr Roussel. 

«Compte tenu de tous ces éléments, nous sommes convaincus que les décès d'Audrey et de Noémi Bélanger sont attribuables à une intoxication accidentelle [...] d'origine environnementale, probablement due à un insecticide, conclut la coroner. En l'occurrence, la phosphine est considérée comme la substance la plus probable.»

Cependant, le médecin souligne que la science ne permet pas de confirmer cette conclusion de façon formelle. «Nous y arriverons peut-être un jour si la recherche parvient à trouver un marqueur d'exposition à la phosphine», précise-t-elle.

Le douloureux aller simple de deux inséparables

Les soeurs Noémi et Audrey Bélanger étaient des inséparables, selon leur mère Linda. Le 18 mai 2012, elles s'envolent ensemble pour Bangkok en Thaïlande. Il s'agissait de leur premier voyage outre-mer ensemble... mais aussi de leur dernier. 

Noémi, 25 ans, venait de terminer sa première année en médecine dentaire à l'Université Laval, après avoir complété un baccalauréat en psychologie. Audrey, 20 ans, étudiait le cinéma dans la même université.

En 2012, elles planifient un voyage de presque cinq semaines en Thaïlande. Elles commencent leur périple en Asie du Sud-Est par une visite du Viêt Nam, pour ensuite se rendre en Thaïlande continentale. 

Elles entamaient la dernière partie de leur séjour lorsqu'elles débarquent, le 12 juin 2012 en matinée, sur l'archipel des îles Phi Phi, au coeur de la mer d'Andaman, dans l'océan Indien, dans le sud de la Thaïlande. Elles devaient terminer leur voyage en retournant vers Bangkok pour prendre l'avion qui devait les ramener à Québec.

Derniers témoins

Lors de leur arrivée sur les îles Phi Phi, elles louent et paient une chambre pour une nuit à l'hôtel Phi Phi Palms Residence. Le soir venu, elles sortent faire la fête sur la plage et dans les bars avec deux frères brésiliens qu'elles avaient rencontrés au Viêt Nam. Les deux jeunes hommes avaient loué une chambre dans le même hôtel. 

Ils seront les derniers à les avoir vues vivantes. Deux jours plus tard, Noémi et Audrey seront retrouvées inanimées dans la chambre qu'elles avaient louée.

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