Ahmed Abassi demande réparation au Canada

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«Pourquoi le Canada a dit à la planète entière que j'étais un terroriste? Pourquoi a-t-il conspiré contre moi? Quelles étaient ses preuves? Et c'est quoi mon avenir maintenant? Rien. Je n'ai plus rien devant moi» affirme l'ex-étudiant de l'Université Laval Ahmed Abassi.

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(Québec) Des excuses publiques, une compensation financière et le droit de terminer ses études. Ahmed Abassi, cet ex-étudiant de l'Université Laval arrêté par le FBI qui le soupçonnait d'avoir fomenté un complot terroriste, demande au Canada de lui redonner un semblant de vie après l'avoir détruite en le livrant sans raison aux États-Unis.

«Pourquoi le Canada a dit à la planète entière que j'étais un terroriste? Pourquoi a-t-il conspiré contre moi? Quelles étaient ses preuves? Et c'est quoi mon avenir maintenant? Rien. Je n'ai plus rien devant moi.» De sa Tunisie natale, où il a été déporté en septembre, le jeune homme de 28 ans veut laver sa réputation et, surtout, dire au monde entier qu'Ottawa l'a ciblé injustement alors qu'il n'était qu'un simple étudiant sans histoire. 

En janvier 2013, Ahmed Abassi était en Tunisie pour célébrer son mariage lorsqu'il a reçu un courriel du gouvernement du Canada lui indiquant que son dernier visa lui avait été délivré par erreur et que conséquemment, il est annulé. Pourtant, il mène selon lui une vie exemplaire dans son pays d'adoption. Il poursuit des études supérieures en génie chimique à l'Université Laval, il travaille pour un professeur, et paye son loyer et ses taxes comme il se doit. «Et j'ai toujours eu des très bonnes relations avec les Québécois», ajoute-t-il lors d'un long entretien sur Skype avec Le Soleil

Agent du FBI

Après avoir réclamé des explications et formulé une nouvelle demande de visa qui demeure sans réponse, il se rend à l'évidence et accepte l'invitation de son ami Tamer de se rendre aux États-Unis pour tenter des nouvelles démarches auprès de l'ambassade canadienne à New York afin de rejoindre sa femme de retour à Québec. Ce qu'il ne sait pas, c'est que Tamer est un agent du FBI introduit par une connaissance, le Montréalais Chiheb Esseghaier. Il ment aux douaniers en disant qu'il travaillera pour Tamer, et ce, afin d'obtenir le droit de rester aux États-Unis, une erreur qui lui coûtera cher. 

Lors de son séjour dans la Grosse Pomme, Tamer organise des nombreuses rencontres avec Chiheb Esseghaier, également sur place. Ce dernier souhaite qu'Ahmed Abassi se joigne à lui pour orchestrer un complot terroriste. «Ils auraient fait n'importe quoi pour que je dise oui parce que si j'avais accepté, j'aurais été immédiatement accusé de complot. Mais j'ai toujours refusé», assure le Tunisien. Il évoque ses nombreuses chicanes avec Esseghaier comme la preuve qu'il ne partageait pas ses vues. Ce dernier aurait même traité Abassi de «faux musulman» inutile à la cause. Tamer aussi lui pousse dans le dos, l'encourageant à dire oui pour faire taire son compatriote. 

Abassi est arrêté le 22 avril 2013 et accusé d'avoir fait de fausses déclarations dans le but de faciliter un acte terroriste international. Selon le FBI, c'est même lui qui aurait radicalisé Chiheb Esseghaier, accusé le même mois d'avoir fomenté un attentat contre un train de passagers de la compagnie VIA Rail et dont le procès se déroule présentement à Toronto. «C'était terrible, je suis resté emprisonné seul dans une cellule pendant cinq mois et je n'avais aucun contact avec ma famille ou mes amis.» En tout, il demeurera derrière les barreaux américains 17 mois pendant lesquels il clame son innocence. 

Accusations de terrorisme abandonnées

En juillet dernier, les accusations de terrorisme qui pesaient contre lui ont finalement été abandonnées, faute de preuves solides. Il a cependant plaidé coupable à des accusations réduites en matière d'immigration, ce qui lui a valu sa déportation en Tunisie. Les procureurs américains ont admis qu'Abassi a refusé de participer au complot présumé élaboré par Esseghaier, mais ont tout de même soutenu qu'il était «beaucoup plus dangereux» qu'un simple contrevenant. 

Dans les documents de détermination de la peine, les avocats d'Ahmed Abassi n'ont cependant pas nié que leur client avait exprimé des opinions radicales. «Tout ça, c'est une blague!» s'exclame-t-il lorsque questionné à ce sujet, ajoutant que c'est plutôt Tamer qui avait un discours extrémiste. Selon lui, le Canada et les États-Unis ont tout fait en leur pouvoir pour qu'il se fâche et complote contre eux. D'ailleurs, il est persuadé que c'est pour le pousser à bout qu'Ottawa ne lui a pas renouvelé son visa à la demande de ses voisins du Sud. Cet événement aurait constitué le déclencheur de sa haine envers l'Occident et de sa radicalisation de l'islam. «Pourquoi ont-ils fait ça?» questionne-t-il amèrement, ajoutant que trois ou quatre ministres canadiens ont dit à qui voulait les entendre qu'il était un dangereux terroriste qu'il fallait emprisonner.  

«Oui, j'ai gagné ma cause, mais maintenant qu'est-ce que je fais?» En Tunisie, le nom de sa famille est sali, dit-il. Malgré ses diplômes, personne ne veut l'embaucher. Ses parents et un de ses frères ont été très malades, il n'a plus un sou et ne peut terminer ses études pour cette raison. 

«Je demande au Canada de s'excuser publiquement. Et des simples excuses ne suffisent pas, il doit payer. Il doit aussi effacer mon nom de Google et ma photo. Finalement, je ne demande pas une résidence permanente, mais juste le droit de compléter mon doctorat», énumère Ahmed Abassi, qui ne s'avance pas sur le montant qu'il voudrait recevoir du gouvernement canadien en guise de compensation. Et s'il en avait les moyens, il irait même jusqu'à poursuivre le gouvernement canadien pour avoir détruit sa vie. 

En attendant, Ahmed Abassi veut partager son histoire qui pourrait, selon lui, nuire à la réputation du Canada à l'étranger et rebuter des futurs immigrants qui, comme lui, sont très qualifiés. Il met d'ailleurs en garde les autorités qui seraient tentées d'adopter le modèle américain où, selon lui, «tout est permis» même la construction de preuves. 

Ottawa a-t-il raison de renforcer les pouvoirs du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) pour faire la lutte au terrorisme? «Je vais dire comme Einstein : tout est relatif. Il faut absolument avoir des preuves solides. J'ai vu trop de gens innocents en prison», conclut-il.

Le dossier en 10 dates

2010: Ahmed Abassi immigre au Canada pour ses études en génie chimique à l'Université Laval. Au cours de la même année, il rencontre Chiheb Esseghaier par hasard. Les deux étudiants dans la vingtaine se côtoient «deux-trois heures, pas plus», selon Ahmed Abassi. 

Mars 2012: Le Tunisien tombe amoureux de sa future femme, une compatriote qui étudie aussi à l'Université Laval. 

Oct. 2012: Chiheb Esseghaier lui rend visite à Québec avec un «ami», Tamer, qui est en fait un agent du FBI.

Nov. 2012: Tamer, qui se présente comme un homme d'affaires, retourne seul à Québec pour visiter Ahmed Abassi afin de lui demander un coup de pouce en français, une langue qu'il maîtrise mal. 

Jan. 2013: Ahmed Abassi et sa femme se rendent en Tunisie pour célébrer leur union. Le visa canadien du jeune marié est annulé parce qu'il aurait été délivré «par erreur». Tamer, qui s'est rapproché du couple et de sa famille, réussit à les convaincre qu'Abassi doit le rejoindre à New York pour obtenir son visa canadien. 

Mars 2013: L'étudiant tunisien se rend à New York. Il ment aux douaniers américains, affirmant qu'il est aux États-Unis pour travailler pour l'agence immobilière de Tamer. 

22 av. 2013: Chiheb Esseghaier et Raed Jaser sont arrêtés à Montréal et Toronto par la GRC et accusés de complot en vue de commettre un attentat terroriste contre un train de passagers VIA Rail. 

Ahmed Abassi est également arrêté à New York par le FBI, qui le soupçonne aussi d'avoir radicalisé Esseghaier.

9 mai 2013: Le FBI annonce par communiqué l'arrestation d'Ahmed Abassi, relayée rapidement par les médias canadiens et québécois.

16 juil. 2014: Les accusations de terrorisme qui pesaient contre Ahmed Abassi tombent. Il est cependant reconnu coupable d'accusations réduites en matière d'immigration.

3 sept. 2014: Ahmed Abassi est déporté dans son pays d'origine, la Tunisie.




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